Linda Larocque : quand le milieu minier est une affaire de famille
Par Louis-Antoine Lemire
17 février 2026

Photo: Collection personnelle
Le domaine des mines n’a jamais été étranger à Linda Larocque, une opératrice de chargeuse navette à la mine Goldex d’Agnico Eagle : son père, son frère, plusieurs de ses oncles et son grand-père ont tous travaillé dans ce secteur. Nous nous sommes entretenus avec Mme Larocque afin d’en savoir plus sur son parcours, sur ses expériences et sur la place des femmes dans le milieu minier.
Mme larocque, pouvez-vous décrire votre parcours scolaire et professionnel ?
Je suis née à Matagami et j’ai été élevée à Val-d’Or. J’ai étudié dans la langue de Shakespeare à la Percival High School. Ensuite, j’ai obtenu un diplôme d’études professionnelles en vente-conseil et représentation. J’ai toujours aimé travailler avec le public. J’étais loin d’être une femme qui évoluait dans le milieu sous-terrain ! J’ai aussi habité à Montréal pendant sept ans, et je suis revenue en région à l’âge de 35 ans.
Vous avez décidé, à 35 ans, d’intégrer le milieu minier. Pourquoi avoir attendu avant de vous lancer ?
À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’ouverture pour les femmes dans le milieu des mines. C’était presque tabou. Les femmes occupaient davantage des postes d’arpenteuses, de géologues ou de contrôleuses de terrain, mais il y avait très peu de travailleuses sous terre, avec les gars. Il y a huit ans, j’ai tout de même décidé de m’inscrire au diplôme d’études professionnelles (DEP) en extraction de minerai pour voir si j’étais capable de faire ce métier. J’avais besoin d’un nouveau défi. J’ai été la deuxième femme à terminer ce DEP au Centre de formation professionnelle (CFP) de Val-d’Or. J’ai aussi fait ce choix de carrière en m’inspirant de mon père, afin de suivre ses traces. Il ne m’a pas vue travailler dans les mines de son vivant, mais il était mon idole. J’ai cependant déjà travaillé sous terre avec mon frère, et nous étions très émotifs en pensant à notre père.
Étiez-vous déjà intéressée par la santé et la sécurité du travail, à vos débuts ?
Pendant mes études, j’ai gagné une bourse EPI en santé et sécurité du travail et une autre en travail non conventionnel. J’étais celle qui rappelait aux gars de porter leurs lunettes sous terre ! Avant même que je termine mon cours au CFP, j’avais déjà obtenu un emploi.
Selon votre expérience, quelle est l’attitude des hommes à l’égard des femmes dans le milieu ?
Les gars sont protecteurs. Si tu as besoin d’aide, il y en a cinq qui vont venir te donner un coup de pouce ! Aujourd’hui, je dirais que nous sommes autant respectées que les hommes dans ce milieu, et nous produisons autant qu’eux. Une étude dit même que les femmes seraient plus minutieuses que les hommes ! (Rires)
Qu’aimez-vous de votre travail ?
J’apprécie le fait que chaque jour est un défi : dans le cadre de mes fonctions, je dois recueillir du minerai dans un chantier et, parfois, le terrain n’est pas toujours beau… Je considère aussi que je gagne un très bon salaire. Toutefois, je ne suis pas allée dans ce domaine uniquement parce que la rémunération est attrayante; j’ai également suivi mon coeur.
« Les portes sont grandes ouvertes pour nous, les femmes. Nous sommes bien formées et nous avons tous les outils pour travailler de façon sécuritaire. »
– Linda Larocque
À quoi ressemble une journée typique pour vous ?
Je travaille à la mine Goldex, basée à Val-d’Or, depuis trois ans, en rotation (quarts de jour et de nuit). Pour le quart de jour, nous nous levons très tôt pour nous rendre à la mine. Nous allons voir notre chef de quart, qui nous remet notre carte de travail. Sur cette dernière, l’ensemble des tâches est indiqué, dont celles qui encadrent la santé et la sécurité. Quand nous arrivons à notre poste de travail, nous devons inspecter notre environnement et indiquer les risques en lien avec nos tâches ainsi que les outils utilisés pour les réduire. À 11 h 30, c’est l’heure du lunch; il y a des endroits dédiés aux repas sous terre. Ensuite, nous retournons travailler, puis nous remontons à la surface vers 16 h. Quand je sors de la mine, je remets ma carte de travail et je transmets les informations pertinentes pour le quart suivant. Je vaque ensuite à mes occupations personnelles.
Que diriez-vous à une femme qui hésite à se lancer dans le domaine minier ?
Je lui dirais : « Fonce, ma belle ! » Les portes sont grandes ouvertes pour nous, les femmes. Nous sommes bien formées et nous avons tous les outils pour travailler de façon sécuritaire. Nous ne sommes pas laissées à nous-mêmes. Nous avons accès à de la formation et à des technologies de pointe. Il y a même des mécaniciennes et des électriciennes sous terre.