Infections nosocomiales : mieux les connaître, mieux s’en protéger

Par Guy Sabourin

5 mai 2026

Photo : sumaki/iStock.com

Toute personne qui travaille dans un hôpital se trouve exposée au double risque de contracter une infection nosocomiale et de la transmettre. Cette propagation sournoise reste difficile à maîtriser, la transmission aérienne de certains agents pathogènes n’étant pas encore bien comprise. Ces infections ont le potentiel de doubler les coûts d’hospitalisation, d’allonger de deux semaines la durée moyenne des séjours des personnes hospitalisées et de faire exploser l’absentéisme du personnel. Au moment où le chercheur et microbiologiste senior Marc Veillette, rattaché à l’équipe de Caroline Duchaine, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les bioaérosols de l’Université Laval, se préparait justement à étudier les modes de propagation de l’influenza dans les hôpitaux, la COVID-19 a surgi. « Une coïncidence incroyable », dit-il aujourd’hui, qui fut à l’origine de l’étude soutenue par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), Exposition professionnelle aux agents d’infections nosocomiales en milieux de soins : mieux comprendre et contrôler la voie de propagation par aérosols. Le chercheur se réjouit d’avoir pu approfondir les connaissances sur cette exposition en contexte pandémique, lesquelles serviront advenant une éventuelle pandémie, ainsi qu’à assainir l’air des milieux de soins au quotidien.

Mieux comprendre le risque

La recherche visait globalement à mieux comprendre les risques professionnels liés à la présence de virus et de bactéries dans l’air des milieux de soins, puis à identifier les meilleurs moyens de protéger le personnel. Pour documenter la présence du SARS-CoV-2, de l’influenza et du norovirus dans l’air des hôpitaux et des CHSLD, les scientifiques ont fait des prélèvements dans les chambres de patients pendant des éclosions. Dans un deuxième volet, ils se sont intéressés aux bactéries résistantes aux antibiotiques, en particulier les entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC), qui peuvent coloniser les voies urinaires, les plaies et les voies respiratoires, en plus de provoquer des infections ou des complications graves, voire le décès. Ils ont détecté de ces bactéries en analysant l’air, les surfaces et les drains dans les chambres. Enfin, un troisième volet a servi à tester en laboratoire l’efficacité de différentes mesures de protection.

Encore trop de bioaérosols

Les prélèvements du premier volet ont montré que, bien que des systèmes de ventilation performants permettent de réduire considérablement la quantité de virus dans l’air, des particules virales demeurent détectables. Certaines conditions peuvent ainsi favoriser une augmentation de la charge virale aéroportée, notamment une faible ventilation, la présence de patients symptomatiques ou encore des infrastructures hospitalières plus anciennes. « Malgré les mesures de confinement, nos résultats montrent que le personnel soignant peut quand même être exposé et infecté », précise Marc Veillette.

Dans le deuxième volet, les EPC couvraient largement les sols et les surfaces analysés. Les travailleurs et travailleuses peuvent donc être infectés, même sans contacts directs avec les patients. « L’OMS s’en préoccupe beaucoup, car les carbapénèmes sont notre dernier rempart contre plusieurs bactéries multirésistantes, explique le chercheur. Leur propagation en milieux de soins représente un double enjeu de santé publique et de santé et sécurité au travail. La présence d’EPC dans la poussière sédimentée sur des surfaces en hauteur laisse croire que leur propagation par voie aérienne ne peut être écartée. »

Durant le troisième volet réalisé en laboratoire, les analystes ont constaté que l’ozone désinfecte l’air dans certaines conditions. Il faut cependant rigoureusement contrôler son utilisation pour éviter qu’elle irrite les voies respiratoires et devienne dangereuse. Une autre publication scientifique, portant sur l’efficacité de différents APR confirme que les masques N95 sont efficaces, pourvu qu’ils soient bien ajustés. Les masques artisanaux ou improvisés se sont avérés de piètres filtres. « Ces données confirment que le choix et le port adéquat des équipements de protection sont essentiels pour la sécurité du personnel soignant », précise Marc Veillette.

Mieux se protéger

En documentant la présence de bioaérosols dans les milieux de travail hospitaliers et en cartographiant l’étendue des zones contaminées, cette étude a permis d’identifier des moyens permettant de réduire l’exposition du personnel aux agents microbiens, lit-on dans le rapport de recherche. « La gestion des bioaérosols doit reposer sur une approche systémique et rigoureuse qui intègre à la fois la prévention technique, l’organisation du travail et la protection individuelle », précise Marc Veillette. La ventilation doit être considérée comme une infrastructure critique. Les pratiques de nettoyage doivent être réévaluées pour inclure sols et surfaces peu touchées. Les technologies d’échantillonnage doivent aussi évoluer. Du point de vue de la SST, les résultats justifient une mise à jour des normes actuelles en matière de biosurveillance environnementale, de gestion des risques biologiques et de formation du personnel exposé. « Il faut se rendre compte que la gestion des infections nosocomiales chez les travailleuses et travailleurs de la santé est l’affaire d’une synergie de moyens incluant ce que l’on fait déjà, comme le lavage des mains, auquel s’ajoute la planification de la configuration des bâtiments, les taux de ventilation et le port des équipements de protection adéquats », indique Marc Veillette. Ces nouvelles connaissances représentent selon lui un socle solide sur lequel bâtir des environnements de soins plus sûrs, plus durables et plus adaptés aux défis sanitaires du 21e siècle.

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