Secteur minier : là où le bruit ne prend jamais de pause

Par Karolane Landry

25 août 2026

Photo : Paekstock/Shutterstock.com

Dans les mines, le bruit est un compagnon de travail omniprésent. Forage, dynamitage, transport du minerai, ventilation… chaque étape des opérations génère des niveaux sonores élevés. Invisible et insidieux, le bruit peut entraîner des conséquences sur la santé et la sécurité des travailleuses et travailleurs, comme la fatigue, la diminution de la vigilance, des acouphènes et la perte d’audition temporaire ou permanente. La prévention du bruit en milieu minier demeure donc un enjeu majeur de santé et de sécurité du travail (SST). Entre contrôle du risque à la source, utilisation d’équipe­ments adaptés et promotion d’une culture de la prévention, le défi consiste à concilier performance opérationnelle et protection durable de l’ouïe.

Au Québec, la réglementation sur le bruit au travail est claire : l’exposition quotidienne moyenne d’une travailleuse ou d’un travailleur ne doit pas dépasser 85 dBA sur une période de huit heures. En outre, le niveau d’exposition au bruit à ne jamais dépasser, peu importe la durée, est de 140 décibels (dBC). Ces exigences, précisées dans le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) et dans le Code de sécurité pour les travaux de construction (CSTC), sont entrées en vigueur en 2023. Elles s’accompagnent d’une obligation pour les employeurs de prendre en charge le risque à la source.

Pour y parvenir, il faut impliquer les travailleuses et travailleurs, identifier les situations de travail bruyantes, planifier et mettre en oeuvre des correctifs et fournir des équipements de protection auditive ainsi qu’une formation théorique et pratique lorsque les valeurs limites sont dépassées. L’objectif est de préserver la santé auditive, tout en maintenant des conditions de travail saines, sécuritaires et durables.

Des sources multiples et difficiles à contrôler

Dans le secteur minier, le bruit fait partie du quotidien. Les principales sources sont le dynamitage, le forage de la roche, les camions de transport, les chargeuses-navettes et les sys­tèmes de ventilation qui assurent la circulation d’air dans les galeries. En surface, les opérations de sciage de carottes ou d’échantillonnage génèrent aussi un bruit constant. Le carac­tère fermé et réverbérant des tunnels souterrains ampli­fie ce phénomène. Les sons rebondissent sur les parois rocheuses, les rendant plus persistants et plus difficiles à atténuer. La nature même des activités minières rend donc la lutte contre le bruit particulièrement complexe. « Il est impossible d’insonoriser la roche elle-même. On concentre donc nos efforts sur d’autres aspects : l’entretien et le choix des équipements, les méthodes de travail, la sensibilisation des équipes et l’utilisation des protections individuelles », mentionne Dale Ladouceur, représentant en prévention des travailleurs du Complexe minier Lamaque d’Eldorado Gold Québec.

Un risque qui s’entend et se ressent

Le bruit représente un risque physique qui peut également porter atteinte à la santé psychologique des travailleuses et travailleurs du secteur minier. À long terme, une exposition excessive peut causer des atteintes souvent progressives et indolores, qui ne sont souvent détectées qu’une fois qu’il est trop tard. La perte auditive est alors irréversible. Cependant, les effets du bruit ne se limitent pas à l’ouïe. En effet, le bruit agit aussi comme un facteur de stress. Il entraîne une fatigue accrue, une diminution de la concentra­tion et de la vigilance ainsi que de l’irritabilité ou des troubles du sommeil. « Après une journée passée dans un environ­nement bruyant, la fatigue s’installe. La patience diminue, tant au travail qu’à la maison. De plus, quand une personne entend moins bien, elle peine à suivre les conversations dans un groupe et finit souvent par s’éloigner socialement », explique Shany Gobeil, coordonnatrice en santé-sécurité chez Eldorado Gold Québec.

« Les effets du bruit dépassent donc largement la sphère professionnelle. Ils touchent la santé, les relations et la qualité de vie en général », ajoute-t-elle. Ces impacts indi­rects peuvent aussi se répercuter sur la sécurité. Ainsi, une personne moins attentive ou distraite au travail est plus vulnérable aux accidents.

