Des mineurs coincés par un incendie : récit d’un sauvetage

Par Paul Therrien

17 février 2026

Photo : Mathieu Dupuis

Le dimanche 10 décembre 2023, alors que les opérations se déroulaient normalement au complexe minier LaRonde, en Abitibi, un important incendie souterrain s’est déclaré en fin d’avant-midi. Plusieurs dizaines de mineurs étaient alors sur place. Si plusieurs d’entre eux se sont rapidement rendus dans les refuges, d’autres, situés derrière le feu, ont dû se créer des abris temporaires ou s’éloigner et se rendre dans un endroit plus aéré de la mine. Une opération de sauvetage a été déclenchée. Guillaume Béchard et Sébastien Roy, deux employés de la mine LaRonde, ont tout tenté pour contrôler l’incendie et permettre à leurs collègues pris au piège de remonter à la surface. Ils nous ont raconté leur histoire.

Le jour de l’accident, l’incendie s’est déclaré dans le secteur ouest de la mine LaRonde, après qu’un camion de production de 55 tonnes ait pris feu. Guillaume Béchard était alors le directeur des opérations. Sébastien Roy, quant à lui, était coordonnateur des mesures d’urgence au complexe minier; ce matin-là, il faisait partie de l’une des deux équipes de sauvetage dépêchées sous terre pour effectuer une intervention directe. Les deux hommes avaient une quinzaine d’années d’expérience en sauvetage. « Un feu de cette taille-là, avec des travailleurs qu’on connaît très bien qui sont pris au piège, c’était une première », confie M. Roy.

Évaluer la situation

Une équipe de développement des galeries se trouvait à une profondeur de 3 140 mètres lorsqu’elle a été surprise par l’incendie. L’opérateur de la salle de contrôle qui était en place au moment de la crise, formé en sauvetage minier, a alors déclenché l’alerte. Il fallait faire le décompte des 185 mineurs qui étaient sous terre à ce moment-là. Heureusement, la majorité de ceux-ci a pu se diriger rapidement vers des refuges sécuritaires. Sept mineurs n’ont toutefois pas eu cette possibilité. Trois d’entre eux se sont plutôt réfugiés dans des tentes de survie, tandis que les quatre autres, pris derrière le camion dont les pneus brûlaient, ont pu s’éloigner du feu et rejoindre un réseau de ventilation d’air frais. « La tension était vraiment élevée au moment de faire le décompte dans les refuges. C’était quand même long. Toutefois, notre réseau de communication privé LTE était performant. Alors, on a pu garder contact avec les travailleurs en tout temps. Ça nous a rassurés », explique M. Béchard.

« J’étais le directeur des opérations, mais je n’étais pas le seul à prendre les décisions. Tout s’est fait en équipe, dans le calme et selon le protocole. »

– Guillaume Béchard

Organiser les équipes de sauvetage

Parallèlement à cela, il fallait organiser les équipes de sauvetage qui allaient descendre sous terre pour gérer l’incendie et faire sortir les travailleurs coincés. Cette mine souterraine possède une équipe de 40 sauveteurs miniers, répartis sur plusieurs quarts de travail. Fait intéressant : lorsqu’ils se trouvent sous terre, les mineurs ayant une formation de sauveteurs ne sont pas considérés comme étant des membres de l’équipe de sauvetage, mais ils peuvent donner un coup de main pour gérer la situation. Des appels ont donc été lancés aux sauveteurs dont les demeures étaient situées en moyenne à 45 minutes ou moins de la mine. Quatre équipes ont ainsi pu être formées. La première d’entre elles a pu descendre sous terre vers 12 h 30, soit 1 heure 10 minutes après le déclenchement de l’alerte. « J’étais le directeur des opérations, mais je n’étais pas le seul à prendre les décisions. Tout s’est fait en équipe, dans le calme et selon le protocole », précise M. Béchard. On ne peut jamais être cent pour cent prêts pour un événement comme celui-là, mais c’est dans un tel moment qu’on comprend l’importance de former des sauveteurs et de faire des mises en situation. »

Un véhicule de sauvetage unique

Lors de ce sauvetage, les équipes avaient accès à un puissant allié pour aller chercher leurs collègues coincés : un Dräger MRV 9000, dont la compagnie minière avait fait l’acquisition en 2018. Ainsi, le personnel d’urgence a pu prendre place dans la cabine fermée du véhicule. Six grands réservoirs alimentaient en air les habitacles, ce qui a évité le gaspillage de l’oxygène compressé des équipements individuels des sauveteurs. Des caméras thermiques ont aussi permis au conducteur de diriger son véhicule dans les galeries de la mine souterraine, devenue une véritable cheminée à cause de l’incendie. D’ailleurs, après l’achat du véhicule de sauvetage, le complexe minier LaRonde avait travaillé en étroite collaboration avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail afin de créer de nouveaux protocoles de sauvetage minier au Québec pour y intégrer son utilisation.

Combat inégal

Après être descendue dans la mine souterraine, la première équipe de sauvetage a tenté de contrôler l’incendie. Or, la chaleur était beaucoup trop élevée pour qu’elle puisse s’en approcher suffisamment. Il y avait bien une sortie d’eau au plafond de la galerie, mais elle était trop près du feu pour pouvoir y brancher un boyau d’arrosage. Pendant ce temps, les sauveteurs communiquaient constamment avec les quatre mineurs qui étaient coincés par le feu, mais à l’abri, avec un accès à un réseau d’air frais. À ce moment, la décision a été prise de laisser l’incendie se calmer quelque peu, le temps de faire remonter la première équipe de sauvetage et d’envoyer la deuxième. À l’arrivée de cette dernière, il ne restait que de petites flammes, qui ont pu être éteintes grâce à un boyau laissé sur place par la première équipe. Les sauveteurs ont ainsi pu atteindre les quatre travailleurs, leur mettre des appareils respiratoires de type autosauveteur et les escorter jusqu’à la surface. Malgré l’intensité de l’incendie, tout le monde a pu s’en sortir sain et sauf.

Aller plus loin

Comme le camion avait beaucoup de dommages, il a été difficile de déterminer avec certitude la cause de l’incendie. Toutefois, on croit qu’une surchauffe du démarreur aurait mis le feu. Celui-ci aurait fait fondre le boyau sur la ligne de diesel et le carburant aurait alimenté le feu, qui a consumé les pneus du camion. En tout, l’incendie a duré 7 heures 30 minutes. Les quatre travailleurs ont dû patienter 6 heures 30 minutes avant d’être sortis de là. Selon les deux intervenants, cet événement a rappelé l’importance de mettre en place des plans d’entretien et d’inspection rigoureux. De plus, il a été considéré qu’il faudrait qu’il y ait plus de sorties d’eau accessibles sous terre. « Il serait bien, aussi, d’avoir de l’équipement pour suivre en temps réel les données physiques sur nos sauveteurs », affirme M. Béchard. Des démarches sont d’ailleurs en cours pour acquérir un robot d’intervention, qui pourrait s’approcher plus près du feu lors d’une intervention semblable.

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