Les mesures d’urgence dans une mine éloignée : quand chaque seconde compte
Par Paul Therrien
25 mai 2026

Photo : Mine Raglan
La mine Raglan est située au 62e parallèle nord, au Nunavik. L’hôpital le plus proche est à Kuujjuaq, à quatre heures d’avion. L’autonomie est donc vitale, surtout en ce qui concerne les mesures d’urgence et les activités de sauvetage. Mais comment se prépare-t-on pour affronter des incendies sous terre, des évacuations médicales et d’autres risques liés aux mines éloignées ? Quelles innovations technologiques peuvent être utilisées ? Nous en avons discuté avec David Brosseau et Eric Desroches, coordonnateurs des mesures d’urgence et du sauvetage minier à la mine Raglan.
Plus de 1 300 employés se relaient à la mine Raglan. Situées sur une terre qui s’étend sur près de 70 km d’est en ouest, trois mines y sont continuellement en exploitation pour extraire, principalement, du nickel et du cuivre. Possédant un aéroport et un port marin, cet endroit est une petite ville en soi, avec ses propres infrastructures. Ainsi, contrairement à d’autres mines au Québec, celle-ci ne peut pas compter sur le soutien des municipalités voisines en cas d’accident ou d’événement grave. « Nous sommes sur un site éloigné de tout ; il n’y a que la nature autour. Nous devons donc être pleinement autonomes », explique d’emblée David Brosseau.
Des risques omniprésents à surveiller
Dans une mine nordique comme Raglan, les défis sont nombreux. Parmi eux, on compte la présence de blizzards et la gestion des refuges souterrains dans le pergélisol. Lors de grosses tempêtes, le travail est mis à l’arrêt pour réduire les risques d’incident, puisque la capacité d’évacuation est très réduite. À cause du pergélisol, les refuges sous terre ne peuvent pas avoir d’air comprimé, donc l’utilisation d’unités de filtration de CO2 assure leur autonomie. Quant à savoir quelle est la pire catastrophe qui pourrait s’y produire, il s’agit certainement d’un écrasement d’avion à l’aéroport à proximité. « C’est vraiment le pire scénario pour nous, affirme M. Brosseau. Ensuite, il y a le risque maritime et le déversement d’hydrocarbures des navires, sans compter les explosifs, qui constituent un risque important. Enfin, il y a les incendies sous terre et en surface. » Pour sa part, Eric Desroches ajoute : « Chaque risque est évalué et géré avec soin selon les probabilités qu’une situation d’urgence se produise, afin d’allouer les bonnes ressources à la prévention. »
Comme la mine Raglan emploie beaucoup de travailleuses et travailleurs sous terre, le sauvetage minier se doit d’être perfectionné : « Nous avons six brigades d’intervention d’urgence différentes totalisant environ 140 intervenants : il y a des pompiers et des premiers répondants pour les problèmes médicaux, des intervenants maritimes… On est deux coordonnateurs des mesures d’urgence, un coordonnateur à la formation et cinq techniciens en mesures d’urgence. Ça fait une grosse équipe de gens qui ont des compétences variées et qui sont qualifiés dans tous les domaines d’urgence », explique M. Brosseau.
« En 2015, il y a eu un important changement à la mine Raglan : une culture de la déclaration a été mise en place. »
L’évolution d’une culture de prévention
En 2015, il y a eu un important changement à la mine Raglan : une culture de la déclaration a été mise en place. En effet, les deux coordonnateurs expliquent qu’on a alors demandé aux travailleuses et aux travailleurs de déclarer tous les incidents en lien avec la santé et la sécurité du travail (SST), aussi minimes soient-ils. Cette mesure importante a permis d’apporter rapidement des correctifs aux méthodes de travail qui n’étaient pas conformes. Le virage a porté ses fruits : de 2015 à 2019, la mine a vu son bilan de blessures s’améliorer de 60 %. En 2024, elle a d’ailleurs remporté pour la neuvième fois le trophée régional John T. Ryan pour les mines de métaux, qui récompense celle qui affiche la plus faible fréquence d’accidents déclarés au pays. « Avec la culture de déclaration, nous avons beaucoup de données à analyser, affirme Eric Desroches. Si on s’aperçoit qu’un risque est élevé, il y a aussitôt une analyse à faire pour bien réagir et savoir sur quoi on doit travailler. »
Préparation en amont
La première préoccupation des coordonnateurs des mesures d’urgence est, bien sûr, d’éliminer les risques à la source. « Nous avons des objectifs bien précis. Il faut pouvoir corriger les problèmes en amont, avant même d’avoir à intervenir en urgence », dit David Brosseau. Selon lui, il y a eu beaucoup d’investissements dans les refuges à la mine Raglan; ces derniers sont absolument nécessaires pour abriter les gens pris sous terre lors d’un incendie. De plus, des systèmes d’extinction automatique ont été installés pour éviter que des personnes aient à s’approcher des flammes pour les maîtriser et en ralentir la propagation. D’ailleurs, au Québec, plusieurs innovations sont actuellement à l’étude, comme des robots qui pourraient être utilisés pour cette tâche. « Dans certaines mines du Québec, il y a beaucoup de nouveaux défis sous terre avec l’arrivée des véhicules électriques, précise David Brosseau. Il faudra de nouvelles formations et des équipements spéciaux pour affronter des incendies impliquant, par exemple, des batteries au lithium-ion. » Il y a aussi des changements majeurs en lien avec le sauvetage, comme en témoignent les innovations technologiques implantées depuis quelques années déjà. Parmi elles, on compte le système permettant de suivre, depuis la surface, les déplacements de poches de gaz toxiques sous terre lors d’un incendie ou d’un sautage de production, et les écrans qui montrent en temps réel les véhicules de sauvetage et l’emplacement des intervenants d’urgence.
Discussions solidaires
« Il y a beaucoup de travail de collaboration entre les mines au Québec », affirme Eric Desroches. En effet, l’Association minière du Québec (AMQ) organise deux rencontres annuelles du comité CATAMINE. « Au cours des cinq dernières années, nous avons eu plusieurs discussions afin d’apporter des changements au sauvetage minier. Nous soulevons de grandes questions qui favorisent une évolution rapide », conclut-il.