La médecine de plongée: une spécialisation primordiale

Par Mélina Nantel

4 août 2026

Photo : Muhammad imam hakiki/Shutterstock.com

Chute d’un échafaudage, brûlure, décharge électrique… On pense d’emblée à ces accidents de travail plus « classiques ». Cependant, quand l’accident survient à 40 mètres sous l’eau, la médecine de plongée peut jouer un rôle important. Axée sur la prévention et le traitement des problèmes liés à la pression sous-marine, cette discipline est cruciale pour de nombreux travailleurs, notamment les scaphandriers, les soudeurs en caisson ou les techniciens sous-marins. Jocelyn Boisvert, coordonnateur du Centre de médecine de plongée de l’Hôtel-Dieu de Lévis, nous en dit plus sur cet univers fascinant.

Au Québec, une seule équipe médicale peut répondre 24 heures sur 24 aux urgences sous l’eau : celle du Centre de médecine de plongée de l’Hôtel-Dieu de Lévis. Le Québec est d’ailleurs la seule province canadienne à posséder un centre spécialisé dans les urgences en milieu hyperbare. Utilisée autant pour des traitements planifiés que pour des interventions critiques, la médecine de plongée est devenue un maillon essentiel de la santé et de la sécurité du travail (SST). Jocelyn Boisvert en sait quelque chose. Ancien plongeur démineur et de port pour la Marine royale canadienne, il a pratiqué la technique hyperbare d’un bout à l’autre du pays, de Toronto à Vancouver, et même aux Bermudes. Depuis la création du Centre, en 2004, il assure la sécurité en milieu hyperbare et celle des installations techniques.

Une médecine de prévention… et d’intervention

Avant tout, la médecine de plongée permet de prévenir les accidents. Elle comprend une évaluation de l’aptitude médicale à la plongée, pour détecter les conditions pouvant accroître les risques : maladies cardiovasculaires, pulmonaires ou neurologiques. Les médecins spécialisés conseillent également les travailleurs sur les bonnes pratiques à adopter en contexte hyperbare. Toutefois, quand l’urgence frappe, il faut agir vite. L’un des traitements phares est l’oxygénothérapie hyperbare. Le principe? Faire respirer de l’oxygène pur sous pression, dans une chambre hyperbare (ou caisson hyperbare), pour dissoudre les bulles de gaz formées dans le sang et réparer les tissus lésés. C’est ici que s’entrecroisent médecine de plongée et médecine hyperbare.

À noter

La médecine hyperbare, bien que parfois confondue avec la médecine de plongée, s’applique aussi à d’autres pathologies sans lien avec la plongée : infections graves, plaies chroniques, intoxications au monoxyde de carbone.

Une évolution décisive depuis 20 ans

À la fin des années 1990, plusieurs accidents graves ont révélé un manque criant de coordination dans les soins d’urgence. Patronat, syndicats et experts ont alors uni leurs efforts pour réviser la réglementation et établir une ligne d’urgence spécialisée pour les milieux hyperbares.

Depuis, le Centre de médecine de plongée du Québec (CMPQ) est devenu un pilier. En un peu plus de 20 ans, sa ligne téléphonique, ouverte 24 heures sur 24, 365 jours par année, a reçu plus de 5 000 demandes, venant aussi bien du milieu professionnel que de la plongée récréative. Des conseils adaptés, des protocoles et une assistance directe ont permis, dans la plupart des cas, d’éviter des séquelles permanentes.

Sur le terrain : sécurité et stratégie

Qu’il s’agisse de réparer un barrage hydroélectrique ou de visiter une épave sous-marine, plusieurs tâches exigent de descendre sous l’eau. Scaphandriers, policiers, scientifiques et archéologues font appel à la médecine de plongée pour assurer leur sécurité. Et le CMPQ est là pour les appuyer. Sa ligne d’urgence est aussi accessible aux plongeurs récréatifs. « Parfois, je reçois des appels de Québécois en vacances à Cuba. Même à distance, je les conseille sur les bonnes pratiques. Ainsi, si la personne a un rhume, on recommande de ne pas plonger », explique Jocelyn Boisvert.

Sur les chantiers, son rôle devient stratégique. « Je sors les tables de décompression nécessaires pour que la plongée soit sécuritaire. Je fournis le plan d’intervention, les protocoles d’urgence. Je m’assure qu’il y a de l’oxygène, une trousse de premiers soins, etc. » Des institutions, comme l’Institut maritime du Québec, font appel à lui pour valider leurs protocoles. « On offre aussi des conseils de prévention. Par exemple, selon le type de plongée, on peut recommander l’héliox plutôt que l’air. » 

L’intervention planifiée, jusque dans les moindres détails

Aujourd’hui, les entrepreneurs contactent le Centre avant même d’ouvrir un chantier. « Il y a 20 ans, ce n’était pas le cas. Maintenant, ils nous demandent d’élaborer leur plan d’intervention et leur plan d’urgence. Pour un projet à Manic-5, par exemple, je vérifie où se trouve l’hôpital le plus proche, le temps de trajet, la possibilité d’évacuation par hélicoptère. Je monte tout ça et j’envoie les protocoles. »

Un bon plan de plongée fait état du site exact, de la description des travaux, des rôles de chacun, des risques, des paliers de décompression… et, bien sûr, des coordonnées des services médicaux, avec le numéro de la ligne d’urgence. Chaque année, les protocoles sont mis à jour. Une documentation technique est aussi accessible en ligne. À Lévis, une équipe multidisciplinaire (médecins, ORL, cardiologue, infirmières et inhalothérapeutes) veille au grain.

« On ne veut pas attendre l’urgence. On veut l’empêcher. Et si elle survient, on veut en limiter les conséquences », résume le responsable de la sécurité hyperbare.

« Le Québec est la seule province canadienne à posséder un centre spécialisé dans les urgences hyperbares. »

 

Le fruit d’un effort collectif en prévention

Avant les années 2000, le Québec ne possédait ni réglementation rigoureuse ni infrastructure adaptée à la médecine de plongée. Certains plongeurs récréatifs se présentaient comme des professionnels. Le résultat? Entre 1982 et 2001, onze décès sont survenus. Depuis l’ouverture du Centre en 2004, le portrait a changé du tout au tout. « À l’époque, on gérait beaucoup d’accidents. Aujourd’hui, ils sont rares. Les gens respectent mieux les règles, plongent avec des ordinateurs. La sécurité a vraiment progressé. »

Les risques n’ont pas disparu : hypothermie, exposition à des contaminants, barotraumatismes, accidents de décompression… Ces derniers sont parmi les plus redoutés. Si un plongeur remonte trop vite, des bulles de gaz peuvent bloquer la circulation sanguine, causant douleur, paralysie ou AVC. Pour prévenir ce type d’accident, les professionnels s’appuient sur des tables de décompression, qui déterminent les temps d’arrêt en fonction de la profondeur et de la durée de la plongée.

Et le résultat est éloquent : depuis 2004, aucun décès lié à la plongée professionnelle n’a été enregistré au Québec. « C’est le fruit de la réglementation, de la formation et, surtout, d’un effort collectif en prévention », conclut Jocelyn Boisvert, fier du chemin parcouru.

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