Secteur agricole : faire pousser des milieux sains

Poto : Shutterstock
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Le milieu agricole comporte une panoplie de dangers au travail. Pesticides, bétail, pièces mécaniques en mouvement, risques de chute, travail en espace clos… La liste est longue, et c’est sans compter la présence d’enfants à la ferme. Ainsi, d’importants organismes, comme la CNESST et l’UPA, multiplient les efforts pour semer les bons gestes de prévention dans les rangs des producteurs et travailleurs agricoles. Voici un rapide survol des principaux dangers et moyens de protection propres à ce milieu, ainsi qu’un rappel des bonnes pratiques.

Les chiffres quant aux lésions et aux décès indemnisés par la CNESST font état, entre 2015 et 2019, de 4 642 travailleurs de l’agriculture qui ont subi un accident et de 21 d’entre eux qui sont décédés. « Le secteur agricole a un taux de lésion assez élevé par rapport à la moyenne de l’ensemble des secteurs économiques, dit François Granger, ingénieur et agronome à la Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention de la CNESST. Ça demeure un métier à risque. »

En fait, les décès enquêtés par la CNESST sont survenus dans les secteurs suivants : les vaches laitières, les grandes cultures, les fruits et légumes, les porcs et autres élevages ainsi que les services aux cultures. Les responsables de ces décès sont les gaz d’ensilage et de lisier, les renversements de tracteurs, les projections de pièces brisées, les écrasements, l’ensevelissement dans les grains, les accidents de VTT et les coups de chaleur. Également, le travail auprès des animaux de ferme est particulièrement mis en cause et représente, à lui seul, des centaines de cas d’accidents. Les chutes et les troubles musculosquelettiques sont eux aussi souvent présents.

Au-delà des chiffres, chacun de ces accidents est un drame. Les fermes sont souvent de petites exploitations, et être témoin d’un décès peut se révéler extrêmement traumatisant. De plus, avoir un employé blessé durant des mois en pleine pénurie de main-d’œuvre peut représenter un véritable casse-tête pour un employeur…

Les principaux dangers… et les façons de s’en protéger

Jeu d’enfant

Si des parents résident sur la ferme, celle-ci devient un lieu de vie et de travail pour eux, ainsi qu’un milieu de jeu et d’apprentissage des rudiments du travail agricole pour leurs enfants et leurs adolescents. Tout ce qui constitue un risque pour les adultes sur une ferme l’est donc aussi pour les jeunes. Alors, comment faire pousser les bouts de choux à l’abri des risques ?

En fait, toute la démarche de prévention repose sur le jugement des parents. Ainsi, ils doivent très objectivement observer quatre composantes en lien avec la sécurité des petits : l’enfant lui-même, les tâches, l’environnement et le matériel. Si l’enfant joue sur la ferme, il faut sécuriser son aire de jeu. Les espaces interdits sont-ils cadenassés, les échelles, non accessibles, et les garde-corps, en place ? Y a-t-il une circulation de véhicules ou d’animaux ? Le parent peut-il voir et entendre l’enfant en tout temps ? Voilà le genre de question qu’il faut se poser pour déterminer les mesures de sécurité requises.

Si l’enfant effectue certains travaux sur la ferme, il importe de prendre en compte sa taille, sa force et son endurance. Il faut se demander s’il a besoin d’accompagnement et de supervision et s’il connaît les consignes et les dangers des tâches qu’on lui confie. Il faut aussi savoir s’il est familiarisé avec le matériel adéquat pour lui, les outils, les équipements de protection individuelle, les consignes et les produits dangereux qui l’entourent. Si l’enfant ou l’adolescent a une tâche à accomplir (tâche qui doit être adaptée à ses capacités et besoins), il faut également s’assurer qu’il y a une personne clairement identifiée pour le surveiller, le former et l’informer, au besoin. On doit aussi se demander si la tâche affectera son sommeil, ses études et ses activités sociales.

