Cotisations impayées par un employeur : un recours contre ses administrateurs?
Par Megan Riendeau, stagiaire en droit
26 mai 2026
Photo : Inside Creative House/Shutterstock.com
Nicolas est le propriétaire d’une entreprise de vente de papiers. Cette dernière peine à acquitter les factures et accumule les avis de retard de paiement transmis par ses créanciers. Parmi eux se trouve la CNESST, qui lui réclame le montant des cotisations demeurées impayées. Malgré les nombreuses démarches effectuées auprès de l’entreprise, la CNESST ne parvient pas à recouvrer les sommes qui lui sont dues…
Un matin, un huissier se présente chez Nicolas et lui remet un avis l’informant qu’une hypothèque légale au bénéfice de la CNESST a été inscrite sur sa maison. Il pensait pourtant que les sommes étaient dues par son entreprise et non par lui personnellement. Nicolas se demande donc si la CNESST était en droit d’agir ainsi.
Administrée par la CNESST, la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP)1 prévoit que le régime d’indemnisation en matière de santé et sécurité du travail est entièrement financé par les cotisations des employeurs2.
Pour assurer la pérennité du financement du régime, la LATMP prévoit plusieurs moyens mis à la disposition de la CNESST lui permettant de recouvrer les cotisations impayées des employeurs, dont le recours auprès des administrateurs.
En effet, les administrateurs d’une personne morale assujettie à la LATMP peuvent être tenus personnellement et solidairement3 responsables du paiement des cotisations impayées, ainsi que des pénalités et intérêts afférents, s’ils étaient en poste au moment du défaut4.
La CNESST peut entamer une procédure de recouvrement contre un administrateur lorsque, après avoir déposé un certificat de défaut5 contre l’employeur, la saisie effectuée sur les biens de cet employeur ne lui a pas permis de recouvrer en totalité les sommes dues6. Elle peut également le faire dans l’éventualité où l’entreprise déclare faillite et qu’une réclamation est produite7 ou que des procédures de dissolution ou de liquidation sont entreprises8. Ainsi, sauf exceptions9, les mécanismes de recouvrement pouvant être exercés contre un employeur peuvent également l’être à l’égard de ses administrateurs10, y compris l’inscription d’une hypothèque légale mobilière ou immobilière11.
En somme, puisque les cotisations de la compagnie de Nicolas demeuraient impayées, la CNESST était en droit d’entreprendre des démarches contre lui et de procéder à l’inscription d’une hypothèque légale sur sa maison. Sous réserve du règlement de la dette ou de la conclusion d’une entente de paiement, la CNESST pourrait même exercer un recours hypothécaire afin de recouvrer sa créance, telle la vente sous contrôle de justice.
- RLRQ, c. A-3.001.
- Art. 281 LATMP.
- Art. 323.2 LATMP. Le mécanisme de la solidarité permet à un créancier d’exiger de chacun des débiteurs le paiement de la totalité de la dette. Voir Code civil du Québec, art. 1523.
- Art. 323.2 LATMP. Voir Construction United Canada ltée et Poudrier, 2024 QCTAT 3159, par. 15-44.
- Le certificat de défaut, une fois déposé au greffe du tribunal compétent, devient exécutoire comme s’il s’agissait d’un jugement final de ce tribunal avec tous ses effets (art. 322 LATMP).
- Art. 323.2, par. 1 LATMP.
- Art. 323.2, par. 2 LATMP.
- Art. 323.2, par. 3 LATMP.
- Art. 323.5 LATMP.
- Art. 323.4 LATMP.
- Art. 324 LATMP.