« À long terme, une exposition excessive peut causer des atteintes souvent progressives et indolores, qui ne sont souvent détectées qu’une fois qu’il est trop tard. »

 

La prévention avant tout

Réduire les risques liés au bruit commence par une approche globale qui combine technique, organisation et vigilance. La première étape consiste à agir à la source, en privilégiant l’utilisation d’appareils moins bruyants, en entretenant les équipements, en isolant les zones bruyantes et en réduisant la propagation du bruit. Aujourd’hui, les avancées technolo­giques transforment graduellement les mines. L’introduction de véhicules électriques a marqué un tournant majeur. Sans moteur à combustion, ces engins sont beaucoup plus silen­cieux, réduisant la réverbération dans les galeries et amé­liorant la qualité de l’air. Les cabines fermées et insonorisées offrent désormais un environnement de travail plus calme, protégeant les opérateurs non seulement du bruit, mais aussi des vibrations et des poussières.

En outre, les systèmes de télé-opération permettent de contrôler à distance des équipements dans des zones à forte exposition sonore, éloignant ainsi les travailleuses et travailleurs du risque. Comme le souligne Dale Ladouceur, « Les équipements électriques ont fait une grande différence. Les cabines d’opération, désormais mieux insonorisées et plus étanches, offrent aussi un environnement beaucoup plus sécuritaire. Autrefois, les camions et les chargeuses-navettes étaient complètement ouverts. De nos jours, les cabines sont fermées et renforcées. De plus, elles sont remplies de mousse isolante. »

Lorsque les mesures de contrôle à la source sont irréalisables ou insuffisantes, notamment lors du forage ou de la per­cussion de la roche, il faut miser sur des mesures organisa­tionnelles, comme la rotation des tâches, la planification du travail dans les zones les plus bruyantes et le contrôle régulier des niveaux d’exposition. Les équipements de pro­tection individuelle, comme pour la protection auditive, sont une mesure de protection à mettre en place en dernier recours pour protéger les travailleuses et travailleurs, mais ils demeurent essentiels.

Les bouchons moulés, de plus en plus populaires, sont adaptés à chaque personne et offrent une protection efficace et constante, à condition d’être utilisés correctement. « Chez nous, on montre aux travailleurs que juste le fait d’enlever son bouchon d’oreille pour parler quelques secondes fait chuter la protection de façon drastique. Tu n’as pas besoin de les enlever longtemps pour perdre une grande partie de l’atténuation », selon Shany Gobeil. Toutefois, cette efficacité repose avant tout sur une utilisation adéquate, soutenue par la formation continue et la sensibilisation des travailleurs.

La culture de la prévention est tout aussi importante. Dans un endroit où le bruit fait partie du quotidien, la santé et la sécurité passent par une prise de conscience collective. Chaque geste compte : signaler une source de bruit exces­sive, bien porter ses protecteurs auditifs ou même rappeler les consignes à un collègue. « Si l’on n’embarque pas les travailleurs dans notre bateau, ils ne s’impliqueront pas », rap­pelle la coordonnatrice SST. « En valorisant la participation, l’écoute et le dialogue, les entreprises créent un climat où la prévention devient un réflexe partagé, une responsabilité commune plutôt qu’une obligation imposée », ajoute-t-elle.

Dans un environnement où le bruit fait partie intégrante du travail, prévenir plutôt que subir demeure la meilleure straté­gie. Les progrès technologiques, la sensibilisation accrue et l’engagement des milieux miniers permettent aujourd’hui de mieux protéger la santé auditive des travailleuses et travail­leurs. Cependant, la prévention ne repose pas uniquement sur des outils ou des règles. Elle s’appuie avant tout sur une culture partagée, où chaque individu contribue à créer un milieu plus sain, plus sécuritaire et plus respectueux. En effet, la vraie réussite consiste à permettre aux équipes du secteur minier de préserver leur ouïe afin de continuer à profiter pleinement des sons du quotidien!

L’utilisation des témoins sur notre site

Pour adapter nos contenus et améliorer votre expérience sur notre site Web, nous utilisons des témoins (cookies) dans le respect de votre vie privée.

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation des témoins décrite dans notre politique de confidentialité.

Gérer les témoins

  • Témoins nécessaires au bon fonctionnement

    Ces témoins sont obligatoires, car ils garantissent le bon fonctionnement du site.

    Toujours actifs
  • Témoins relatifs à la publicité

    Nous n'utilisons pas de témoins pour des actions de marketing personnalisé.

    Toujours désactivés
  • Témoins liés aux données statistiques

    Ces témoins permettent de collecter des données de navigation, comme la durée de la visite ou les pages vues. Les données collectées sont anonymes et ne peuvent pas être associées à une personne.

Confirmer
Prévention au travail