En consultant le matériel créé par la CNESST, les parents peuvent s’informer sur le niveau de surveillance requis selon l’âge du jeune ou la tâche qu’il effectue, ainsi que sur l’évolution des capacités physiques et la maturité selon l’âge. Ces documents aident à déterminer ce que l’on peut demander aux enfants de faire et qui ne représente pas un risque pour eux.

21 décès entre 2015 et 2019

Les causes des décès

  • Gaz d’ensilage et de lisier
  • Renversements de tracteurs
  • Projections de pièces brisées
  • Écrasements
  • Ensevelissement dans les grains
  • Accidents de VTT
  • Coups de chaleur
  • Travail auprès des animaux de ferme
  • Chutes
  • Troubles musculosquelettiques

Des bêtes imprévisibles

Un animal peut devenir agressif sans prévenir. S’il est blessé, malade, en période d’accouplement, a peur ou est en train de manger, il faut redoubler de prudence. En effet, l’animal peut ruer, charger, écraser ou coincer la personne qui s’en approche, lui donner des coups de tête ou de queue et la mordre. Des animaux de ferme costauds comme les vaches, bœufs, chevaux, moutons, chèvres, lamas et porcs peuvent causer de sérieuses blessures aux humains et même provoquer la mort. Avoir de l’expérience avec les animaux est certes utile, mais cela n’élimine jamais le danger. Les règles de sécurité doivent donc toujours être observées.

En effet, bien connaître le comportement animal et ne jamais banaliser une situation à risque font partie des règles de sécurité de base. De plus, il faut rester calme en tout temps et ne jamais provoquer l’animal. S’il est attaché et qu’on peut seulement l’approcher par-derrière, on doit signaler sa présence en lui parlant calmement et en posant la main sur son arrière-train. D’ailleurs, dans les situations à risque, il vaut mieux travailler en équipe et utiliser des équipements appropriés comme des enclos, des cages de contention, des couloirs munis de barrières, des corrals et des rampes de chargement. On doit aussi prévoir une voie de sortie rapide lorsqu’on se trouve dans un enclos.

De même, les chaussures de protection à semelles antidérapantes sont de rigueur afin d’éviter de glisser ou de tomber à proximité d’un animal. Enfin, il faut en tout temps protéger les enfants du comportement imprévisible d’un animal.

Les animaux peuvent aussi transmettre des maladies à l’humain, qu’on appelle zoonoses, et la liste de ces maladies est longue. La peau, les muqueuses et les systèmes digestif et respiratoire des humains sont leurs principales voies d’entrée. Toutefois, la majorité des bactéries ne résistent pas à un bon lavage des mains au savon et au désinfectant. En cas de blessure aux mains, il faut porter des gants et nettoyer immédiatement toute égratignure, coupure ou piqûre. Également, les vêtements de travail doivent être enlevés et lavés quand on arrive à la maison, et les gants et les masques sont de rigueur lors des mises bas. Enfin, les femmes enceintes, les enfants et les personnes au système immunitaire affaibli devraient éviter le contact avec des animaux de la ferme.

L’arbre de tous les dangers

Vêtements, lacets, cordons, cheveux ou foulards peuvent s’enrouler à raison de 2 mètres par seconde autour d’un arbre de transmission qui tourne à 540 tours par minute. Dans de telles conditions, les conséquences peuvent être fatales… Toute protubérance sur l’arbre de transmission constitue un point d’accrochage. Et même s’il est parfaitement lisse, il peut happer.

Comment faire, alors, pour se protéger ? L’arbre de transmission doit être entouré d’un protecteur en bon état et entretenu conformément aux recommandations. Il doit aussi être utilisé selon l’angle indiqué dans le manuel d’instructions. Il importe de garder les vêtements, lacets et cheveux attachés ou contenus et de maintenir en tout temps ses distances avec cette pièce en mouvement (il est recommandé de garder avec l’arbre une distance équivalente à sa taille). Il est utile de délimiter un périmètre de sécurité et d’en limiter l’accès aux seules personnes formées et autorisées. Si jamais le protecteur de l’arbre est absent ou endommagé, il ne faut pas utiliser l’arbre de transmission.

