De nouveaux outils pour les interventions en ventilation dans les milieux de travail

Par Max Hugny

6 octobre 2026

Illustration : IRSST

L’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) a préparé une nouvelle formation et des vidéos pour soutenir les intervenants en SST et les milieux de travail dans leurs démarches de prévention de l’exposition des travailleuses et travailleurs aux contaminants présents dans les milieux de travail. Alors que la formation est destinée spécifiquement aux intervenants en SST du réseau de santé publique en santé au travail (RSPSAT) et des associations sectorielles paritaires (ASP), les vidéos seront utilisées par ces mêmes intervenants durant leurs interventions, et donc partagées aux employeurs et aux travailleuses et travailleurs. Les vidéos sont également disponibles sur le site de l’IRSST.

Dans le cas d’enjeux d’exposition à des contaminants dans les milieux industriels, le RSPSAT et les ASP sont sollicités en première ligne pour des interventions ou des conseils. Le personnel qu’ils y délèguent peut observer l’environnement de travail, prendre des mesures d’exposition et déceler les problèmes qui pourraient entraver une ventilation adéquate, un important facteur d’exposition. L’IRSST a travaillé avec les acteurs concernés sur deux projets visant à soutenir leurs interventions.

Les principes de base de la ventilation

La demande pour de meilleurs outils est d’abord venue du RSPSAT. Ses spécialistes en hygiène avaient besoin de vidéos actualisées sur les principes de base en ventilation, pour mieux aiguiller les employeurs qui les sollicitaient. Il faut savoir que les vidéos utilisées actuellement datent de plus de vingt ans !

Un coup de neuf s’imposait, car ces vidéos constituent un outil pratique et accessible pour illustrer des principes essentiels, comme la façon dont les contaminants se déplacent dans l’air, ou les adaptations possibles d’un environnement de travail. Les neuf capsules vidéo prévues, pour autant de principes de base en ventilation illustreront des actions concrètes et simples que les employeurs peuvent appliquer dans leurs usines, par exemple, adapter la ventilation au type de contaminants, positionner correctement le bras de captation, ou observer l’effet des courants d’air.

Ces vidéos, à la fois ludiques et visuellement attrayantes, sont conçues pour servir de sources d’informations clés en main. Disponibles au grand public, elles complètent les interventions en ventilation ou servir d’exemples lors de formations dédiées.

Une formation née du terrain

Les rencontres organisées avec des intervenantes et intervenants du réseau de la santé au travail et des ASP ont fait émerger un plus grand besoin : celui de doter les intervenantes et intervenants de connaissances communes et d’une méthode d’intervention « terrain » harmonisée.

L’Institut prête déjà des instruments de mesure (tels que le générateur de fumée, le tube de Pitot et autres), et offre des démonstrations dans ses laboratoires. Cependant, certaines personnes se disaient peu à l’aise avec l’utilisation des instruments, ou incertaines quant à la démarche à suivre lors d’une évaluation de l’efficacité de la ventilation existante. Les pratiques observées sur le terrain n’étaient quant à elles pas toujours uniformes. D’où l’idée suivante : Pourquoi ne pas concevoir une formation complète, élaborée avec et pour les partenaires, pour offrir une base commune aux personnes qui conseillent les milieux de travail sur la ventilation et le contrôle de l’exposition ? La formation s’adresse à un personnel déjà formé en SST, qui a des connaissances de base en hygiène du travail et qui comprend les propriétés physicochimiques des contaminants, comme la densité de vapeur et le seuil de l’odeur. Attention, il ne s’agit pas de former les techniciennes et techniciens du réseau aux mesurages de l’exposition des travailleuses et travailleurs aux contaminants présents dans le milieu de travail, tâches de prise de mesure pour lesquelles ce personnel est déjà habilité et compétent. La formation vise à permettre aux intervenants d’améliorer leurs compétences pour émettre des recommandations de base sur l’utilisation et l’entretien du système de ventilation existant dans l’établissement, et sur des actions menant à l’amélioration de la ventilation, dans le but de contrôler l’exposition des travailleurs aux contaminants.

La Direction des laboratoires et la Direction de la veille et de la mobilisation des connaissances de l’IRSST ont donc uni leurs efforts, avec l’appui d’un ingénieur consultant, pour élaborer une formation de base sur la ventilation. Un comité de suivi, rassemblant des partenaires des ASP, du RSPSAT et de la CNESST, a contribué à définir le macro-design pédagogique de la formation (les objectifs visés, les activités d’apprentissage, etc.) et le contenu, pratique et ancré dans les besoins et la réalité du terrain, a été bâti en collaboration avec le réseau.

La formation se concentre sur deux aspects. D’une part, les instruments de mesure et la méthode d’évaluation à suivre : par exemple, la cueillette d’informations à faire en amont de la visite de l’usine, les éléments à observer dans son environnement général et dans la zone de contamination possible. Le personnel intervenant sera guidé dans une démarche structurée : Quels instruments de mesure devrais-je utiliser, quand et où ? Qu’est-ce que j’évalue ? D’autre part, la formation définit ce qui relève de la responsabilité des différents acteurs pouvant intervenir. Que fait un inspecteur de la CNESST par rapport à une ingénieure en ventilation ou à un hygiéniste du réseau ? Qui peut formuler telle ou telle recommandation ? Savoir ce qui tombe dans sa cour, c’est essentiel pour se sentir légitime dans ses interventions.

Une approche pratique et participative

Se déroulant sur une journée, la formation est offerte aux réseaux et aux ASP de façon récurrente. Elle combine théorie et pratique : environ 40 % d’apprentissage conceptuel et 60 % d’expérimentation dirigée. Dans les laboratoires de l’IRSST, les participantes et participants pourront manier les instruments de mesure utilisés sur le terrain et un banc d’essai inspiré de celui utilisé lors de formations par l’organisme américain de normalisation « ASHRAE1 ». Ce dispositif, que la Direction des laboratoires de l’IRSST a conçu spécialement pour la formation, simule différents scénarios de ventilation. Il inclut un ventilateur, des conduits, des hottes et des buses d’aspiration, ainsi que des volets pour créer des restrictions dans le système. Un appareil fumigène permettra de surveiller la trajectoire des contaminants dans l’air et de comprendre comment différents éléments influencent leur dispersion. Il permet par exemple aux participantes et participants à la formation de « voir » l’impact du positionnement d’une buse d’aspiration sur la captation de contaminants ou celui d’un ventilateur.

S’il s’agit d’outils de base, l’IRSST pense déjà à étoffer l’offre à l’avenir, avec des formations plus poussées pour répondre à des besoins plus précis des partenaires du réseau et des ASP.

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