Mieux combattre le froid au travail

Par Lyndie Lévesque

14 Décembre 2021

Au Québec, l’hiver est synonyme d’une baisse marquée du mercure. Dans le cadre des Grandes Rencontres CNESST, Evelyne Bouvier, conseillère en prévention‑inspection à la Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention de la CNESST, et Capucine Ouellet, professionnelle scientifique en hygiène du travail pour le Service de prévention des risques chimiques et biologiques à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), ont offert la conférence « Les contraintes thermiques : pour n’avoir ni chaud ni froid », dans laquelle elles décortiquent, notamment, les mesures de prévention à mettre en place face aux températures froides. En voici les grandes lignes.

« Bien des Québécois subissent l’hiver chaque année, mais la plupart ne travaillent pas nécessairement “dans” le froid. Ils vont plutôt le croiser à l’entrée et à la sortie du travail », explique d’entrée de jeu Evelyne Bouvier. Toutefois, certains travailleurs affrontent le froid toute la journée, sur leur lieu de travail. Le travail dans des entrepôts frigorifiques, dans des abattoirs ou dans le milieu de l’installation de chambres froides comporte un risque en raison de l’exposition au froid. De plus, dans certains secteurs, comme l’agriculture, la foresterie, les travaux publics et la construction, le travail à l’extérieur est très fréquent. Il est important de protéger ces travailleuses et travailleurs des risques que comporte l’exposition au froid et au vent.

Assurément, le travail au froid, principalement à l’extérieur, comporte des risques de gelures, d’hypothermie et de lésions physiques permanentes. Ainsi, dans des conditions de froid intense, l’employeur doit prévoir et mettre en place des mesures de prévention afin d’offrir à son équipe de travail un environnement sécuritaire qui tient compte des conditions climatiques. De leur côté, les travailleurs doivent appliquer ces mesures et surveiller les signes de gelures ou d’hypothermie chez eux ainsi que chez leurs collègues.

Chaque mesure de prévention compte

Comme on dit : il vaut mieux prévenir que guérir. C’est pourquoi les conférencières interviewées ont énuméré plusieurs mesures de prévention. Selon la nature des tâches à exécuter, une ou plusieurs des mesures suivantes doivent, si possible, être prises par l’employeur pour assurer la santé et la sécurité du travailleur : chauffer le poste de travail, mettre des abris chauffés à la disposition des travailleurs, recouvrir les poignées et les barres métalliques d’un isolant thermique, inciter les travailleurs à porter des vêtements adéquats (qui ont plusieurs épaisseurs, s’il le faut) et à se couvrir la tête, alterner les périodes de travail et de réchauffement et réorganiser le travail afin d’accomplir les tâches prévues à l’extérieur durant les périodes les plus chaudes de la journée. « Par exemple, on privilégie le milieu de la journée, où le rayonnement du soleil est plus intense; cela nous permettra de nous réchauffer plus facilement. », indique Evelyne Bouvier.

Prévenir et soigner les gelures

En hiver, on entend communément parler des engelures, celles qu’on voit apparaître sur les joues après une longue journée en plein air, par exemple. Les engelures sont, en fait, des gelures temporaires. Ainsi, quand on parle de gelure, on fait référence à un état plus permanent, comme l’explique Mme Bouvier.

En effet, les gelures sont un ensemble de lésions provoquées par un froid intense sur la peau et ses couches inférieures. Elles apparaissent généralement sur les pieds, les mains, les joues, les oreilles et le nez. « Leur gravité varie selon la température, la durée de l’exposition au froid et les facteurs de refroidissement extérieur », précise Evelyne Bouvier. La conférencière donne l’exemple d’une journée d’hiver où le thermomètre indique -23 °C. « Si le vent souffle à 40 km /h, la température sera alors de -38 °C. Dans ces conditions, une partie du corps exposée au vent peut geler rapidement, soit en 10 à 30 minutes, illustre-t-elle.

Les gelures se traduisent par plusieurs signes et symptômes : sensation de picotement, engourdissement progressif, perte graduelle de la sensibilité jusqu’à l’insensibilité totale, rougeurs avec des plaques blanches inégales, cloques et peau blanche, glacée, cireuse ou dure.

Les deux conférencières indiquent donc qu’il importe d’agir dès l’apparition des premiers symptômes. Ainsi, il faut conduire la personne dans un endroit chaud. S’il s’agit de gelures superficielles, il faut réchauffer localement et graduellement les parties atteintes avec des compresses tièdes ou en donnant de sa propre chaleur avec les mains. La personne doit retirer ses vêtements humides ou mouillés, on doit l’envelopper dans une couverture et lui donner une boisson tiède et sucrée, mais non alcoolisée. Si la sensibilité ou la sensation sur la peau ne revient pas, il faut appeler l’ambulance.

Toutefois, il ne faut pas frotter les parties gelées et ne pas les approcher d’une source de chaleur directe; il ne faut pas non plus faire marcher la personne (si ses pieds sont gelés) ou lui donner de l’alcool, car ce dernier a pour effet d’abaisser la température du corps.

Prévenir et soigner l’hypothermie

L’hypothermie est une chute de la température du corps sous les 36 °C causée par le froid. Dans certains cas, elle peut être mortelle. Mme Bouvier explique qu’une personne qui souffre d’hypothermie a des frissons, des tremblements, de la rigidité musculaire et les extrémités froides, qu’il y ait présence ou non de gelures. Elle peut aussi avoir des engourdissements, être confuse ou encore perdre conscience. Qui plus est, la diminution du pouls et de la respiration fait en sorte que la personne atteinte peut avoir envie de dormir.

En cas d’arrêt cardiaque ou respiratoire, les premières choses à faire sont de placer le travailleur sur le dos, de vérifier son état de conscience, d’appeler les services d’urgence et de commencer à pratiquer des manœuvres de réanimation sur lui. Si le travailleur n’est pas en arrêt cardio-respiratoire, il faut vérifier son état de conscience, appeler les services d’urgence, le conduire dans un endroit chaud, l’allonger, minimiser sa dépense énergétique et le garder éveillé.

Lorsque le travailleur est dans un endroit chaud, on doit desserrer ses vêtements ou, s’ils sont humides, les remplacer par des vêtements secs, avant de l’envelopper dans des couvertures pour le réchauffer. Finalement, on lui fait boire une boisson chaude, s’il est conscient.

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