À la ferme, les tracteurs, moissonneuses, presses à foin et vis à grain comportent tous des rouages et engrenages en mouvement pouvant causer des blessures qui peuvent s’avérer fatales. Pour ces dispositifs, les mêmes règles de protection s’appliquent : aucun travailleur non formé ne devrait s’en approcher, et il est primordial d’adopter une méthode de travail sécuritaire en présence de pièces en mouvement.

Mal partout

Les troubles musculosquelettiques (TMS) sont sournois et le travail agricole est propice à leur développement. Ces troubles se présentent de plusieurs manières : mal de dos, douleur aux épaules, entorse lombaire, tendinite, bursite, épicondylite, douleur à une articulation en mouvement ou au repos, fatigue localisée, diminution de l’endurance et de la force musculaire, diminution de l’amplitude d’un mouvement pouvant aller jusqu’à l’impossibilité de bouger, enflure, engourdissements. Si la façon de travailler ou la posture restent les mêmes, ces troubles peuvent s’aggraver au point de requérir des traitements médicaux et de limiter les activités et les loisirs. Au stade 3 de l’évolution des TMS, ces maux deviennent persistants même au repos, perturbent le sommeil et la qualité de vie et peuvent devenir irréversibles, avec présence de douleur chronique et d’une invalidité partielle ou totale.

Que faire pour éviter ces troubles ? Les mots d’ordre sont « identifier, corriger et contrôler ». En effet, ces trois actions peuvent éviter l’aggravation des TMS. Dès que ce type de mal survient, il convient d’écouter les signaux que nous envoie notre corps et de découvrir à quelle tâche on peut les associer. Ensuite, on doit se demander quelles sont les contraintes liées à cette tâche : charge trop lourde, cadence trop rapide, vibrations, position inconfortable, etc. Bref, on détermine ce sur quoi on peut agir.

Il faut ensuite trouver des pistes de solution et les tester. Ces solutions peuvent, par exemple, être les suivantes : avoir de l’aide ou des outils pour soulever des charges lourdes, diminuer la cadence, adapter les tables de travail à la taille des utilisateurs, effectuer une rotation des tâches pour solliciter d’autres structures et permettre la récupération, etc.

Enfin, il importe d’empêcher que le risque réapparaisse. Pour cela, on peut acheter des outils et des équipements qui facilitent la réalisation du travail, surveiller les installations et vérifier périodiquement si les correctifs effectués donnent les résultats auxquels on s’attendait.

Sur une ferme, où les travaux sont aussi nombreux que diversifiés, il peut être ardu de déterminer l’origine des TMS. Formation, méthode de travail, âge, vitesse d’exécution, force physique, répétition du même geste, posture inconfortable ou contraignante, travail intensif, caractéristiques des produits à manipuler (forme, dimensions, poids, prise, texture…), encombrement, sièges sur les machines et tracteurs, vibrations, durée du travail, nombre de pauses… Un examen minutieux de ces facteurs vaut la peine d’être fait car, une fois que l’engrenage des TMS est enclenché, beaucoup de douleur et d’heures de travail perdues sont à prévoir…

Les gaz dangereux

Les bâtiments et espaces clos agricoles contiennent parfois des gaz toxiques en provenance du lisier (par exemple l’hydrogène sulfuré, le dioxyde de carbone et le méthane), de l’ensilage (par exemple le dioxyde de carbone et les oxydes d’azote) et des moteurs à combustion ou des systèmes de chauffage à l’huile ou au gaz (monoxyde de carbone, oxydes d’azote). Ces gaz peuvent intoxiquer ceux qui les respirent et leur faire perdre conscience plus ou moins vite. Ils peuvent même provoquer la mort assez rapidement. En effet, l’inhalation des oxydes d’azote constitue toujours une urgence médicale.

