Palettiers : résister aux secousses… et aux idées reçues

Par Paul Therrien

10 mars 2026

Ground Picture/Shutterstock.com

Structures conçues pour l’entreposage de palettes ou de charges « palettisées », les palettiers ne font pas exception aux obligations des employeurs, qui doivent d’abord voir à ce que leurs palettiers soient conçus et construits pour être sécuritaires. Il est aussi de leur responsabilité de s’assurer de leur maintien en bon état. Dans le cadre du Grand Rendez-vous de la CNESST, Gilles Ducharme, président – développement des affaires de Structurack inc., a parlé des mauvaises pratiques qu’il constate encore trop souvent ainsi que du risque sismique qui doit être pris en compte dans la sécurité des entrepôts.

« Un palettier, ce n’est pas un jeu de Meccano! », a lancé d’entrée de jeu Gilles Ducharme, un sourire en coin. L’image résume bien cette mentalité qu’il voudrait voir disparaître : celle d’une installation improvisée, où l’on déplace les lisses selon les besoins du moment. « On pense souvent qu’en bougeant une lisse d’un pied, on ne change rien, explique-t-il. Mais on vient de perdre 3 500 livres (1587 kg) de capacité! ». En effet, chaque changement modifie la capacité portante de l’échelle. Gilles Ducharme milite pour que les entreprises adoptent un langage commun et une compréhension structurée de leur système : « La partie verticale, c’est une échelle; la partie horizontale, une lisse. Si déjà on parle tous le même langage, on est plus près d’un entrepôt sécuritaire. »

En plus de devoir résister aux charges de ce qu’il sert à entreposer, un palettier doit être également conçu pour résister aux efforts sismiques et aux charges concentrées qu’il impose à la dalle de béton qui la supporte. « Avant, une échelle capable de soutenir 25 000 lb (11339 kg) était certifiée pour 25 000 lb. Aujourd’hui, avec les efforts sismiques, la même échelle n’est plus reconnue que pour 15 000 lb (6803 kg). » Ces nouvelles marges de sécurité ne sont pas des caprices d’ingénieurs. Elles répondent à une réalité souvent sous-estimée.

Un risque bien réel

Contrairement à la croyance populaire, le Québec n’est pas à l’abri des tremblements de terre. La vallée du Saint-Laurent et la région de Charlevoix figurent parmi les zones sismiques actives du Canada. « Chaque année, on enregistre environ 450 séismes dans l’est du pays, dont 3 de magnitude supérieure à 5 tous les 10 ans », rappelle Gilles Ducharme. Les nouvelles normes exigent donc que les palettiers soient autonomes : ancrés au sol, mais non fixés au bâtiment. « C’est une erreur qu’on voit partout. Le bâtiment n’a pas été conçu pour reprendre ces efforts-là », explique-t-il.

Sous nos pieds : la « forêt de charges »

L’un des défis les plus redoutables des nouvelles normes réside… dans la dalle de béton elle-même. Chaque montant d’un palettier transmet en moyenne 15 000 livres (6803 kg) au sol. « C’est une véritable forêt de charges, explique Gilles Ducharme. Si la dalle n’a pas été conçue pour ça, l’installation devient non conforme. » C’est pourquoi il insiste pour que le design des palettiers soit intégré dès la conception de l’entrepôt.

Les erreurs fatales : quand le bon sens fait défaut

Les palettiers mal configurés ou réparés à la hâte sont une source d’accidents graves. Il n’y a pas si longtemps, au Québec, on comptait quatre ou cinq décès par an liés aux palettiers. Aux États-Unis, on recense 25 000 blessés chaque année dans les centres de distribution. Les causes de ces accidents? Le déplacement de lisses, le mélange de composants et l’absence de goupilles de sécurité. « Ces petites goupilles, on les oublie souvent, explique M. Ducharme. Mais elles doivent résister à 1000 livres (453 kg) en cisaillement de chaque côté. Sans elles, des palettes peuvent vous tomber dessus si la lisse est soulevée accidentellement par le cariste. »

Les bons réflexes à adopter

  • Inspecter régulièrement les palettiers et consigner les impacts visibles.
  • Former le personnel à reconnaître un dommage et à décharger une section en cas de doute.
  • Remplacer les pièces uniquement par des composants identiques.
  • Ne jamais fixer les palettiers au bâtiment.
  • Vérifier le poids réel des palettes et leur répartition, et s’assurer que les palettiers peuvent reprendre ces charges.

La mémoire courte du « vieux stock »

Beaucoup d’entrepôts reposent encore sur des systèmes installés dans les années 1980 ou 1990. À l’époque, les palettiers étaient conçus avec des aciers plus épais et des hauteurs modestes. « Aujourd’hui, on travaille à 25 pieds (8 mètres) de haut, dans des bâtiments de 32 pieds libres. Ce n’est plus le même monde », prévient Gilles Ducharme. Le réflexe de réaménager soi-même persiste pourtant : « Je vois encore des gens qui enlèvent un niveau de lisse pour laisser passer leur chariot. Ils ne réalisent pas qu’ils viennent d’affaiblir énormément la capacité de leur échelle. »

Un enjeu d’ingénierie… et de culture

Gilles Ducharme insiste : « Il faut arrêter de s’improviser concepteur. Les mots à retenir, c’est séisme, mais c’est aussi rigueur. » La clé, selon lui, repose sur la formation interne et la constance des partenaires : « Travaillez toujours avec les mêmes gens. Ils connaîtront votre système et vous éviteront bien des erreurs. »

Trois mythes à déconstruire

« On peut déplacer les lisses librement »

Chaque changement modifie la capacité portante de l’échelle.

« On peut mélanger les pièces de différents fabricants »

Les composants des divers fabricants ont des propriétés mécaniques propres. Le mélange annule toute certification.

« On peut réparer un palettier en soudant des pièces d’acier sur les composants endommagés »

Souder modifie les caractéristiques de l’acier et affaiblit habituellement la structure.

« Chaque pièce, chaque ancrage, chaque goupille a une raison d’être. Et la moindre erreur peut coûter cher – parfois, la vie. »

– Gilles Ducharme, président – développement des affaires de Structurack inc.

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