Bioaérosols et risques sanitaires pour les éboueuses et éboueurs

Par Guy Sabourin

10 août 2026

Crédit photo : iStock.com/kozmoat98

Les personnes qui collectent les déchets peuvent respirer des bioaérosols en plus d’autres contaminants pouvant les rendre malades.

Problèmes d’asthme, irritation des voies respiratoires, syndromes liés aux poussières organiques toxiques, aspergillose broncho-pulmonaire allergique, maladies infectieuses, gastro-intestinales et cancers, voilà quelques-uns des troubles bien documentés pouvant affecter ce personnel. Le risque découle de la nature des matières manipulées et des méthodes de travail. L’étude de Geneviève Marchand et Loïc Wingert, tous deux chercheurs à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), Évaluation de l’exposition aux microorganismes et appréciation du risque sanitaire des chauffeurs de camion et des éboueurs attitrés au transport des matières résiduelles et des déchets, démontre que les personnes qui collectent les ordures ménagères sont exposées à des concentrations de bactéries, de moisissures et d’endotoxines pouvant dépasser les recommandations sanitaires. Les mycotoxines étaient présentes dans très peu d’échantillons. Les éboueuses et éboueurs sont plus touchés, avec un plus grand nombre d’échantillons d’air ayant des effets cytotoxiques pouvant porter atteinte aux cellules des poumons et du foie. Les conductrices et conducteurs des camions respirent également des microorganismes dans la cabine, et davantage encore lors du déchargement des matières au site d’enfouissement.

« L’exposition est importante et reconnue, les effets sur la santé ont été démontrés depuis plusieurs années, précise Geneviève Marchand. Cela n’épargne aucun travailleur, aucune travailleuse dans ces milieux. »

Une étude terrain

Les études qui analysent une seule matrice à l’aide d’une seule méthode ont tendance à limiter considérablement les capacités de documenter les risques biologiques pour les travailleuses et travailleurs, lit-on dans le rapport de recherche. C’est pourquoi les chercheurs ont combiné ici les prélèvements de différentes matrices (air, poussières, matériaux) à diverses méthodes d’analyse (cultures, mycotoxines, cytotoxicité, etc.) pour enrichir les informations recueillies.

Un premier volet du rapport de recherche présente les résultats de l’exposition aux bioaérosols mesurée dans la zone respiratoire des travailleuses et travailleurs en région urbaine. « Cette étude confirme que le personnel du secteur de la collecte des résidus domestiques est exposé à des agents microbiens à des concentrations supérieures aux limites recommandées, ce qui peut causer des risques pour leur santé », précise Geneviève Marchand.

Dans un deuxième volet, l’analyse a documenté le risque microbien professionnel, de l’air ambiant et des filtres à air de cabines au moyen de méthodes variées. Les résultats ont majoritairement mis en évidence un effet cytotoxique plus important dans les échantillons provenant des régions urbaines.

Un troisième volet a évalué la performance de différents modèles de filtres à air utilisés dans les habitacles des camions, révélant qu’ils offrent des performances faibles à modérées. Cela souligne la nécessité d’une protection améliorée et plus fiable, jumelée à la mise en place d’une réglementation et de normes renforcées pour ces filtres et leur remplacement préventif.

« Nous avons innové en matière de cytotoxicité, c’est-à-dire que nous avons observé la toxicité de l’air dans les cellules du poumon et du foie, explique Geneviève Marchand. Nous avons également analysé la résistance des microorganismes aux antifongiques et découvert que oui, il existe une certaine résistance. Les découvertes que nous avons faites au chapitre des méthodes et des mesures de l’exposition pourront aussi servir dans beaucoup d’autres milieux. »

Quelques recommandations

Devant l’évidence que les éboueuses et éboueurs respirent de l’air dont la qualité peut être compromise, les chercheurs proposent quelques pistes de solution. Par exemple, les camions pourraient être modifiés pour limiter la dispersion des particules hors de la benne et pour que le personnel puisse en déverser le contenu sans sortir de la cabine. Les bras mécaniques étant efficaces pour élargir la distance entre les résidus et les fosses nasales des travailleuses et travailleurs, il faut multiplier leur utilisation là où c’est possible. Lors des transbordements, les conductrices et conducteurs pourraient porter un appareil de protection respiratoire pour sortir du camion et limiter la durée de leurs sorties. Ajuster la ventilation en mode recirculation dans l’habitacle contribuerait à limiter l’apport d’air extérieur, largement contaminé, lors des entrées dans les centres de transbordement et d’enfouissement. Comme cela se fait déjà à certains endroits au Québec et en Europe, les déchets pourraient être regroupés sur des ilots, ce qui permet d’utiliser des systèmes mécanisés qui minimisent le contact avec les ordures. Plutôt que d’être recouverts d’un tissu poreux qui accumule les contaminants, comme ils le sont actuellement dans la majorité des cas, les sièges des conducteurs pourraient être recouverts de cuirette, plus facile à nettoyer. Il serait aussi pertinent de choisir des filtres de ventilation de l’habitacle offrant une meilleure efficacité de filtration ; il faudrait également prévoir un calendrier de remplacement des filtres et établir des standards de performance minimaux.

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