Un outil d’aide à la décision pour les cas de lombalgie

Par CATHERINE COUTURIER

8 novembre 2022

Dans plus de 90 % des cas de lombalgie, il est impossible de poser un diagnostic spécifique. Or, sans ce diagnostic, impossible de proposer un traitement personnalisé. Des chercheurs souhaitent faciliter la tâche des physiothérapeutes.

Pour traiter la lombalgie, on utilise des traitements conservateurs sans danger, comme des programmes d’exercices. « Mais lorsqu’on applique ces traitements à n’importe qui, les résultats sont modestes », constate Christian Larivière, chercheur à l’IRSST depuis 20 ans. En regardant de plus près, on s’aperçoit que ce n’est pas tant parce que le traitement fonctionne moyennement bien pour tous, mais plutôt parce que la réponse s’inscrit dans un continuum : certains patients y répondent très bien, d’autres, pas du tout.

Le chercheur et son équipe ont donc voulu identifier les personnes qui réagissent le mieux à un traitement spécifique pour dégager une règle de prédiction du succès de ce traitement. Ils se sont intéressés aux exercices de stabilisation lombaire qu’utilisent largement les physiothérapeutes. « Nous voulons donner un outil aux physiothérapeutes pour qu’ils fassent un choix plus éclairé de traitement », souhaite Christian Larivière.

Objectifs : prédire et comprendre le succès

Les chercheurs visaient deux objectifs principaux : dériver deux règles de prédiction clinique de succès pour dépister les patients qui répondent bien à des exercices de stabilisation lombaire (après le traitement et six mois plus tard) et étudier les mécanismes que ces exercices déclenchent pour comprendre pourquoi le traitement fonctionne mieux pour eux.

Une étude préliminaire avait tenté en 2005 l’arrimage de patients et d’exercices de stabilisation, sauf que l’étape de dérivation des règles de prédiction clinique n’a pas été complétée. De plus, l’étude présentait plusieurs limites, dont le petit nombre de participants. « On s’est dit qu’on pouvait faire mieux, et avec un plus grand bassin de patients », raconte Christian Larivière.

Les chercheurs ont donc recruté 110 personnes présentant une lombalgie non aiguë ayant dépassé la phase de douleur aiguë, qui peut durer jusqu’à quatre semaines. La littérature ne montrant pas d’avantages à faire des exercices durant cet épisode intense, ils ont plutôt observé des patients en phase subaiguë (4 à 12 semaines) et chronique (plus de 12 semaines).

Les participants devaient suivre un programme d’une durée de huit semaines incluant des exercices de stabilisation lombaire bihebdomadaire de 30 minutes, de même que d’autres à faire à la maison. Les chercheurs ont pris des mesures avant et après les huit semaines, puis six mois plus tard, dont des tests physiques cliniques servant à quantifier des signes potentiellement associés à l’instabilité lombaire et des questionnaires pour évaluer des variables psychosociales potentiellement associées à l’adhésion aux exercices faits à la maison. « On pense que si on arrivait à prédire l’adhésion au traitement, ce serait un bon marqueur de prédiction de succès », remarque Christian Larivière.

Pour atteindre leurs deux objectifs, les chercheurs ont divisé les patients en trois groupes : ceux chez qui le traitement n’a pas fonctionné, ceux dont le succès est incontestable et ceux qui se situent entre ces extrêmes. Ils ont ensuite comparé les groupes « succès » et « échec » en utilisant le questionnaire Oswestry, une mesure de l’incapacité perçue, pour évaluer le succès du traitement. « Cela permet de voir si la personne est affectée par sa lombalgie lors de la participation à différentes activités », précise Christian Larivière.

Pour le premier objectif (dérivation des règles de prédiction clinique), l’équipe a analysé quels tests et questionnaires, mesurés avant le traitement, permettaient de mieux les différencier par la suite. Dans le cas du deuxième (étude des mécanismes), ils ont évalué quels tests cliniques et mesures par questionnaires se sont améliorés au cours du traitement, notamment chez le groupe « succès » comparativement au groupe « échec », résume Christian Larivière.

Deux résultats intéressants

Les chercheurs ont dégagé deux règles de prédiction de succès, soit le succès tel que mesuré immédiatement après le traitement de huit semaines et après six mois. « C’est la première fois qu’une prédiction au-delà de la fin du traitement est réalisée, en l’occurrence six mois après le traitement dans notre étude », souligne Christian Larivière. Les physiothérapeutes pourront donc utiliser quelques tests physiques cliniques pour déterminer si leurs patients peuvent bénéficier d’un programme d’exercices de stabilisation lombaire. Dans le cas contraire, ils pourront prescrire un autre traitement. Bien que certaines variables psychosociales aient démontré une valeur prédictive, elles s’avèrent trop négligeables pour être considérées et ainsi alourdir l’évaluation des physiothérapeutes.

En deuxième lieu, les chercheurs ont constaté que le programme de stabilisation lombaire permet d’améliorer plusieurs indicateurs cliniques et de performance physique, de même que des variables psychologiques. « Par exemple, des recherches antérieures avaient démontré que les programmes d’exercices aérobiques, qui impliquent beaucoup de gestes, sont efficaces pour aider les gens à réduire leurs peurs du mouvement ou de la douleur. Mais on voit qu’un programme d’exercices de stabilisation lombaire, qui est fait au sol avec peu de mouvements, un peu comme le Pilates, peut aussi réduire ces peurs », affirme Christian Larivière. En s’exposant graduellement à l’activité physique, comme cela se fait avec les exercices de stabilisation lombaire, les personnes ayant des peurs et des croyances erronées à cet égard reprennent confiance.

Un premier pas

Faire la dérivation d’une règle de prédiction de succès pour le programme d’exercices de stabilisation lombaire n’est qu’une première étape. « Il faut ensuite en faire la validation avec d’autres études cliniques », explique Christian Larivière, qui étudie présentement la faisabilité d’un essai clinique randomisé à plus large échelle.

Chaque programme d’exercices pourrait aussi faire l’objet d’une autre recherche. « Nous avons étudié un programme d’exercices de stabilisation lombaire, car il est très populaire en physiothérapie. Mais il y en a d’autres, tels que le renforcement musculaire, des programmes d’aérobie… Il faudrait les analyser un par un », conclut le chercheur.

POUR EN SAVOIR PLUS

Rapport de recherche : irsst.info/r-1151

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