Optimiser l’acclimatation des travailleurs à la chaleur

Par Catherine Couturier

14 novembre 2020

La multiplication des vagues de chaleur devient un élément préoccupant pour la santé et la sécurité des travailleurs. Philippe Gendron, stagiaire postdoctoral, veut optimiser les protocoles d’adaptation aux temps chauds.

Les sources de stress thermique, notamment les conditions environnementales, les efforts physiques et le port de vêtement de protection, peuvent avoir des conséquences importantes. En plus de ralentir l’exécution des tâches, une mauvaise adaptation à la chaleur peut augmenter le risque d’épuisement ou d’accident et le stress cardiaque, diminuer le temps de réaction, la concentration et la performance physique, en plus d’entraîner irritabilité et colère.

« Il existe plusieurs protocoles d’adaptation à la chaleur, par exemple s’y exposer de façon régulière », explique Philippe Gendron, qui a reçu une bourse de l’IRSST pour son projet de recherche. Le protocole traditionnel consiste à soumettre le sujet à des exercices d’intensité fixe dans un environnement chaud durant 7 à 14 jours consécutifs. Pendant ce temps, la température corporelle interne durant l’exercice diminue de jour en jour, au fur et à mesure que l’acclimatation s’améliore. « Quand on est adapté à la chaleur, nos mécanismes de perte de chaleur, dont la production de sudation, s’activent plus rapidement, c’est-à-dire à la suite d’une plus petite augmentation de la température corporelle, ce qui améliore grandement notre tolérance à la chaleur », décrit Philippe Gendron.

Nouveau protocole

L’hypothèse du chercheur? Maintenir la température corporelle interne de jour en jour favoriserait davantage l’adaptation. Pour le démontrer, il comparera le protocole d’adaptation traditionnel à celui de « l’hyperthermie contrôlée ». « Les participants feront du vélo stationnaire à une intensité donnée prédéterminée, qui leur permettra d’atteindre une température corporelle interne de 38,5 °C », précise-t-il. L’intensité de l’exercice sera modifiée pour que la température de 38,5 °C soit maintenue durant 60 minutes, et cette activité sera répétée durant 7 jours.

Après avoir testé les deux versions du protocole sur des jeunes en santé, la recherche s’intéressera ensuite à l’effet de l’âge sur leur efficacité, les travailleurs âgés étant plus à risque de coup de chaleur.

À terme, le chercheur espère parvenir à des solutions novatrices qui diminueront le stress cardiaque et les risques de coup de chaleur ou de blessures attribuables au temps chaud. « Tous mes travaux adoptent une perspective de santé et de sécurité du travail. Je veux trouver des applications de la recherche qui soient utiles à la société », confie Philippe Gendron.

Philippe Gendron

Ancien sportif universitaire, Philippe Gendron souhaitait devenir préparateur physique d’athlètes, puis un stage de recherche durant son baccalauréat en kinésiologie lui donna la piqure de la recherche. Il s’intéressa au lien entre la condition physique et l’utilisation de l’air chez les pompiers durant sa maîtrise (qui lui valut d’obtenir la Médaille d’or du gouverneur général du Canada pour sa moyenne parfaite). Ce corps de métier s’avère un modèle intéressant pour étudier la santé et la forme physique. Philippe Gendron y consacra son doctorat en travaillant sur la prévention des maladies et de la contrainte cardiovasculaires chez les pompiers. Toujours dans une perspective de santé et de sécurité du travail, il élargit son champ de compétence en poursuivant un postdoctorat au Laboratoire de physiologie intégrative humaine du Centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Pour en savoir plus

Programme de bourses d’études supérieures de l’IRSST : irsst.qc.ca/bourses

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