Un outil pour accompagner la réadaptation et le retour au travail

Par Maxime Bilodeau

21 Décembre 2021

Un nouveau site web sur l’incapacité et le retour au travail a vu le jour grâce à une équipe de recherche financée par l’IRSST, avec la participation du réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation (REPAR).

La plateforme mise en ligne à l’automne 2021 facilite la transmission des connaissances scientifiques relatives à l’incapacité au travail, soit à l’impossibilité de continuer à exercer une activité professionnelle et de la reprendre, de manière temporaire ou permanente. Grâce à cette plateforme, il est désormais possible de mieux soutenir les travailleurs victimes d’un trouble musculosquelettique, par exemple des maux de dos, ou d’un trouble mental courant, comme la dépression ou l’anxiété. Elle s’adresse aux intervenants impliqués dans la réadaptation et le retour au travail, dont les acteurs des organisations et les professionnels de la santé, mais aussi les assureurs et les formateurs dans ce domaine.

L’information publiée sur ce site Web couvre un large éventail de sujets. Son contenu, accessible gratuitement, est rédigé dans un style clair et limpide, ce qui le rend accessible au plus grand nombre. « Notre site permet de comprendre d’où provient l’information et comment elle a été synthétisée, ce qui renforce sa crédibilité », souligne Christian Larivière, chercheur à l’IRSST et instigateur de cette initiative.

Le site Web fait preuve de crédibilité à maints égards. Il est tout d’abord hébergé par l’IRSST, une organisation de recherche reconnue sur la scène internationale. De plus, son contenu a été élaboré par une équipe composée de plus de 10 chercheurs et 12 partenaires sociaux (employeurs, représentants syndicaux, professionnels de la santé, assureurs) dont l’identité y est clairement indiquée. Finalement, un rapport technique téléchargeable, scientifiquement évalué par les pairs, explique les méthodes de recherche utilisées lors de sa création. « Cet outil Web veut répondre à la désinformation qui menace les internautes d’aujourd’hui », se réjouit le chercheur.

Basé sur la preuve

Cet outil de diffusion unique en son genre – il n’existerait aucune ressource en français équivalente au Québec ni ailleurs dans le monde – ne sert toutefois pas à diffuser les plus récentes connaissances sur la réadaptation et le retour au travail, que l’IRSST communique déjà. Son but est plutôt d’agréger les données probantes sur le sujet. « Nous nous basons sur les résultats de plusieurs études pour conclure sur l’efficacité d’une intervention ou sur l’importance d’un facteur de risque, par exemple. Cette approche demande l’agrégation des résultats de plusieurs études, ce qui permet en retour d’avoir des réponses plus fiables », précise Christian Larivière.

Le site Web se divise en deux parties. Dans la première, les internautes trouvent des informations relatives aux effets et aux déterminants de l’incapacité au travail, que les chercheurs ont élaborées dans une perspective résolument biopsychosociale. « L’incapacité au travail, c’est plus qu’une simple maladie ou une blessure physique. Il faut prendre en compte l’ensemble du contexte professionnel et social pour bien retracer l’origine du problème et ainsi être en mesure de proposer une solution pour un retour au travail sain et durable », affirme Christian Larivière.

Dans la seconde partie, les utilisateurs se voient offrir des pistes de solution pour passer à l’action. À titre d’exemple, les rôles et responsabilités propres à chaque catégorie d’acteurs y sont détaillés. Des actions concrètes pour faciliter le retour en emploi sont proposées, tout comme des listes d’idées d’aménagements pour adapter le travail à différents contextes et pour aider les intervenants à élaborer un plan de retour. De multiples exemples et outils d’aide plus spécifiques illustrent le tout. Fait à noter : le site Web offre aussi des outils et des liens vers d’autres ressources que les chercheurs jugent pertinentes.

Des exemples plus concrets (appelés vignettes) y sont présentés, comme l’histoire d’une travailleuse (Chloé) n’ayant pas réussi à s’adapter aux changements rapides de son organisation, créant un stress intense au travail. Son histoire est décrite à chacune des étapes du processus de retour en emploi (de l’arrêt de travail au suivi de son retour). Les forces et les faiblesses de la gestion du cas de Chloé sont reprises pour fournir des éléments d’apprentissage au lecteur. Ici, les étapes de communication avec Chloé, le contact avec son supérieur immédiat, le soutien social, de même que la collaboration entre certains acteurs ont représenté des forces. Cependant, des améliorations auraient été souhaitables pour préparer les travailleurs (clarification des rôles) aux changements importants que vivait l’organisation; certains acteurs (représentant syndical, psychologue) n’avaient pas été impliqués dans l’élaboration de la solution de retour au travail. La vignette se termine en référant à un outil de gestion des informations personnelles, notamment en ce qui concerne la divulgation ou non d’un trouble mental à certains, avec le consentement du travailleur.

Améliorations et pérennité

Pour l’instant, l’ensemble du contenu du site Web se décline en français. Une de ses sections traitant des facteurs qui influencent l’incapacité au travail, de même que les outils pour les mesurer, sera élaborée. Plus étoffée, elle sera destinée aux professionnels de la santé. « Les évidences ayant trait aux interventions exclusivement biomédicales, pour soigner une tendinite par exemple, n’y seront toutefois pas synthétisées, car il existe déjà des ressources connues des professionnels de la santé pour ces cas spécifiques. Cela déborde du seul cadre du retour en emploi où une composante de l’intervention doit se faire en milieu de travail », précise Christian Larivière.

La plateforme continuera d’évoluer dans les prochaines années. Un comité sera en effet responsable de mettre en place une stratégie pour actualiser les informations de ce microsite qu’héberge l’IRSST. Certaines modifications seront annuelles, d’autres, triennales et quinquennales, de manière à rendre compte de l’évolution des connaissances sur l’incapacité et le retour au travail. Des collaborations ponctuelles avec d’autres chercheurs et experts pourraient aussi déboucher sur d’éventuelles améliorations.

Pour en savoir plus

retourautravail.irsst.qc.ca

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