Un travailleur meurt happé par un godet d’excavation

Par Geneviève Chartier

21 juillet 2026

Illustration : Jean-Philippe Marcotte

En août 2025, lors de travaux d’excavation, un travailleur guide l’opérateur d’une pelle hydraulique afin de dégager des conduites d’aqueduc. À un certain moment, le godet d’excavation, qui venait d’être installé sur la pelle hydraulique, s’est décroché et est tombé dans l’excavation, happant tragiquement le travailleur au passage. Un accident fatal. Comment cela aurait-il pu être évité?

Que s’est-il passé?

Le jour de l’accident, l’excavation avait lieu à Terrebonne, sur un chantier le long d’un boulevard, entre un regard d’égout sanitaire et une bande de terrain gazonné. Les travaux consistent à faire la réfection de l’aqueduc par gainage, des conduites pluviales et sanitaires, ainsi que de la chaussée. Pour cela, des excavations sont effectuées afin de dégager les conduites et de les couper en préparation pour le gainage.

Vers 12 h 30, alors que l’excavation progresse, le travailleur au sol demande à l’opérateur de pelle hydraulique de changer son godet pour en utiliser un plus petit. Il descend ensuite au fond de l’excavation pour tenter de localiser les conduites dans le sol avec une pelle, puisque celles-ci sont toujours ensevelies.

L’opérateur de la pelle hydraulique, quant à lui, désaccouple le grand godet de l’attache rapide et le dépose à côté de l’excavation. Il se dirige vers une autre excavation pour saisir le petit godet avec l’attache rapide et revient au creusement initial. Il attend ensuite les instructions du travailleur, posté en bordure de l’excavation.

Au fond de l’excavation, le travailleur signale à l’opérateur qu’il peut descendre le godet dans l’excavation. Toutefois, lorsque l’opérateur exécute cette manœuvre, le godet se décroche de l’attache rapide, tombe devant la pelle hydraulique au haut de la paroi et roule en direction du travailleur, qui se trouve au fond de l’excavation. Le travailleur tente de s’échapper, mais il est frappé par le godet et est projeté vers la paroi opposée à la pelle. Ses collègues lui portent secours et appellent les services d’urgence. Malheureusement, son décès sera constaté à l’hôpital.

Qu’aurait-il fallu faire?

Tout d’abord, les axes du godet n’étaient pas sécurisés dans l’attache rapide de la pelle hydraulique, ce qui a provoqué le décrochement du godet lorsqu’il a été relevé.

Selon les recommandations du fabricant, l’opérateur aurait dû vérifier le serrage des axes à l’aide d’un essai physique avant toute utilisation du godet fraîchement installé. D’ailleurs, le seul moyen fiable pour déterminer la fixation des axes du godet dans l’attache rapide est de procéder à un essai physique, comme recommandé par le fabricant. Bien qu’il ne soit pas possible, dans le cas présent, de savoir précisément pourquoi le godet n’était pas sécurisé dans l’attache rapide, il a été constaté que l’attache rapide était déverrouillée après l’accident.

Ensuite, la méthode de travail utilisée sur le chantier a placé le travailleur à proximité de la pelle hydraulique en mouvement, l’exposant ainsi au danger d’être frappé par le godet. En effet, alors qu’il se trouvait au fond de l’excavation et près de la trajectoire du godet, le travailleur était situé dans le rayon d’action de la pelle hydraulique et de son godet. Cela l’exposait à deux risques, soit la chute d’un godet non verrouillé et le heurt par mouvement latéral ou vertical du bras de la pelle hydraulique. Il est à noter que l’employeur avait bien un programme de prévention, mais que celui-ci ne contenait pas de méthode de travail ou de règle à respecter lors des interactions entre les pelles hydrauliques et les travailleurs effectuant des travaux à proximité. Il n’y avait pas non plus de directive sur le changement de godet ni sur les essais de vérification d’installation, pourtant recommandés par le fabricant. Cela aurait dû être le cas afin de s’assurer que l’organisation du travail ainsi que les méthodes et techniques utilisées pour l’accomplir étaient sécuritaires, comme l’exige l’article 51.3 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST).

Personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention à la CNESST

Enquête réalisée par : Geneviève Girard et Marc Laurin, inspecteurs à la CNESST

L’utilisation des témoins sur notre site

Pour adapter nos contenus et améliorer votre expérience sur notre site Web, nous utilisons des témoins (cookies) dans le respect de votre vie privée.

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation des témoins décrite dans notre politique de confidentialité.

Gérer les témoins

  • Témoins nécessaires au bon fonctionnement

    Ces témoins sont obligatoires, car ils garantissent le bon fonctionnement du site.

    Toujours actifs
  • Témoins relatifs à la publicité

    Nous n'utilisons pas de témoins pour des actions de marketing personnalisé.

    Toujours désactivés
  • Témoins liés aux données statistiques

    Ces témoins permettent de collecter des données de navigation, comme la durée de la visite ou les pages vues. Les données collectées sont anonymes et ne peuvent pas être associées à une personne.

Confirmer
Prévention au travail