Obligations familiales : le refus de travailler au-delà de ses heures habituelles peut-il vous coûter votre emploi?
Par Lynn Chammas, stagiaire en droit
1 septembre 2026
Photo : PRPicturesProduction/Shutterstock.com
Réceptionniste, Audrey travaillait habituellement de 9 h à 17 h. Elle soupçonne d’avoir été congédiée après avoir dû refuser de travailler certains soirs. En effet, ayant la garde de ses enfants, elle ne pouvait prolonger ses journées de travail. Elle se demande donc si elle dispose d’un recours.
Protection
Le sixième paragraphe de l’article 122 de la Loi sur les normes du travail1 (LNT) prévoit notamment qu’il est interdit à un employeur de sanctionner2 un salarié au motif qu’il a refusé de travailler au-delà de ses heures habituelles, lorsque sa présence est nécessaire pour remplir des obligations liées à la garde, à la santé ou à l’éducation de son enfant ou de l’enfant de son conjoint.
Présomption
La LNT prévoit un mécanisme qui facilite la preuve du salarié devant le Tribunal administratif du travail (TAT)3, soit l’établissement d’une présomption4 selon laquelle une sanction imposée par l’employeur est liée à l’exercice du droit prévu par la LNT.
Pour en bénéficier, une personne doit démontrer les éléments suivants5 :
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- Elle est une salariée au sens de la LNT.
- Elle a exercé un droit prévu par cette Loi — en ce qui concerne Audrey, elle a refusé de travailler au-delà de ses heures habituelles de travail pour remplir des obligations liées à la garde de son enfant. Un tel refus doit être verbalisé à l’employeur « d’une manière précise et sans équivoque6 ».
- Elle a subi une sanction : ici, un congédiement.
- La sanction est survenue peu de temps après l’exercice de ce droit.
- Elle a déposé une plainte à la CNESST dans les 45 jours suivant la sanction.
Par ailleurs, le paragraphe 6 de l’article 122 de la LNT ajoute une condition à l’application de cette présomption : la personne salariée doit avoir pris des moyens raisonnables pour assumer autrement ses obligations parentales. Elle ne peut donc refuser systématiquement de travailler au-delà de ses heures habituelles en invoquant ses responsabilités parentales, sans essayer de trouver une solution7.
Ainsi, tenter de faire garder ses enfants par ses parents pourrait constituer un moyen raisonnable8. En revanche, dans une autre affaire, le TAT a retenu que la simple affirmation d’un salarié selon laquelle il ne connaît aucune gardienne, sans avoir entrepris de démarches à cet égard, ne pourrait constituer un tel moyen9.
Une fois ces conditions remplies, il revient à l’employeur de renverser cette présomption pour ne pas être reconnu avoir exercé une pratique interdite. Il doit alors prouver que la sanction reposait sur un motif sérieux et réel, indépendant du refus du salarié, et non sur un prétexte10.
Recours
Si le TAT accueille la plainte d’Audrey, il pourrait ordonner à l’employeur de la réintégrer dans son emploi, en plus de lui exiger de verser l’équivalent du salaire et des autres avantages dont elle a été privée pendant son congédiement11.
En somme, Audrey dispose d’un recours devant le TAT. Si elle remplit les conditions lui permettant de bénéficier de la présomption prévue dans la LNT et que l’employeur ne parvient pas à la renverser, elle pourrait réintégrer ses fonctions selon les mêmes modalités que celles qui étaient en vigueur avant le congédiement.
- RLRQ, c. N — 1.1.
- Le premier alinéa de l’article 122 de la LNT mentionne nommément le congédiement, la suspension, le déplacement, les mesures discriminatoires, les représailles ainsi que toute autre sanction.
- Art. 123.4 de la LNT et 17 du Code du travail, RLRQ, c. C-27
- Selon le premier alinéa de l’article 2847 du Code civil du Québec, « la présomption légale est celle qui est spécialement attachée par la loi à certains faits. Elle dispense de toute autre preuve celui en faveur de qui elle existe ».
- Marcelin Larosilière c. Garderie éducative des Roses et des Choux inc., 2025, QCTAT 1024, par. 7.
- Yahiaoui c. 9276-3986 Québec inc., 2021, QCTAT 3490, par. 87.
- Perras c. Québec (Sécurité publique), 2010 QCCRT 19, par. 20
- Lopez c. Dr Christine Tran inc., 2016 QCTAT 4527
- Perras c. Québec (Sécurité publique), préc., note 7
- Morin c. Exel Canada Ltd. / Exel Canada, 2023, QCTAT 2601, par. 21
- Art. 123.4 LNT et 15 du Code du travail