Se protéger du bruit au travail : un geste primordial

Par Guy Sabourin

27 janvier 2026

Photo : Rito Succeed/Shutterstock.com

Après une journée à travailler dans le bruit, on rentre à la maison comme si de rien n’était, puis le lendemain on recommence. Mais arrive un jour où on n’entend plus les oiseaux chanter. Le bruit est un agresseur sournois et il peut s’écouler plusieurs années avant qu’on ne prenne conscience d’une perte auditive. L’ouïe enregistre toutes les agressions sonores, qui s’accumulent au fil du temps, jusqu’à ce que survienne la surdité partielle ou totale. La bonne nouvelle? L’exposition au bruit en milieu de travail peut être réduite. Il existe des lois, des règlements, des obligations et une panoplie de moyens pour y parvenir. Ameziane Ben-Lalli, conseiller expert en prévention-inspection à la CNESST, nous donne des directives qui s’appliquent à la plupart des établissements.

Depuis le 16 juin 2023, de nouvelles exigences sur le bruit au travail sont prévues au Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) et au Code de sécurité pour les travaux de construction (CSTC). Des délais d’application sont d’ailleurs prévus en établissement.

Ainsi, les employeurs des établissements devaient identifier les situations de travail à risque de dépasser les valeurs limites d’exposition (VLE) au bruit. Ils ont eu un an pour clore cette démarche. Ils disposaient ensuite d’une autre année pour déterminer les moyens à prendre pour éliminer ou réduire l’exposition des travailleuses et travailleurs au bruit excessif. Ils doivent maintenant avoir commencé à mettre en œuvre ces mesures de prévention ou avoir procédé à un mesurage normé. La mise en œuvre des mesures de prévention doit être terminée avant la fin du premier cycle de cinq ans, soit d’ici l’été 2028.

La réglementation prévoit l’obligation de faire un mesurage normé pour vérifier la conformité des niveaux d’exposition des travailleurs et de leur protection auditive, le cas échéant. Lorsque des mesures de prévention sont déterminées, un mesurage normé doit être fait un mois après leur mise en œuvre. Si aucune mesure de prévention n’est déterminée, un mesurage normé du bruit doit tout de même être fait dans les 30 jours suivant ce constat afin de s’assurer que le niveau d’exposition est toujours conforme.

En attendant de pouvoir mettre en œuvre les mesures déterminées, l’employeur peut choisir de réduire la durée d’exposition au bruit pour respecter les VLE. Sinon, il doit fournir des protecteurs auditifs et donner une formation théorique et pratique aux travailleurs et travailleuses qui les utilisent. « Ils apprennent entre autres qu’enlever les protecteurs toutes les cinq minutes pour parler aux collègues réduit grandement l’effet de protection », illustre Ameziane Ben-Lalli. Il existe par ailleurs différents types de protecteurs auditifs pour différentes situations. Certains sont adaptés à la condition des personnes qui les portent, tandis que d’autres filtrent les bruits et laissent passer la voix pour permettre la communication.

De plus, pour chaque situation de travail demeurant au-dessus des VLE, l’employeur doit réévaluer les mesures pour éliminer ou réduire l’exposition au bruit immédiatement après la fin du premier cycle de cinq ans. « Dans ce premier cycle de cinq années, la deuxième période, soit la détermination des mesures de prévention, est terminée », précise Ameziane Ben-Lalli. Les employeurs sont donc censés être en train de mettre en œuvre les mesures de prévention qu’ils ont déterminées. »

Une modification attendue et nécessaire

« La réglementation sur le bruit n’avait pas été modifiée depuis 1979, poursuit Ameziane Ben-Lalli. Il devenait urgent de le faire, car, avant sa mise à jour, les travailleuses et travailleurs pouvaient être exposés à 90 dBA (décibels) durant huit heures, ce qui explique en partie qu’on ait actuellement tant de lésions professionnelles et de surdité liées au bruit. La nouvelle réglementation adoptée par la CNESST prévoit une norme en milieu de travail fixée à 85 dBA pour une exposition de huit heures. Si on la respecte, on réduit les problèmes d’audition reliés au travail. »

Pourquoi des cycles de cinq ans? Parce que le bruit constitue une réalité parfois très complexe. Les nombreuses sources de bruit de différentes natures et les variables d’exposition font qu’on ne peut agir à la légère. Il faut de l’observation, de la réflexion, du temps, des mesures précises des niveaux d’exposition et, parfois, de l’argent. Car, dans certains cas, les transformations nécessaires peuvent être coûteuses. « Ainsi, des délais d’application permettent aux employeurs d’avoir le temps et les ressources nécessaires pour se conformer progressivement afin de corriger l’ensemble des situations parfois complexes », précise Ameziane Ben-Lalli. Quand on parle du bruit, on parle aussi de moyens raisonnables pour atteindre les objectifs de la réglementation.

