Santé psychologique au travail : Mieux vaut prévenir que guérir !

Photo : Shutterstock
Photo : Shutterstock

Plus encore en ces temps de pandémie, la santé psychologique au travail est une question au cœur de l’actualité... et de nos préoccupations. Dans le cadre des Grandes Rencontres CNESST, Annie Drouin, conseillère en prévention à l’Association sectorielle paritaire pour la santé et la sécurité du travail pour le secteur de l’administration provinciale (APSSAP), a offert une conférence intitulée « Santé psychologique et comité de santé et de sécurité du travail : rôles et outils ». Comme son titre l’indique, la conférence avait pour objectif de fournir aux membres de ce comité des pistes d’action en matière de prévention liée à la santé psychologique. En voici les grandes lignes.

Pourquoi s’en préoccuper ?

Le travailleur canadien moyen passe entre 30 et 40 heures par semaine au travail. Ainsi, il est plus qu’important de lui offrir un milieu de travail sain et sécuritaire, et ce, d’un point de vue tant physique que psychologique. En effet, le travail est une activité qui influence directement la santé psychologique. Si son impact peut être positif – en faisant en sorte, par exemple, que l’on se sente utile et compétent –, il peut également être négatif. Une charge de travail excessive, un faible soutien de la part du supérieur et des collègues, un manque de reconnaissance et la présence de harcèlement psychologique sont des exemples de risques psychosociaux qui peuvent causer des problèmes de santé psychologique et physique chez les personnes qui y sont exposées.

Des problèmes bien présents

Les problèmes de santé psychologique et les maladies psychologiques constituent la principale cause d’invalidité au Canada. Les données1 parlent d’elles-mêmes : un Canadien sur cinq souffrira de problèmes de santé psychologique ou d’une maladie psychologique au cours d’une année. La Commission de la santé mentale du Canada a constaté que, lors d’une semaine normale, 500 000 Canadiens s’absentent du travail en raison de problèmes de santé psychologique. Qui plus est, 47 % des travailleurs canadiens estiment que leur travail est l’élément le plus stressant de leur quotidien.

De plus, un autre problème persiste : très peu de travailleurs se sentent à l’aise d’aborder la question de leur santé psychologique avec leur employeur. « Seulement 30 % des gens qui souffrent de dépression vont chercher de l’aide. Ça veut dire que 70 % des gens n’y vont pas, en partie par peur des préjugés entourant la santé mentale », indique la conférencière Annie Drouin. Selon elle, la santé psychologique au travail est un sujet encore plus actuel en temps de pandémie. Alors que le télétravail est fortement suggéré ou obligatoire, il peut être difficile de connaître l’état psychologique des travailleurs si l’organisation et les équipes de travail ne mettent pas en place des stratégies de soutien social. Le site internet de l’APSSAP propose d’ailleurs quelques trucs pour favoriser l’entraide au sein des équipes. De fait, le soutien social joue un rôle majeur dans la prévention et le rétablissement des problèmes de santé psychologique au travail.

Le rôle des comités de santé et de sécurité

Si les comités de santé et de sécurité ont déjà prouvé leur efficacité en matière de prévention des risques liés à la santé physique, qu’en est-il des risques liés à la santé psychologique ? Selon Annie Drouin, le comité de santé et de sécurité joue bel et bien un rôle clé quant à la santé psychologique dans un milieu de travail.

Par exemple, il peut recommander à l’organisation d’évaluer les risques psychosociaux et il peut proposer des activités de sensibilisation et de formation en lien avec la santé psychologique au travail.

Ces comités agissent surtout en prévention primaire et secondaire. « Il faut délimiter le terrain de jeu », indique Annie Drouin. Le niveau primaire est le plus efficace en matière de prévention. Il vise l’élimination des dangers à la source, comme cela est prescrit par la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST). « Dans un tel cas, on ne veut pas gérer le stress des employés, on veut savoir d’où il vient pour mieux le prévenir », illustre la conférencière. D’ailleurs, selon elle, le problème est souvent « qu’on gère les symptômes plutôt que d’en prévenir l’apparition ». Quant au niveau secondaire, il vise à outiller les travailleurs qui sont exposés à des risques psychosociaux.

Afin d’avoir un impact optimal dans son milieu de travail, le comité peut agir autant sur les risques à la santé psychologique au travail que sur les moyens de prévention, soit sur ce qui peut améliorer la santé psychologique des travailleurs.

À titre d’exemple, le comité met en œuvre les bonnes pratiques2 suivantes :

  • promouvoir les bienfaits de la reconnaissance;
  • proposer des ateliers aux équipes naturelles de travail afin d’identifier leurs facteurs de risques et de protection liés à la santé psychologique au travail;
  • informer sur les comportements favorables à la civilité au travail, dont la civilité numérique, en lien avec la prévention du harcèlement psychologique au travail;
  • sensibiliser les travailleurs et les gestionnaires aux stratégies de soutien social à mettre en place au sein d’une équipe.

En plus d’organiser des activités de formation, d’information, de promotion et de sensibilisation, les comités de santé et de sécurité ont le mandat de formuler des recommandations à l’employeur, lorsque cela est nécessaire. Ces recommandations ont pour objectif d’attirer l’attention de l'employeur sur une problématique vécue par l’ensemble des travailleurs et de le guider quant aux mesures à mettre en place. Les comités doivent se baser essentiellement sur des indicateurs généraux et non sur une analyse exhaustive des problèmes individuels de santé psychologique existants. En conséquence, les comités effectuent davantage un travail de vigie et doivent rester à l’affût des risques psychosociaux afin de formuler les recommandations appropriées.

L’affaire de tous

Si les différentes pratiques de gestion influencent directement la santé psychologique de l’organisation, les employés ont, eux aussi, un rôle à jouer en matière de santé psychologique au travail. En effet, l’article 49 de la LSST indique qu’un travailleur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger sa santé, ce qui inclut sa santé psychologique. Ainsi, il doit utiliser les outils mis à sa disposition lorsqu’il est exposé à un risque psychosocial. Les employés peuvent aussi, par leurs comportements, avoir un impact positif ou, au contraire, délétère sur leurs gestionnaires et leurs collègues. Chacun a la responsabilité d’équilibrer sa vie de manière à maintenir ou à améliorer sa propre santé mentale et de respecter celle de ses pairs. De même, l’employeur doit offrir un milieu de travail favorisant la bonne santé psychologique de ses travailleurs et de ses gestionnaires en misant sur les différents facteurs organisationnels.

Selon Annie Drouin, la santé psychologique au travail est un sujet encore plus actuel en temps de pandémie.