Sécurisation des machines : un guide pratique pour démystifier la norme ISO 13849
Par Max Hugny
16 juin 2026
Photo : IRSST
Un protecteur qui s’ouvre, mais une machine qui ne s’arrête pas : c’est là un scénario que tout employeur veut éviter. C’est aussi celui que le nouveau guide de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST) aide à prévenir, un outil simple et concret pour mettre en pratique la norme ISO 13849 dans les milieux de travail.
L’intégration de la fiabilité des systèmes de commande qu’édicte le Règlement sur la santé et la sécurité du travail rend essentielle l’application de la norme ISO 13849 (ou d’une norme équivalente). Mais la comprendre peut s’avérer complexe, voire aride, souligne Patricia Vega, conseillère en mobilisation des connaissances et spécialiste en sécurité des machines à l’Institut. « C’est la raison pour laquelle l’IRSST a décidé de mettre à jour le Guide d’introduction à la norme ISO 13849 : Mise en œuvre des parties du système de commande relatives à la sécurité sur les machines. C’est le seul, au Québec, ayant une approche aussi ancrée dans la pratique », ajoute celle qui a coordonné la révision du document.
Une mise à jour attendue
La norme ISO 13849, qui définit les exigences relatives aux parties des systèmes de commande liées à la sécurité, a beaucoup évolué depuis sa première publication en 1999. Bien que le guide original de l’IRSST, paru en 2005, n’avait pas été mis à jour, il demeurait une référence incontournable pour les milieux de travail. « Avec l’inscription de la fiabilité dans le Règlement sur la SST, il nous a paru opportun d’offrir une nouvelle version du guide qui s’appuie sur toutes les bonifications à la norme, pour offrir des informations complètes dans un format pratique », souligne Patricia Vega. L’IRSST a alors formé un comité de suivi avec des chercheurs et chercheuses de l’interne, des experts et expertes de la CNESST et des associations sectorielles paritaires, ainsi que des personnes représentant les milieux de travail dans le but de créer un outil applicable sur le terrain.
Une porte d’entrée à la norme
Le nouveau guide ne remplace pas la norme : il l’accompagne. Son objectif est de faciliter l’application des parties 1 et 2 de l’ISO 13849, particulièrement dans le cas de machines de complexité faible à moyenne. « Une sorte de mise en bouche, explique Patricia Vega, pour les ingénieurs et ingénieures dans les usines, mais aussi pour les personnes chargées de la maintenance et, plus généralement, toutes les personnes en SST qui se disent “J’aimerais comprendre les règles de l’art”. »
Les ingénieurs et ingénieures peuvent ainsi sécuriser eux-mêmes les machines simples en suivant les « recettes » proposées. Pour les cas plus complexes qui nécessitent l’intervention de spécialistes, le guide permet de parler un langage commun pour mieux communiquer avec les consultantes et consultants et pour comprendre leurs recommandations. Cette approche vise à donner confiance aux utilisatrices et utilisateurs : « On veut que les gens se disent : Je peux comprendre ! »
Un accompagnement pas à pas
Accessible en ligne, le guide comporte deux sections. La première expose les notions théoriques, alors que la seconde propose 10 exemples concrets, classés par type de machine ou de dispositif, ou encore par degré de fiabilité.
Chaque exemple présente un schéma simple, composé de trois blocs :
- composante d’entrée (capteurs, interrupteurs),
- composante logique (module de contrôle),
- composante de sortie (contacteurs, relais de sécurité).
« Nous avons organisé la théorie et les exemples de façon séquentielle, étape par étape, explique Patricia Vega. La norme décrit comment, en assemblant telles et telles composantes, on peut atteindre tel niveau de performance (PL). Le guide trace le chemin à partir de l’analyse de risques et du niveau de fiabilité qu’on souhaite atteindre : il décrit concrètement la séquence pour y arriver, depuis le choix des composantes logiques certifiées et des senseurs, systèmes d’arrêt, etc., certifiés ou non, à la façon dont leur assemblage permet d’atteindre le niveau de performance visé. » Cette structure facilite l’apprentissage et permet un usage très concret, au cas par cas. Le guide tient aussi compte de facteurs tels que le temps moyen avant une défaillance dangereuse (MTTF) et la couverture de diagnostic (DC).
« On s’assure ainsi du niveau de performance de l’ensemble du système. On regarde et les éléments et l’assemblage des éléments. »
Un atout pour les milieux de travail
En plus d’aider les entreprises à se conformer au règlement, la mise à jour du guide favorise une meilleure collaboration entre les ingénieurs et ingénieures, les responsables SST et les équipes de maintenance.
« Chacun a son rôle à jouer, mais le travail de sécurisation se fait en équipe », rappelle Patricia Vega. Les petites entreprises qui n’ont pas d’ingénieur à l’interne y trouvent aussi leur compte : elles peuvent comprendre les concepts de base et mieux encadrer l’intervention d’expertes et d’experts externes.
Le guide, dont la CNESST peut faire la promotion lors de ses interventions, sert également de référence dans les formations qu’offrent les ASP.
Un petit pas à la fois
Même si le sujet peut sembler ardu, Patricia Vega se veut rassurante : « Prenez le guide paragraphe par paragraphe. Ça se comprend, une étape à la fois ! » Avec cette nouvelle édition, les milieux de travail disposent d’un outil clé pour passer de l’analyse de risques à la mise en œuvre concrète de solutions fiables et conformes.
