Un travailleur est écrasé entre un camion à plateforme et le mur d’une excavation souterraine
Par Geneviève Chartier
25 mai 2026

Illustration : Jean-Philippe Marcotte
En septembre 2000, un accident tragique secoue une mine souterraine de l’Abitibi-Témiscamingue lorsqu’un contremaître se fait écraser entre un camion à plateforme élévatrice poussé par un écoulement de boue et le mur d’une excavation souterraine. Que s’est-il passé ? Quelles sont les causes de cet accident et comment aurait-il pu être évité ?
L’accident est survenu au niveau 10-2 de la mine. Au niveau 9-0, des chaînes de contrôle sont installées dans la cheminée à remblai pour gérer l’écoulement de la roche servant au remblayage des chantiers. De plus, des cheminées de distribution sont aménagées aux niveaux 10-3 et 10-2. Celle du niveau 10-3 possède une chute avec des chaînes et une bavette pour contrôler l’écoulement de la roche. Toutefois, au niveau 10-2, il n’y a pas de chute et la roche s’écoule directement sur le plancher, au bas de la cheminée de distribution.
« Une accumulation d’eau dans la cheminée à remblai a liquéfié son contenu et provoqué un écoulement. »
Le jour de l’accident, l’opérateur d’un camion a pour tâche de remblayer un chantier au niveau 10-3. Vers 18 h 25, il se rend au plan de ciment du niveau 9-0 pour effectuer les transferts de valves requis pour acheminer le ciment vers des niveaux inférieurs. C’est alors qu’il constate que la cheminée à remblai du niveau 9-0 est pleine de roches sous les chaînes de contrôle. Il attache un boyau d’arrosage à un garde-corps de façon que le jet d’eau se dirige dans la cheminée à remblai. Il laisse l’eau s’écouler et descend par la rampe vers le niveau 10-3 avec son camion.
L’opérateur du camion constate qu’il n’y a pas de roches dans la cheminée de distribution du remblai du niveau 10-3. Il ne peut arroser derrière les chaînes pour débloquer la cheminée, car un boyau alimentant le cylindre pneumatique de la bavette est brisé. Il se déplace donc avec son camion vers le niveau 10-2. Il constate alors que l’eau s’écoule de la cheminée de distribution de remblai de ce niveau et qu’un véhicule à plateforme élévatrice est stationné dans la baie de soutirage du remblai. Il remonte au niveau 9-0 et ferme l’eau qui s’écoule dans la cheminée. Il remarque ensuite que la roche a descendu et ouvre les chaînes pour remplir la cheminée jusqu’au niveau 9-0. Il se déplace vers le niveau 10-3 et descend la bavette de la cheminée de distribution après avoir réparé le boyau. Il envoie de l’eau dans la cheminée après avoir constaté que la roche était toujours accrochée.
Un travailleur qui effectue le soutirage d’un chantier au niveau 10-2 avec une chargeuse-navette constate que le véhicule à plateforme élévatrice stationné dans la baie de soutirage du remblai a été déplacé dans la galerie, à un mètre du mur opposé, par de la boue. Il communique avec un responsable à la surface afin que le superviseur vienne vérifier la situation. L’opérateur du camion à remblai va quant à lui chercher des explosifs au dépôt du niveau 9-0 et il rouvre la valve du boyau d’arrosage afin de faire couler de l’eau dans la cheminée à remblai du niveau. Il redescend au niveau 10-3 pour faire détonner les explosifs dans la cheminée et la débloquer.
Le superviseur stationne son véhicule sur le niveau 10-2, puis il se déplace à pied entre le véhicule à plateforme élévatrice et le mur de la galerie pour fermer le ventilateur. Il discute alors de la situation avec l’opérateur de chargeuse-navette. Le superviseur se déplace à nouveau en avant du véhicule à plateforme élévatrice. C’est à ce moment-là qu’un écoulement très important de boue survient et qu’il est mortellement écrasé entre le véhicule et le mur de la galerie.
Quelles sont les causes ?
Trois causes pouvant expliquer l’écrasement sont relevées dans le rapport d’accident. Tout d’abord, une accumulation d’eau dans la cheminée à remblai a liquéfié son contenu et provoqué un écoulement. C’est ce qui a créé la grande quantité de boue qui a déplacé le véhicule. De plus, une absence de mesures de contrôle permettant d’éviter les accumulations d’eau ou de boue dans les cheminées a été constatée.
Une procédure de travail sur le déblocage de cheminée, jumelée à l’utilisation de l’eau, aurait notamment permis de contrôler les quantités d’eau ajoutées. Finalement, il y a eu une mauvaise évaluation des dangers reliés à l’écoulement de matériel boueux. Le travailleur a décidé de passer entre le véhicule et le mur sans avoir effectué les vérifications nécessaires et sans faire l’évaluation de la situation au même moment où la détonation d’explosifs au niveau supérieur a déclenché un écoulement soudain de boue.
Personne-ressource :
Mario St-Pierre, ing., conseiller expert, secteur Mines, et inspecteur à la CNESST
Pour en savoir plus :
Rapport d’enquête