Visite à la mine LaRonde : récit d’un voyage sous terre

Par Guy Sabourin

20 octobre 2026

Photo : Mathieu Dupuis

D’une profondeur atteignant 3 000 mètres à certains endroits, la mine LaRonde, située près de Cadillac, en Abitibi, est la mine la plus profonde des Amériques. Bien sûr, cette caractéristique pose un défi pour les ingénieurs de la compagnie Agnico Eagle, qui doivent s’assurer de la santé et de la sécurité des travailleuses et travailleurs qui y œuvrent. En juin 2025, André Minville, directeur général des opérations en prévention-inspection pour la Capitale-Nationale et le réseau régional à la CNESST, a pu descendre dans cette mine d’or, d’argent, de cuivre et de zinc, à bord de l’un des deux ascenseurs qui filent à 27 km/h. Nous l’avons rencontré afin qu’il nous raconte cette expérience unique.

M. Minville, qu’est-ce qui vous a motivé à descendre dans cette mine ?

Depuis ma nomination à mon poste actuel, j’agis à titre de président du Comité-conseil sectoriel sur le suivi du Plan d’action dans les mines souterraines (3.57.1) de la CNESST. Ce comité paritaire, composé de représentants des employeurs et des travailleurs, échange sur les actions à mener en matière de prévention dans le secteur des mines souterraines au Québec. Dans ma carrière, j’ai visité plusieurs milieux de travail dans différents secteurs économiques, mais je n’étais jamais allé dans une mine souterraine en exploitation. Un inspecteur de la CNESST se prépa­rait à visiter cette mine et la direction a accepté que je me joigne à lui. C’était pour moi l’occasion de prendre connaissance de manière concrète de certaines réalités du secteur minier au Québec.

« Peu de gens ont eu la chance de s’avancer aussi profondément dans la Terre. »

– André Minville, directeur général des opérations en prévention-inspection à la CNESST

Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné lors de cette visite ?

J’ai été frappé à la fois par la rigueur des étapes de préparation à la descente, par la circulation dans les zones de travaux, et sur­tout, par l’ampleur des infrastructures souterraines. Il y avait des garages pour les machines et des ateliers d’entretien mécanique aussi vastes, voire plus, que ceux qui se trouvent à la surface. En raison de la profondeur, la chaleur ambiante était aussi assez impressionnante. Il s’agit d’ailleurs d’un enjeu de santé et de sécu­rité du travail (SST), ce qui explique pourquoi une partie de la mine est climatisée.

J’ai également été surpris par le niveau de technologie qu’on retrouve dans le secteur minier de nos jours. Il y a, par exemple, la télé-opération, qui consiste à contrôler certaines machines sous terre à partir de la surface à l’aide d’écrans et de manettes. Cela permet d’effectuer des opérations souterraines de manière effi­cace et sécuritaire. Malgré les avantages en matière de sécurité, ces nouvelles façons de faire nécessitent de bien analyser les risques qui en découlent et les mesures de prévention à mettre en place. Nous avons d’ailleurs pu avoir un aperçu de ces mesures lors de la visite.

J’ai également pu prendre place à l’intérieur d’une boulonneuse et d’une chargeuse-navette. J’ai constaté que ces véhicules sont conçus de manière à offrir une protection contre les chutes de roches. Je suis descendu au plus profond de la mine. C’est impressionnant de penser que peu de gens ont eu la chance de s’avancer aussi profondément dans la Terre.

Selon ce que vous avez observé, quelles mesures sont mises en place pour assurer la sécurité des travailleurs miniers ?

Les représentants de l’employeur et les travailleurs rencontrés nous ont présenté certaines mesures de prévention mises en place dans leur milieu de travail. Cela témoigne de l’énergie et de l’importance que le secteur minier accorde à la SST. Il est enthou­siasmant d’écouter ces gens parler de leur travail avec ouverture, intérêt, fierté et passion. J’ai aussi visité une salle de refuge, où l’on m’a expliqué son fonctionnement en cas d’urgence. À titre d’exemple d’enjeu dans le secteur minier, les gens ont mentionné le bruit, un défi particulier, peu importe la profondeur à laquelle on se trouve, et leur manière de le prendre en charge.

La profondeur de cette mine a-t-elle un impact sur la SST ?

En raison des réalités liées à la profondeur et des risques associés, comme les secousses sismiques et la température ambiante, le milieu a dû mettre en place des mesures de prévention. Ainsi, lors de la session d’accueil, une présentation sur les éléments de sécurité rappelle comment se comporter dans la mine et éviter de s’exposer inutilement à des risques en cas de secousses sismiques.

Quelle est votre conclusion à la suite de cette visite?

Je dirais que le fait d’avoir pu constater concrètement une partie de la réalité du travail minier me permettra maintenant de mieux visualiser les situations qui me sont décrites.

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