Maintenir une ventilation continue pour évacuer les gaz vers l’extérieur est donc crucial. Il faut aussi prendre des moyens pour que les gaz provenant des équipements d’ensilage n’entrent pas dans les bâtiments. Par ailleurs, on ne doit jamais pénétrer dans un espace clos durant la fermentation. De même, on n’y entre jamais sans appliquer une procédure d’entrée en espace clos qui inclut notamment une ventilation efficace, la détection des gaz et, dans certains cas, le port d’un appareil de protection respiratoire à adduction d’air muni d’une réserve autonome d’urgence. Il convient aussi d’installer des affiches avertissant du danger aux accès des préfosses et des silos.

Chaleur inhumaine

L’air climatisé se fait rare lors de travaux dans les champs ! Même quand le soleil tape et que la chaleur monte, les travaux estivaux doivent se poursuivre. Il y a toutefois une limite à ce que le corps humain peut supporter; le coup de chaleur est beaucoup plus qu’une chemise trempée de sueur et peut être fatal… Comment se manifeste-t-il ? Dans un premier temps apparaissent éruptions cutanées, crampes musculaires, frissons, maux de cœur et de ventre, étourdissements, vertiges, fatigue inhabituelle et maux de tête. Si cela se produit, il faut prévenir les secouristes, placer le travailleur à l’ombre, le mettre au repos et le faire boire jusqu’à sa récupération complète. Si de la confusion, des propos incohérents, de l’agressivité, des comportements bizarres, une perte d’équilibre ou de conscience et des vomissements surviennent, il s’agit alors d’une urgence médicale.

La nature des travaux détermine elle aussi comment réagir lors des journées chaudes. Le travail léger (conduire un tracteur) commence à être risqué à 41,1oC, le travail moyen (pousser une brouette pleine) à 37,8oC, et le travail lourd (creuser une fosse à la pelle), à 36,1oC. La température de l’air doit être corrigée en fonction de l’humidité et du soleil, à partir de l’outil Travailler à la chaleur… Attention ! Par exemple, une fois la température corrigée en tenant compte de l’humidité, on ajoute 4,5oC pour tout travail fait sous les rayons directs du soleil si on a pris la température directement sur les lieux, ou encore 6oC dans les mêmes conditions si on se fie aux données du service de météo régional. Les premières journées d’une vague de chaleur sont plus critiques, le corps n’étant pas acclimaté.

À mesure que la température augmente, il est bon d’ajuster le rythme de travail et de prendre des pauses à l’ombre et au frais. Boire de l’eau régulièrement même si on n’a pas soif est essentiel, de même que porter des vêtements légers, clairs, en coton idéalement, et se couvrir la tête. Il faut demeurer particulièrement prudent en cas d’antécédents médicaux, de mauvaise condition physique, d’un manque de sommeil, de prise de médicaments ou d’alcool ou lors d’épisodes récents de diarrhée, de fièvre et de vomissements. Avant les périodes chaudes, il est sage de se préparer en tenant les employés au courant des signes des malaises à la chaleur et des mesures préventives. Durant les journées chaudes, il est bon de rappeler les consignes aux travailleurs et aux superviseurs, de leur fournir de l’eau fraîche et d’évaluer la situation plusieurs fois par jour pour ajuster la durée des pauses.

Pernicieux produits dangereux

Les agriculteurs peuvent être davantage exposés aux pesticides que la population en général, notamment en raison de la fréquence d’utilisation de ces produits. Ils sont donc plus susceptibles d’avoir une atteinte à leur santé liée aux pesticides. Les effets des herbicides, fongicides et insecticides à faible dose ne deviennent perceptibles qu’après plusieurs années. En plus, au moins 100 agriculteurs par année appellent au Centre antipoison du Québec parce qu’ils vomissent ou sont étourdis après avoir manipulé des produits chimiques. Au contact faible, mais fréquent, s’ajoutent donc à l’occasion de fortes expositions, auxquelles il faut réagir. La peau reste la principale porte d’entrée dans l’organisme, suivie par l’inhalation.