Une grande usine d’embouteillage qui déciderait, par exemple, de remplacer les machines bruyantes pour protéger les travailleurs et travailleuses pourrait avoir à dépenser des millions de dollars. Une opération si coûteuse doit être soigneusement planifiée. Dans un tel contexte, en attente de la mise en œuvre des mesures de prévention, les travailleurs doivent être protégés par une réduction de la durée d’exposition ou des protecteurs auditifs, et les cycles de cinq ans favorisent les transformations bien documentées, pensées et réussies. « Si l’on ne donne pas de délais aux employeurs pour réfléchir, trouver la source du bruit et la contrôler, ni l’occasion de trouver des moyens raisonnables et à leur portée, il se pourrait qu’il leur soit difficile d’y parvenir », ajoute Ameziane Ben-Lalli. Il faut cependant savoir que les transformations pour amoindrir l’exposition au bruit dans un milieu de travail ne sont pas toujours complexes et coûteuses.

Une fois que les situations de travail à risque de dépasser les VLE sont identifiées, il existe plusieurs manières de réduire l’exposition des travailleurs. Par exemple, lorsque le nombre de décibels associé à une tâche augmente, on peut diminuer le temps qu’un travailleur ou une travailleuse consacre à cette tâche, et l’affecter à des tâches moins bruyantes le reste de la journée. C’est ce qu’on appelle des mesures administratives. À l’intérieur d’un quart de travail de huit heures, l’employeur peut scinder en deux périodes de quatre heures le contact avec une machine bruyante, par exemple.

Comment calculer tout ça? Les valeurs et les temps d’exposition maximaux correspondants se trouvent à l’article 137 du RSST. D’ailleurs, tout ce qui concerne les obligations en matière de bruit en établissement se trouve à la section XV de ce même règlement, soit les articles 130 à 141.5.

Des exemples : 85 dB pour huit heures; 88 dB pour quatre heures maximum; 91 dB pour deux heures maximum; 106 dB pour quatre minutes maximum; 112 dB pour une minute; 118 dB pour 14 secondes; 127 dB pour une seconde. Et ainsi de suite.

Il existe également une calculette pratique à l’usage des employeurs pour déterminer l’exposition quotidienne à partir des différentes tâches qu’une personne effectue pendant une journée de travail.

Cet outil peut être utilisé pour évaluer l’effet d’une réorganisation des tâches. L’objectif final doit cependant demeurer la diminution de l’exposition quotidienne au bruit d’un travailleur ou d’une travailleuse, ou d’un groupe homogène de travailleurs et travailleuses.

Réduire à la source : le nerf de la guerre au bruit

La CNESST privilégie, et de loin, l’élimination à la source, sur la source ou sur la propagation du bruit. « Encoffrer des machines bruyantes constitue un moyen simple et efficace de diminuer le bruit ambiant », explique Ameziane Ben-Lalli. Par exemple, un compresseur dans un garage peut être recouvert d’un coffret insonorisant ou placé dans une autre pièce fermée. Des écoles ont placé des balles de tennis sous les pattes des chaises dans les classes pour les rendre plus silencieuses quand elles glissent sur le plancher. Des panneaux insonorisants ont été installés au plafond et sur les murs de gymnases bruyants. Les moyens peuvent être très simples.

« Au moment d’acquérir ou de renouveler des machines, outils et appareils, il convient de choisir les modèles les moins bruyants, qui sont peut-être un peu plus chers, mais qui épargnent l’ouïe des utilisatrices et utilisateurs », explique Ameziane Ben-Lalli. En Europe, une étiquette indique le niveau de dB des produits qu’on s’apprête à acheter, ce qui n’est pas encore le cas au Canada. « Lorsque l’information n’est pas disponible sur la fiche technique, il est possible de contacter le manufacturier qui pourrait avoir l’information. Penser au bruit doit devenir un réflexe », souhaite Ameziane Ben-Lalli.

Trois guides et des outils pour réussir une démarche d’atténuation sonore en milieu de travail

Le premier, Guide sur l’identification du risque et le mesurage, aborde entre autres les exigences réglementaires en vigueur, dont les VLE, une approche progressive d’identification des situations de travail à risque de dépasser les VLE, des niveaux pour différents équipements et différentes situations de travail, ainsi que des outils et des méthodes de repérage et d’identification (grilles, test de la voix, estimation et mesurage des niveaux de bruit).

Le deuxième, Guide sur les moyens pour réduire l’exposition des travailleuses et des travailleurs, passe en revue plusieurs moyens pour éliminer ou réduire le bruit, qu’ils soient techniques ou administratifs, explore différentes sources comme les turbulences, les vibrations, les bruits conduits par les structures, et recommande l’achat et le remplacement d’équipements, de produits et de matériaux permettant de réduire le bruit.

Le troisième, Guide sur la sélection et l’utilisation des protecteurs auditifs, détaille la protection auditive et en explore les limites, fait le tour des différents types de protecteurs auditifs, indique comment choisir le bon produit et les facteurs à considérer, montre jusqu’à quel point les protecteurs filtrent le bruit et informe sur la manière de les utiliser, soit l’ajustement, l’entretien et la formation. Les trois guides et d’autres outils pratiques se trouvent sur le site Web de la CNESST.

« La norme actuelle est fixée à 85 dBA pour une exposition de huit heures dans les milieux de travail. La respecter permet de réduire les problèmes d’audition chez les travailleuses et travailleurs. »

— Ameziane Ben-Lalli, conseiller expert en prévention-inspection à la CNESST

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