Particules respirables au travail : mieux mesurer leurs effets au quotidien
Par Max Hugny
19 mai 2026
Photo : jiefeng jiang/ iStock.com
Et si l’exposition à des particules en milieu de travail produisait des effets sur la santé dès la fin d’un quart ? Des recherches soutenues par l’IRSST proposent une nouvelle façon de mesurer ces effets souvent sous-estimés.
Chaque jour, des travailleuses et travailleurs respirent des particules en suspension dans leur environnement de travail. Si les conséquences à long terme de ces expositions sont bien documentées, leurs effets à court terme demeurent encore peu connus. Pourtant, ces expositions pourraient provoquer des réactions physiologiques dès la fin d’un quart de travail. Des recherches soutenues par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) proposent une approche novatrice pour mieux comprendre ces effets invisibles et repenser la prévention en SST.
Des effets possibles dès la fin d’un quart de travail
Audrey Smargiassi, chercheuse en santé environnementale, et Maximilien Debia, chercheur en santé et sécurité du travail, ont mené une série d’études auprès d’apprenties et d’apprentis de différents métiers de la construction pour mieux comprendre les effets quotidiens de l’exposition aux particules, notamment sur l’inflammation pulmonaire et la fonction respiratoire au bout d’une seule journée de travail. Leur approche consistait à combiner des mesures répétées de l’exposition aux particules, au cours d’un suivi visant à capter les variations d’un jour à l’autre, avec des indicateurs biologiques permettant d’en observer les effets immédiats sur les poumons.
Au-delà du nombre de particules : leur toxicité compte aussi
L’un des apports majeurs de ces études réside dans l’intégration de la charge oxydative, un indicateur encore peu utilisé en milieu de travail. Contrairement aux approches classiques centrées sur la concentration, cette mesure permet de tenir compte à la fois de la quantité de particules et de leur toxicité, dans des contextes où l’on respire souvent en réalité des mélanges de particules plutôt qu’un contaminant isolé. « On peut avoir peu de particules très oxydantes, ou beaucoup de particules peu oxydantes, et au final les deux situations présentent une charge oxydante similaire », illustre Audrey Smargiassi. Une façon de montrer que toutes les particules ne se valent pas, et que leur danger ne se mesure pas uniquement en nombre.
Une inflammation pulmonaire observée en une seule journée
Les résultats sont éloquents. Chez les apprenties et apprentis suivis, une augmentation de l’exposition aux particules s’accompagne d’une amplification de l’inflammation pulmonaire, mesurée au moyen d’un indicateur biologique appelé FeNO. « Être exposé juste une journée est suffisant pour provoquer une inflammation pulmonaire », résume Audrey Smargiassi. Les travailleuses et travailleurs ne perçoivent pas nécessairement ces effets, même si ceux-ci témoignent d’une réaction bien réelle de leur organisme.
Des effets discrets, mais potentiellement cumulatifs
Pris isolément, ces changements peuvent sembler modestes. Mais leur répétition quotidienne soulève des questions importantes. « Si tous les jours, de façon répétée, j’ai une inflammation pulmonaire, ça augmente peut-être le risque de développer une maladie professionnelle à long terme », avance la chercheuse, qui souligne qu’il s’agit d’une hypothèse encore à documenter.
Fait notable : Cette inflammation a été observée chez des apprentis et apprentis dépourvus de protection respiratoire. Comme le souligne Maximilien Debia, cela rappelle l’importance de la prévention et de mieux contrôler les émissions à la source, notamment à l’aide de mesures de captation adaptées. Même en l’absence de dépassement des normes, des effets sur la santé peuvent survenir à court terme, notamment en raison de la variabilité des expositions et de la toxicité des particules.
Tous les milieux ne présentent pas les mêmes risques
Les analyses permettent aussi de mieux distinguer les risques selon les milieux de travail. À concentration équivalente, certaines particules présentent un potentiel oxydant plus élevé que d’autres. Les particules issues du soudage, par exemple, apparaissent plus oxydantes que celles provenant d’activités comme la menuiserie ou le briquetage. Comme le souligne Maximilien Debia, des environnements qui présentent des niveaux de particules similaires peuvent entraîner des effets différents selon la nature de ces particules. « Ce sont des pistes qui mériteraient d’être explorées davantage, notamment dans d’autres métiers où l’on utilise des aérosols métalliques, ou encore des particules carbonées », ajoute-t-il.
Des résultats à approfondir et à élargir
Néanmoins, certaines hypothèses n’ont pas pu être vérifiées, dont le potentiel oxydant associé à des particules organiques, notamment en menuiserie, remarque Audrey Smargiassi. Les futures études devraient intégrer une diversité de méthodes pour caractériser ce potentiel oxydant. Ces résultats invitent également à considérer les expositions dans leur ensemble, au-delà du seul milieu de travail. L’exposition d’une personne ne s’arrête pas à la fin de son quart : elle se poursuit dans d’autres environnements du quotidien, où différentes sources d’exposition à des aérosols peuvent s’ajouter et interagir.
Mieux comprendre pour mieux prévenir
Plus largement, ces travaux montrent l’apport d’une collaboration entre la santé au travail et la santé environnementale. « Ce type d’approche, qui combine notamment la mesure de la charge oxydante et le suivi d’indicateurs biologiques, est largement utilisé en santé environnementale, mais encore peu en SST », rappelle Maximilien Debia. Avec ces études, les chercheurs proposent une façon plus fine de capter les effets quotidiens des expositions – notamment l’inflammation pulmonaire – et de mieux refléter la toxicité réelle des particules, au-delà de leur seule concentration. Cette avancée pourrait, à terme, permettre de mieux repérer les milieux où les particules sont les plus nocives et de cibler plus finement les efforts de prévention.
