Le détecteur de monoxyde de carbone

Pour démasquer le tueur

Par Valérie Levée

2 août 2022

Chaque année, des dizaines de travailleurs subissent une intoxication au monoxyde de carbone (CO). Entre 2011 et 2020, cinq en sont décédés. Inodore, incolore et sans saveur, le CO est un tueur traître. Un détecteur est donc un outil essentiel pour le déceler. Mohamad-Ali Daoui, chimiste et conseiller expert en prévention inspection à la CNESST, nous en dit plus à ce sujet.

Le CO provient de la combustion incomplète d’un combustible comme le propane, le gaz naturel, l’essence, le bois, le charbon et le diesel. Les machines ou les équipements actionnés par un moteur à combustion, comme un chariot élévateur, une génératrice, une polisseuse à béton et une chaufferette, sont donc des sources potentielles de CO. « Peu importe le secteur d’activité, dès qu’il y a une machine ou un équipement qui utilise un combustible, il y a un risque d’exposition et d’intoxication au CO si des actions ne sont pas prises », dit d’emblée Mohamad-Ali Daoui. Il est à noter que les milieux problématiques peuvent parfois se trouver à l’extérieur, comme une enceinte, un chantier de construction à l’abri des intempéries ou toute zone confinée sans ventilation.

Même si la source est connue, le CO est sournois et tue là où l’on ne le soupçonne pas forcément. Par exemple, en 2013, un travailleur est décédé dans un entrepôt de décors de théâtre chauffé au propane. En 2016, dans une porcherie, un travailleur est mort intoxiqué par le CO généré par une laveuse à pression. En 2018, un employé d’un camion de cuisine de rue est décédé, intoxiqué par le CO produit par une génératrice à l’intérieur du camion, dont toutes les portes étaient fermées. Puisque le CO est inodore, incolore et sans saveur, rien n’indique sa présence. Les premiers symptômes d’intoxication sont des maux de tête, des nausées et des vomissements, des étourdissements, de la somnolence, une perte de jugement, une faiblesse musculaire, bref, autant de symptômes qu’on n’attribue pas d’emblée à la présence de CO. Or, si l’on ne prend pas garde, l’intoxication au CO peut mener à la perte de conscience et au décès… Heureusement, contre ce traître, il existe des détecteurs permettant d’avertir les travailleurs lorsque le niveau de CO met à risque leur santé et leur sécurité.

Choisir le détecteur approprié

« Les détecteurs résidentiels sont à proscrire sur un lieu de travail, affirme Mohamad-Ali Daoui. La majorité d’entre eux n’évaluent pas quantitativement le CO dans le milieu de travail ». Les détecteurs résidentiels avec ou sans affichage quantitatif sont généralement très peu efficaces à des concentrations inférieures à 70 ppm, ce qui représente deux fois la norme réglementaire moyenne pour une journée de 8 heures de travail. Ils ne sont pas conçus pour mesurer la conformité aux normes réglementaires. Le choix en milieu de travail doit donc se porter sur un détecteur industriel. L’employeur doit identifier toutes les sources d’émission de CO afin de choisir entre un détecteur fixe ou portatif. « L’idéal est d’installer un détecteur fixe près de la source de CO et de le coupler au système de ventilation, qui se met en marche pour évacuer le CO quand l’alarme se déclenche », recommande Mohamad-Ali Daoui. Installer le détecteur près de la source de CO signifie que la source doit être à l’intérieur du rayon de détection de l’appareil. Si la source de CO est un équipement mobile ou portatif, il faut alors opter pour un détecteur portatif que chaque travailleur exposé devra porter dans sa zone respiratoire (définie à l’article 1 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) comme étant « la zone comprise à l’intérieur d’un hémisphère de 300 mm de rayon s’étendant devant le visage et ayant son centre sur une ligne imaginaire joignant les oreilles »). C’est le cas des caristes, mais aussi parfois des ouvriers de la construction qui sont à l’œuvre sur un chantier en hiver. « Si le système de ventilation n’est pas encore installé et que le lieu sur le chantier est confiné et chauffé au propane, par exemple, le port d’un détecteur portable est indiqué », mentionne Mohamad-Ali Daoui.

Un autre élément à considérer et dont il faut discuter avec le fabricant ou le fournisseur du détecteur est la possible interférence d’un autre gaz présent dans l’environnement qui pourrait fausser la mesure de CO. Il est à noter que le fournisseur peut nous guider dans le choix du détecteur le mieux adapté à notre établissement.

Du bon usage du détecteur

Un élément crucial en lien avec le détecteur est qu’il faut savoir à quel seuil d’alerte le régler. L’annexe I du RSST indique que la valeur d’exposition moyenne pondérée (VEMP) ne doit pas dépasser 35 ppm sur une période de 8 heures par jour, pour une semaine de 40 heures, et que la valeur d’exposition de courte durée (VECD) ne doit pas dépasser 175 ppm sur 15 minutes. De plus, la VECD autorise quatre expositions quotidiennes de CO comprises entre 35 et 175 ppm, espacées d’au moins une heure. Quant au seuil auquel régler les détecteurs de CO, Mohamad-Ali Daoui recommande de régler le premier seuil à 35 ppm et le second seuil à la VECD 175 ppm. « Si la concentration de CO est à 40 ppm plusieurs fois par jour, un détecteur réglé à 50 ppm ne sonnera pas et on ne le saura pas, explique-t-il. Si le détecteur est réglé à 35 ppm, il pourrait sonner plus souvent, mais on saura qu’il y a un problème à régler et que des actions doivent être prises », explique-t-il. Pour alerter au seuil voulu, l’appareil doit être préalablement calibré selon les recommandations du fabricant. Dans le cas d’un détecteur portatif, un test de dérive (bump test) doit être fait quotidiennement ou avant chaque utilisation pour s’assurer du bon fonctionnement de l’appareil. Les travailleurs doivent donc être formés aux risques d’intoxication au CO, aux symptômes provoqués par celui-ci, à l’identification des sources et à l’utilisation du détecteur, de même qu’à l’entretien des machines susceptibles de générer du CO.

Le détecteur avertit les travailleurs d’une émanation dangereuse de CO, mais il ne supprime pas le CO. Si l’alarme sonne souvent, c’est qu’il y a peut-être des correctifs à apporter en lien avec l’entretien des machines, la ventilation des lieux ou l’organisation du travail pour éviter d’utiliser simultanément plusieurs équipements à combustion. Il importe aussi de se rappeler que la meilleure mesure de prévention est l’élimination du risque à la source. Il convient donc de considérer la possibilité de remplacer les appareils à combustion par des équipements électriques.

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