Prévenir la violence conjugale et soutenir les victimes en milieu de travail

Par Paul Therrien

30 décembre 2025

Photo : PeopleImages/Shutterstock.com

Bien souvent, les victimes de violence conjugale ne la subissent pas uniquement à la maison. Elle s’infiltre dans toutes les sphères de leur vie, y compris en milieu de travail. Aujourd’hui, la loi reconnaît cette réalité et oblige l’employeur à prendre les mesures pour assurer la protection des travailleuses et travailleurs qui y sont exposés sur les lieux de travail. À l’occasion du Grand Rendez-vous de la CNESST, des mesures de prévention ont été présentées lors d’une conférence donnée par Évelyne Couture, agente de sensibilisation, formation et communication à la Maison Hélène-Lacroix, et par Daisy Gauthier, conseillère spécialisée en prévention de la santé psychologique et de la violence au travail à l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales.

Depuis 2021, la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) reconnaît que la violence conjugale et familiale peut représenter un risque pour la santé et la sécurité en milieu de travail. Ainsi, l’article 51 al. 1 (16) de la LSST impose désormais à l’employeur de prendre les mesures pour assurer la protection de la travailleuse ou du travailleur exposé sur les lieux de travail à une situation de violence physique ou psychologique, y compris la violence conjugale, familiale ou à caractère sexuel.

La LSST précise que, dans les cas de violence conjugale ou familiale, l’employeur doit prendre les mesures lorsqu’il sait, ou devrait raisonnablement savoir, qu’un membre de son personnel est exposé à de la violence conjugale ou familiale. Pour évaluer cette obligation, il faut se demander si une personne prudente et bien informée, placée dans un contexte similaire, aurait su ou dû savoir qu’un travailleur ou une travailleuse vivait une telle situation.

En effet, les statistiques indiquent que la violence conjugale entraîne souvent des répercussions dans le milieu de travail de la victime. Au Québec, selon une évaluation citée par les expertes, 71 % des employeurs auraient déjà vécu une situation où ils ont jugé important de protéger une victime de violence conjugale. Toujours selon cette évaluation, 70 % des victimes de violence conjugale auraient déclaré que celle-ci avait une incidence directe sur leur capacité à accomplir leurs tâches. Parmi les formes de violence conjugale qui se manifestent en milieu de travail, notons le harcèlement par téléphone ou par message texte (40,6 %), le fait de se faire suivre ou harceler à proximité du lieu de travail (20,5 %) et la présence de la personne violente sur le lieu de travail (18,2 %). Les deux expertes précisent aussi que, dans 14,5 % des cas, la personne violente a communiqué avec les collègues ou l’employeur de la victime pour leur parler d’elle.

L’approche proactive à favoriser

Les conférencières soulignent qu’il existe souvent des signes révélateurs qu’une travailleuse ou un travailleur est en détresse dans sa vie personnelle. Ces signes peuvent se manifester par des changements de comportement, comme un manque de ponctualité ou une baisse de productivité. Par ailleurs, près de 80 % des victimes de violence conjugale qui en parlent au travail se confient généralement à un ou une collègue. Les conférencières insistent donc sur des actions simples et concrètes à poser pour protéger la santé et la sécurité des travailleuses et travailleurs : voir, valider, soutenir et sécuriser.

    • Voir :

      Des signes peuvent être observés chez la travailleuse ou le travailleur dans le milieu de travail. Il peut s’agir, par exemple, de marques physiques inexpliquées, d’un repli soudain, d’absences fréquentes, d’une baisse de concentration, d’un changement marqué d’humeur ou de performance ou d’une peur inhabituelle de répondre à son téléphone. En outre, la présence de l’agresseur peut être constatée, qu’il s’agisse d’un employé ou d’une personne extérieure à l’organisation, que ce soit physiquement sur les lieux ou par des moyens de communication, comme le téléphone, les textos ou les courriels à caractère harcelant.

    • Valider :

      Un collègue, un cadre ou un gestionnaire choisit un moment propice et calme pour discuter avec la travailleuse ou le travailleur victime. Lors de cet échange, il s’agit de nommer clairement les signes qui suscitent des inquiétudes, tout en s’en tenant strictement aux faits observés.