La hiérarchie des mesures de prévention recommande d’abord l’élimination du danger à la source ; en d’autres termes, de ne pas utiliser des pesticides. Sinon, on peut travailler à réduire les risques, notamment en choisissant les produits les moins toxiques pour l’être humain. Le site SAgE pesticides (sagepesticides.qc.ca) peut être d’une aide précieuse pour faire un premier tri des produits les moins nocifs pour la santé humaine.

On agit en prévention avec les pesticides de la même façon qu’avec les matières dangereuses en général. Faute de pouvoir éviter l’utilisation de produits dangereux, il convient d’isoler les travailleurs du danger, de modifier l’organisation du travail et d’exiger que tout travailleur se protège avec gants, vêtements de protection et appareil de protection respiratoire, selon les indications du fabricant. L’étiquette du produit et la fiche de données de sécurité restent des incontournables pour prendre connaissance des procédures de sécurité relatives au produit utilisé.

Vilaine chute

Le risque de tomber et de se blesser gravement est omniprésent en agriculture aussi. La CNESST applique la tolérance zéro pour tout travail à plus de 3 mètres du sol. Première mesure de sécurité à envisager : trouver une manière de faire le travail au sol ou sur toute autre surface exempte de risque de chute, en utilisant l’équipement adéquat. Si ce n’est pas possible, des équipements de protection collective comme des filets de sécurité et des garde-corps doivent être installés. Sinon, les équipements de protection individuelle sont de rigueur : point d’ancrage résistant, harnais complet, cordon d’assujettissement, coulisseau sur rail, enrouleur-dérouleur muni d’un absorbeur d’énergie ; les travailleurs doivent être formés quant à la façon de les utiliser. Cet équipement doit être disponible, inspecté, ajusté et remplacé quand il est en mauvais état. Il faut le choisir selon le type de déplacement envisagé : en hauteur ou à l’horizontale. Enfin, des mesures de sauvetage doivent avoir été prévues pour secourir en moins de 15 minutes tout travailleur suspendu après une chute.

Par ailleurs, il convient de ne pas sous-estimer le risque de chute au sol. Glisser, trébucher ou perdre l’équilibre entraîne parfois une fracture, une entorse, une commotion. Des chaussures appropriées, en bon état et bien lacées, sont donc de rigueur. On porte aussi attention à l’état du terrain et des lieux, on ne transporte pas d’objets qui obstruent la vue et on s’assure d’avoir un bon éclairage.

Tracteur de risque

C’est le véhicule le plus utilisé en agriculture, et le responsable du plus grand nombre d’accidents mortels sur une ferme. Ses nombreux angles morts menacent ceux qui se trouvent dans son sillage. Son centre de gravité élevé constitue un danger pour le conducteur, surtout en terrain accidenté. Ce type de véhicule est conçu pour un seul chauffeur. Le siège d’appoint sur certains modèles ne doit servir qu’à la formation, jamais à transporter un enfant.

En donnant aux roues l’écartement le plus large possible, en réduisant la vitesse, en maintenant le chargeur avant le plus bas possible, on améliore la stabilité du tracteur. Il convient d’éviter les virages brusques, de descendre les côtes lentement sans jamais passer au neutre. On s’assure aussi que la charge est tirée dans l’axe du tracteur, pas en oblique. Pour éviter un cabrage, on utilise toujours la barre de traction pour les lourdes charges en respectant la capacité du tracteur. On répartit bien la charge des remorques et on démarre doucement, surtout pour gravir une pente. Enfin, on augmente la stabilité du tracteur en plaçant une surcharge à l’avant.

