Anticiper plutôt que subir : de nouvelles cartes pour appuyer la prévention de la maladie de Lyme

Par Max Hugny

22 septembre 2026

Photo : iStock/Avalon_Studio

Les cas de maladie de Lyme continuent d’augmenter au Québec, tout comme les risques pour les travailleurs et travailleuses qui exercent leurs activités en plein air. Une équipe de recherche a développé un modèle permettant de prévoir les zones les plus à risque, aujourd’hui et dans les prochaines décennies. Cet outil pourrait aider à mieux cibler les mesures de prévention avant que les cas ne se multiplient.

Cartographier des tiques ne suffit pas à cartographier le risque de maladie de Lyme. Pour mieux protéger les personnes qui travaillent en plein air, une équipe de recherche soutenue par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) a développé une modélisation qui tient compte de toute la chaîne de transmission de la maladie. Le résultat ? Des cartes qui permettent de mieux comprendre le risque d’exposition aujourd’hui… et d’en anticiper l’évolution au cours des prochaines décennies.

Comprendre le risque dans toute sa complexité

Depuis le premier cas de maladie de Lyme contracté au Québec en 2009, le nombre de cas déclarés ne cesse d’augmenter. En 2024, 728 cas ont été recensés dans la province, tandis que les populations de tiques à pattes noires poursuivent leur expansion vers le nord et l’est du Québec.

Jusqu’à présent, les modèles d’évaluation du risque de maladie de Lyme reposaient principalement sur la présence des tiques et sur les cas humains recensés. Or, « le risque, ce n’est pas uniquement la présence des tiques. Il dépend d’un ensemble de facteurs qui interagissent entre eux », résume Virginie Millien, professeure au Département de biologie de l’Université McGill et coresponsable scientifique du projet. « Les conditions climatiques, les caractéristiques du paysage, les mammifères qui servent d’hôtes aux tiques, la présence de la bactérie Borrelia burgdorferi et les comportements humains influencent tous la probabilité d’être exposé à la maladie. »

Cette vision globale distingue la modélisation développée par l’équipe, qui combine l’ensemble de ces facteurs afin d’estimer le risque d’exposition pour chaque secteur du territoire.

« On peut voir ça comme une série de couches de données », explique Mathieu Varin, directeur scientifique en télédétection forestière au Centre d’enseignement et de recherche en foresterie de Sainte-Foy (CERFO), spécialiste de la modélisation spatiale. « On ajoute la présence des tiques, des mammifères hôtes, les types de milieux, la hauteur de végétation, la température, les précipitations… Plus on ajoute de couches, plus on est capable de comprendre ce qui explique le risque pour un endroit très précis. »

L’une des principales innovations du projet est d’avoir intégré aux modèles un facteur de risque comportemental, élaboré à partir d’une enquête menée auprès de 195 travailleurs et travailleuses de 14 régions du Québec. L’équipe a observé que, dans les régions où les tiques sont présentes depuis longtemps, un niveau élevé de connaissances ne se traduisait pas nécessairement par une meilleure protection. Ce phénomène, appelé « fatigue de la conscience », montre qu’une exposition répétée au risque peut entraîner un relâchement de la vigilance. C’est pourquoi le comportement humain a été intégré à la modélisation, au même titre que les facteurs environnementaux.

Contrairement à une idée répandue, une piqûre de tique ne provoque pas automatiquement la maladie de Lyme. Pour qu’une personne soit infectée, plusieurs conditions doivent être réunies : la tique doit être porteuse de la bactérie Borrelia burgdorferi, demeurer fixée suffisamment longtemps et ne pas être retirée rapidement. Le port de vêtements couvrants, l’utilisation d’un répulsif, l’inspection systématique des vêtements et du corps après une activité en plein air et le retrait rapide des tiques demeurent des moyens efficaces de réduire le risque d’infection.

Anticiper plutôt que réagir

Les résultats de cette modélisation ont ensuite été représentés sous forme de cartes, qui montrent le niveau de risque d’exposition à une résolution spatiale de 30 mètres sur 30 mètres. Et qui, surtout, ne se limitent pas à décrire la situation actuelle.

En intégrant différents scénarios climatiques, l’équipe de recherche a également pu estimer l’évolution possible du risque jusqu’en 2050. Les projections montrent que les zones favorables à la maladie de Lyme devraient continuer à s’étendre vers le nord et vers l’est du Québec.

Pour Mathieu Varin, l’intérêt de ces projections est avant tout de permettre aux acteurs de la prévention d’agir avant que le risque ne s’installe.

« Pour les instances de prévention au travail ou l’INSPQ, cette modélisation permet d’identifier les zones qui vont être les plus à risque dans le futur et de commencer à faire de l’inventaire, ainsi que de la prévention et de la sensibilisation, dans ces nouvelles régions touchées. Dans les régions déjà atteintes, notre échelle plus fine permet aussi d’identifier des secteurs plus à risque que d’autres. »

L’équipe songe également à créer une plateforme web pour rendre ces cartes plus facilement accessibles. À plus long terme, Mathieu Varin aimerait qu’elles puissent être intégrées à une application permettant aux travailleurs et travailleuses de consulter le niveau de risque avant une intervention, d’adapter et de choisir les mesures de prévention adaptées aux risques identifiés.

Garder les bons réflexes

Les cartes permettent de cibler les secteurs où les efforts de prévention devraient être renforcés, mais elles ne dispensent pas des bonnes pratiques sur le terrain.

Pour les employeurs, cela peut se traduire par des mesures simples : poursuivre les activités de sensibilisation, installer des affiches aux endroits stratégiques, mettre à la disposition des travailleurs et travailleuses des répulsifs ou des outils pour retirer les tiques, ou encore installer des miroirs afin de faciliter l’inspection du corps après une journée de travail.

« Les tiques sont là pour rester ! Elles vont même augmenter. Ce qui est important, c’est de garder le même niveau de vigilance. Les mesures de protection fonctionnent. Souvent, on panique face à la maladie de Lyme, alors que c’est une maladie relativement facile à éviter lorsqu’on adopte systématiquement les bons réflexes », conclut Virginie Millien.

L’utilisation des témoins sur notre site

Pour adapter nos contenus et améliorer votre expérience sur notre site Web, nous utilisons des témoins (cookies) dans le respect de votre vie privée.

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation des témoins décrite dans notre politique de confidentialité.

Gérer les témoins

  • Témoins nécessaires au bon fonctionnement

    Ces témoins sont obligatoires, car ils garantissent le bon fonctionnement du site.

    Toujours actifs
  • Témoins relatifs à la publicité

    Nous n'utilisons pas de témoins pour des actions de marketing personnalisé.

    Toujours désactivés
  • Témoins liés aux données statistiques

    Ces témoins permettent de collecter des données de navigation, comme la durée de la visite ou les pages vues. Les données collectées sont anonymes et ne peuvent pas être associées à une personne.

Confirmer
Prévention au travail