    • Soutenir :

      On écoute sans jugement, en adoptant une posture neutre face à la situation. Il convient de respecter le rythme de la victime, d’encourager son autonomie dans sa prise de décision, d’être là pour elle et de l’accompagner pour briser son isolement. On peut également la diriger vers les ressources d’aide disponibles dans sa région.

    • Sécuriser :

      Sécuriser le milieu de travail n’est pas le geste de héros individuels qui prennent des risques seuls, mais plutôt une responsabilité collective bien encadrée. Il faut une politique claire sur la violence conjugale et une personne-ressource formée pour accompagner la personne victime, coordonner les actions et mobiliser les bonnes ressources.

Toute intervention devrait être faite en collaboration avec les centres d’aide spécialisés et, si nécessaire, en lien avec la police ou les autorités compétentes. La sécurité de la victime et de toutes les personnes présentes passe par des mesures adaptées au contexte, prises avec le consentement de la victime et reposant sur des actions réfléchies, comme le réaménagement des lieux, le contrôle des accès ou l’établissement de protocoles précis.

Cette démarche organisée vise à prévenir les drames et à créer un environnement sécuritaire pour tous les individus, sans laisser place à l’improvisation ou à la prise de risques individuels.

Madame Couture précise, par ailleurs, que la violence conjugale peut prendre plusieurs formes. En effet, elle met l’accent sur la notion de contrôle coercitif, cette forme de violence souvent invisible qui peut inclure, par exemple, l’isolement, la surveillance, le contrôle financier et les menaces. Comprendre cette dynamique dans son ensemble permettrait de mieux reconnaître les signes, d’intervenir plus efficacement et de soutenir les victimes de manière plus adaptée.

Des accommodements à envisager, selon les conférencières

  • Offrir à la victime des congés suffisants pour obtenir du soutien et préparer son déménagement
  • Lui permettre de rencontrer la police ou des intervenants sur ses heures de travail
  • L’exempter de mesures disciplinaires si elle contrevient aux pratiques organisationnelles en lien avec sa situation, comme en cas de retards ou d’absences.

La prévention et le soutien

Plusieurs mesures concrètes peuvent être mises en place pour accompagner une travailleuse ou un travailleur victime de violence conjugale et ainsi voir à sa protection et lui offrir un soutien adapté durant cette période difficile. Parmi ces mesures, il y a : modifier son numéro de poste téléphonique, déplacer son poste de travail pour le rendre moins accessible, élaborer un plan en cas de venue de l’agresseur sur le lieu de travail et suggérer à la personne victime de préparer un sac d’urgence à garder sur place, contenant des vêtements ou des effets personnels, au cas où il deviendrait dangereux pour elle de retourner chez elle.

Bon à savoir!

La Maison Hélène-Lacroix offre des conférences en milieu de travail. Elles sont adaptées aux besoins de chaque organisation et ont pour but d’aider les employeurs et les équipes à mieux comprendre la violence conjugale et à accompagner les travailleuses et travailleurs concernés.

Qu’en est-il du droit à la vie privée et de la confidentialité?

Bien que l’employeur ait l’obligation de prendre les mesures pour assurer la protection de la travailleuse ou du travailleur exposé sur les lieux de travail à une situation de violence conjugale, cette personne conserve pleinement son droit à la vie privée. Un cadre strict de confidentialité doit donc être respecté.

L’employeur ne peut en aucun cas exiger que les travailleuses et travailleurs déclarent une situation de violence conjugale. Il ne peut pas non plus solliciter une déclaration affirmative ou négative à ce sujet, puisque cela porterait atteinte au droit à la vie privée.

Cela dit, l’employeur peut engager une conversation respectueuse pour prendre des nouvelles du bien-être de la personne concernée, sans exiger qu’elle divulgue des informations personnelles. Cette discussion peut porter, par exemple, sur :

  • les mesures et les accommodements possibles en milieu de travail pour la soutenir;
  • les ressources d’aide disponibles;
  • la confidentialité des échanges;
  • la politique interne contre la violence, si elle existe, ainsi que son objectif, qui est d’assurer la santé et la sécurité de la personne concernée, mais aussi de ses collègues, afin de prévenir tout acte de violence pouvant affecter l’ensemble du milieu de travail.

Une telle approche vise à créer un climat de confiance pouvant encourager la personne à parler de sa situation, si elle le souhaite.

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