Les bonnes pratiques

Gérer les risques au quotidien du matin au soir et d’une saison à l’autre sur une ferme constitue en soi un énorme défi. Surtout pour les entreprises fonctionnant avec peu de ressources humaines et ne disposant pas d’un comité de santé et sécurité au travail, ni des moyens d’embaucher des consultants. Toutes les opérations et l’administration incombent souvent à une très petite équipe. Quand le protecteur de l’arbre de transmission casse en pleine saison des récoltes, l’agriculteur se trouve pris entre l’arbre et l’écorce. « Dans le feu de l’action, on va s’occuper principalement de la production et on oublie un peu le volet santé et sécurité, illustre François Granger. Ça fait beaucoup de choses à faire en même temps. Il n’y a pas vraiment de mauvaise foi, mais plutôt une charge de travail et des préoccupations considérables. »

Par chance, l’agriculteur n’est pas laissé à lui-même. D’importants organismes comme l’Union des producteurs agricoles (UPA) et la CNESST, pour ne nommer que ceux-là, s’occupent de produire une abondante documentation sur l’ensemble des dangers et des moyens de prévention à la ferme, le tout accessible d’un simple clic à santesecurite.upa.qc.ca et à cnesst.gouv.qc.ca.

« Plus on rend l’information disponible, plus les gens posent des questions, plus la sécurité fait son chemin à la ferme », se réjouit Marie Ménard, coordonnatrice du Service de santé et de sécurité du travail de l’UPA, témoin du fait que la fréquentation des initiatives numériques vouées à la sécurité augmente toujours. L’UPA va aussi remettre sur ses rails un important projet pilote d’accompagnement par des préventionnistes, Prévention agricole +, retardé par la pandémie. Il s’agit d’une tournée pour identifier les dangers lors de laquelle un préventionniste explique les attentes en matière de santé-sécurité, propose un plan d’action et fournit les outils. Toute la mécanique est prête. À terme, 235 fermes seront ainsi visitées.

Marie Ménard rappelle que dans toutes les régions, des employés permanents de l’UPA portent les dossiers de santé-sécurité. Chaque année, l’UPA organise un colloque ayant pour thème la santé-sécurité au travail et met l’accent sur une thématique particulière ciblant un danger important en agriculture. La Semaine de la santé et de la sécurité du travail en milieu agricole de l’UPA lance la thématique de l’année. Chaque région organise ensuite des ateliers libres sur la prévention auxquels sont invités producteurs et travailleurs agricoles. Il peut y avoir des mises en situation ou des installations pour bien illustrer le message de la prévention. Le service de prévention central agit comme un tuteur qui fournit conseils et références aux préventionnistes de toutes les fédérations régionales. « On documente, on informe, on sensibilise et on outille », explique Marie Ménard.

L’UPA travaille actuellement à optimiser les services offerts dans les centres d’emploi agricole, vers lesquels les producteurs se tournent beaucoup pour tout ce qui concerne le recrutement, la formation et l’accueil de la main-d’œuvre. « Nous voulons que le volet santé-sécurité en fasse aussi partie, précise Marie Ménard, non pas comme un sujet à part, mais vraiment intégré dans tout le processus. »

Avoir de bonnes pratiques en matière de santé et sécurité du travail en agriculture se décline en plusieurs gestes : lire le mode d’emploi des machines et des équipements, s’assurer que les protecteurs sont en place, expliquer aux enfants les risques et les mesures à prendre pour les éviter, anticiper ce qui pourrait arriver. Lire la documentation que produisent l’UPA et la CNESST sur l’agriculture. Informer et former ses travailleurs, leur répéter inlassablement les messages de prévention.

S’intéresser à la prévention des accidents sur la ferme, c’est finalement agir pour préserver à tout prix l’intégrité physique et psychologique de celles et ceux qui font le beau métier de nous nourrir.