La COVID-19 ne s’attaque pas seulement aux poumons ; elle peut aussi nuire à notre santé psychologique. Or, il n’y a pas de vaccin contre le stress et la dépression… La solution passe par la prévention. Laurence Dumont, chercheuse postdoctorale au Centre d’études sur le stress humain (CEHS), fait le point sur la façon dont nous composons avec le stress après plus d’un an de pandémie et de mesures sanitaires.

Les médias en font état régulièrement : la pandémie semble fragiliser notre santé psychologique. Rien de surprenant, considérant qu’elle concentre et exacerbe les quatre facteurs de stress reconnus par le Centre d’études sur le stress humain (CESH) ainsi que par l’ensemble de la communauté scientifique : nouveauté, imprévisibilité, impression de faible contrôle et menace à l’égo. En effet, puisque nous n’avions jamais vécu d’autres pandémies d’envergure, la nouveauté était totale lors de son apparition. En outre, l’évolution de la situation est imprévisible : on ne contrôle pas grand-chose, à part le fait de suivre les consignes sanitaires et de porter son masque… Et bien sûr, la routine du travail a été bouleversée, ce qui a pu affecter notre capacité à accomplir nos tâches comme nous le voudrions. « Quand on a été parachutés en télétravail, on s’est retrouvés dans une nouvelle situation qui pouvait nous faire sentir incompétents ou peu préparés. De même, les visioconférences peuvent nous amener à montrer des aspects de notre vie qu’on ne veut pas nécessairement montrer, car cela modifie l’image qu’on veut projeter en milieu professionnel », explique Laurence Dumont, chercheuse postdoctorale au CESH. Et les personnes en télétravail n’ont pas été les seules concernées. « Les données sur le stress au travail pendant la pandémie montrent une augmentation pour la majorité de la population, et c’est dans le milieu de la santé que celle-ci est la plus marquée », indique la chercheuse, en faisant toutefois remarquer qu’il s’agit aussi du milieu le plus étudié. En fait, chaque secteur comporte ses propres défis. Par exemple, dans les commerces, les employés sont exposés à la COVID-19 par le biais de leurs contacts avec la clientèle. Dans les manufactures, ils et elles se côtoient de près ou partagent des postes de travail. « Est-ce que c’est plus stressant d’avoir trois collègues qui portent leur masque sous le nez ou que nos enfants crient en arrière pendant qu’on travaille? se questionne Laurence Dumont. C’est difficile de comparer les deux situations sans avoir d’études comparatives sous la main. »

Facteurs de stress

  • Nouveauté
  • Imprévisibilité
  • Impression de faible contrôle
  • Menace à l’égo

La réponse au stress

L’humain est naturellement équipé pour réagir au stress. L’hormone du stress, le cortisol, déclenche un ensemble de réactions physiologiques pour faire face à la situation et même s’y adapter, si celle-ci se représente. « L’humain possède une capacité de résilience face aux stresseurs quotidiens, et nos hormones de stress ne sont pas déclenchées de façon aussi forte chaque fois. Éventuellement, on retrouve un équilibre, et notre niveau de stress diminue », indique Laurence Dumont. Le problème est que la pandémie a fait surgir régulièrement de nouveaux stresseurs, nécessitant chaque fois une nouvelle adaptation. « Il y a eu beaucoup d’ajustements à faire de façon dynamique », constate Laurence Dumont. Par ailleurs, certains stresseurs se sont manifestés à long terme, engendrant un stress chronique qui mobilise nos ressources pour affronter d’autres sources de stress. « On devient alors plus réactifs aux autres stresseurs ; il n’y a plus de pare-feu pour faire face à un autre stress, explique Laurence Dumont. En fait, la surcharge imposée à notre système de stress crée un débalancement qui nous rend plus à risque de développer des enjeux de santé psychologique ou de dépression. »

Laurence Dumont
Laurence Dumont, chercheuse postdoctorale au CEHS
Photo : Vanessa Georges

Prévenir la dépression

Il peut s’écouler plusieurs mois avant qu’un stress chronique ne débouche sur un état dépressif. Ainsi, il est possible de prévenir la dépression, par exemple en allant chercher du soutien. « Le fait d’avoir un système de soutien autour de nous, composé de gens de confiance, comme les amis et la famille, est vraiment un facteur de protection important », assure Laurence Dumont. Dans un milieu de travail, les conversations informelles avec des collègues peuvent aussi jouer ce rôle. « Avant la pandémie, on était tous ensemble, dans le même bureau. On se croisait avant les rencontres et on se racontait un peu notre vie. On avait ces moments informels qui permettaient de créer un tissu de soutien au travail », évoque l’experte. Aujourd’hui, les rencontres par visioconférence laissent peu de place à ces échanges… On se connecte à l’heure et on se dépêche de quitter une rencontre pour ne pas être en retard à la suivante. Pour restaurer le « soutien social » à distance, Laurence Dumont propose d’instaurer des discussions informelles de façon officielle. « De manière anecdotique, j’ai remarqué que les milieux dans lesquels la santé psychologique se portait le mieux étaient ceux où le ou la gestionnaire prenait l’initiative de discussions avec ses employés pour parler explicitement de santé psychologique, relate Laurence Dumont. Ces conversations permettent d’augmenter la bienveillance, l’honnêteté et l’authenticité dans les relations entre les employés et les gestionnaires. Elles peuvent aussi renforcer le sentiment de reconnaissance. On sent alors que notre patron se soucie de nous et nous perçoit comme un être humain à part entière, pas juste comme quelqu’un qui accomplit sa tâche. » Selon la culture de l’entreprise en matière de santé psychologique, les gestionnaires n’ont pas nécessairement cette attitude proactive, mais nous pouvons tous et toutes avoir une attitude proactive envers nous-mêmes en analysant les quatre facteurs de stress du CESH. « Il faut pouvoir reconnaître ce qui nous stresse dans une situation. Par exemple, est-ce la nouveauté, le manque de contrôle? Ensuite, il importe de mettre en place des mesures liées aux stresseurs en question », explique Laurence Dumont. C’est d’ailleurs là le plan d’action préconisé par le CESH : trouver les ingrédients à la source d’une situation stressante et « déconstruire le stress un ingrédient à la fois ».