Changements climatiques : un défi pour la SST
Par Maxime Bilodeau
14 avril 2026
Photo : SonerCdem/iStock.com
Une équipe de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) approfondit la compréhension des répercussions actuelles et projetées des soubresauts climatiques sur la santé et la sécurité du travail.
Les changements climatiques représentent plus que jamais un enjeu pour les travailleuses et travailleurs. En effet, l’augmentation de la température moyenne de la planète, qui est en voie d’atteindre 1,5 degré Celsius (°C) par rapport à l’ère préindustrielle, modifie d’ores et déjà les conditions dans lesquelles plusieurs évoluent au quotidien. Et cette tendance devrait s’accentuer dans les prochaines décennies, alors que le réchauffement mondial atteindra vraisemblablement 3 °C d’ici à 2100. Cela se traduira par une hausse de la fréquence et de l’intensité des canicules, inondations et autres phénomènes extrêmes.
Cette réalité, de plus en plus présente dans le monde du travail, fait sans surprise l’objet d’une abondante littérature scientifique depuis le tournant du millénaire. Si le stress que produit la chaleur excessive occupe le centre de plusieurs publications savantes, les autres effets directs des changements climatiques sur la santé et la sécurité du travail sont moins bien documentés. « De manière générale, les écrits sur le sujet portent davantage sur les conséquences des changements climatiques que sur les stratégies pour mieux y faire face », relève Sophie De Serres, adjointe d’Alain Marchand, le directeur scientifique de l’IRSST.
Ces deux spécialistes cosignent un état des lieux sur les multiples répercussions des changements climatiques sur la santé et la sécurité du travail. Le but : brosser un portrait synthétique de la question tiré des articles scientifiques publiés sur le sujet de 2020 à 2025. « Notre travail constitue un instantané de l’état actuel des connaissances dans le contexte des climats tempérés nord-américain et européen », explique Sophie De Serres. Le rapport publié dégage en outre des pistes d’action pour soutenir les milieux de travail dans la gestion des risques climatiques.
Des préoccupations multiples
L’exposition prolongée à des températures élevées sur le lieu de travail peut provoquer des étourdissements, de la fatigue et même des coups de chaleur mortels. De manière moins spectaculaire, elle diminue la vigilance des travailleuses et travailleurs, augmentant au passage leur probabilité de subir un accident traumatique, et affecte leur bien-être psychologique. « Une étude réalisée au Canada rapporte une augmentation des réclamations journalières en lien avec des problèmes de santé au travail pour chaque augmentation de la température au-dessus des valeurs normalement attendues », précise Sophie De Serres.
De plus, le réchauffement climatique favorise l’émergence d’infections transmises par les tiques et les moustiques, comme la maladie de Lyme et le virus du Nil occidental ; accentue la volatilité des produits chimiques polluants en suspension dans l’air, lors d’épisodes de smog, par exemple ; et augmente l’exposition au rayonnement ultraviolet du personnel travaillant à l’extérieur, surtout s’il a tendance à moins se vêtir puisqu’il fait plus chaud. « Cela illustre que certaines stratégies mises en place pour contrecarrer un risque climatique peuvent avoir pour effet indésirable d’en amplifier un autre », mentionne l’experte à ce propos.
Les catastrophes naturelles, dont les feux de forêt, les inondations et les tempêtes, menacent l’intégrité des travailleuses et travailleurs d’urgence, comme les pompiers. Fait moins connu, elles nuisent de surcroît à la santé physique et psychique de celles et ceux qui entrent en action après les interventions de première ligne, notamment pour offrir des services d’aide à la population, nettoyer le sinistre et réparer les infrastructures dévastées. « Elles doivent souvent composer avec la détresse et l’anxiété des personnes sinistrées, ce qui peut ouvrir la porte à des traumatismes », affirme-t-elle.
Appel à toutes et à tous
Les changements climatiques touchent particulièrement le personnel œuvrant en extérieur, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche commerciale, de la foresterie et de la construction. Cela dit, ils peuvent également gêner les travailleuses et travailleurs qui réalisent des tâches physiquement exigeantes à l’intérieur, dans les blanchisseries et les fonderies, par exemple. « Il ne faut pas oublier ces individus, insiste Sophie De Serres. Ils et elles ont beau avoir l’habitude de travailler dans un contexte de chaleur, leur capacité d’adaptation à un stress thermique accru demeure limitée. »
Pour les spécialistes de la santé et de la sécurité du travail, les constats qui se dégagent de cet état des lieux doivent susciter une réflexion sur la personnalisation des mesures d’atténuation des risques climatiques. « Le type de tâches, l’emplacement géographique et les facteurs de vulnérabilité individuels sont autant de variables à prendre en compte », souligne Sophie De Serres. Les employeurs gagnent aussi à intégrer la nouvelle réalité climatique dans leurs prises de décisions. « Leur implication est primordiale, car les changements climatiques posent des enjeux de productivité susceptibles de toucher le fonctionnement des entreprises. »
Pour en savoir plus
Les répercussions des changements climatiques sur la SST : état des lieux et pistes d’action (QR-1240-fr)
