Choisir la bonne plateforme élévatrice : une décision qui se prend au sol

Par Karolane Landry

3 novembre 2026

Photo : CNESST

Travailler en hauteur fait partie du quotidien des travailleurs et travailleuses de nombreux milieux, dont la construction, l’entretien de bâtiments, l’installation d’équipements et les travaux municipaux. Pour accéder à ces zones, les plateformes élévatrices mobiles de personnel (PEMP) se sont imposées comme des outils incontournables. Toutefois, derrière leur utilisation courante se cache une réalité plus complexe. En effet, Josée Ouellet, ingénieure sénior en prévention-inspection à la CNESST, nous explique que la gestion des risques ne commence pas au moment où l’on s’élève, mais est abordée dès la planification des travaux.

Les plateformes élévatrices sont perçues comme des équipements sécuritaires, puisqu’elles offrent une surface stable, entourée de garde-corps, et qu’elles permettent d’éviter l’utilisation de postes de travail plus précaires. Elles n’éliminent toutefois pas les dangers. « Quand on parle de risques, une panoplie de situations peuvent survenir », affirme Josée Ouellet. En effet, le renversement de la plateforme demeure l’un des risques aux conséquences les plus graves. Il est souvent lié à un sol inadéquat, à un mauvais positionnement ou à une défaillance des stabilisateurs. À ce risque s’ajoutent les chutes de hauteur, qui peuvent se produire, par exemple, lorsque les travailleuses et travailleuses sortent de la plateforme, le coincement contre des structures, la collision avec d’autres équipements et le contact avec des lignes électriques. L’environnement de travail joue également un rôle déterminant. Une visibilité réduite, la présence de poussière, des conditions météorologiques difficiles ou la circulation autour de la zone de travail peuvent augmenter considérablement le niveau de risque. « Il y a encore beaucoup d’accidents, certains graves, d’autres, mortels », souligne Josée Ouellet. Dans bien des cas, ces risques ne sont pas liés uniquement à l’utilisation de la plateforme. Ils peuvent dépendre du fait que celle-ci n’était pas adaptée à l’environnement de travail dès le départ.

« À partir du moment où l’on utilise un équipement d’une autre façon que celle qui était prévue par le fabricant, on s’expose à des risques de blessure grave, voire mortelle. »

– Josée Ouellet, ingénieure sénior en prévention-inspection à la CNESST

Quand un mauvais choix mène à l’improvisation

Sur le terrain, les situations dangereuses trouvent souvent leur source dans un mauvais choix d’équipement. « Si l’équipement ne permet pas de faire le travail adéquatement, les employeurs et les travailleurs improvisent souvent, et c’est là que les accidents arrivent », explique Mme Ouellet. Concrètement, cette improvisation peut prendre diverses formes. Ainsi, une personne qui n’arrive pas à atteindre une zone de travail pourrait être tentée de monter sur le garde-corps pour gagner quelques centimètres. Une autre pourrait ajouter un élément ou utiliser un accessoire non adéquat pour augmenter sa portée. Dans certains cas, la plateforme est utilisée comme point d’ancrage, pour travailler à l’extérieur de celle-ci, ou comme moyen d’accès à une structure en hauteur. Ces pratiques contournent les limites de l’équipement, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles il peut être utilisé de façon sécuritaire. « À partir du moment où l’on utilise un équipement d’une autre façon que celle qui était prévue par le fabricant, on s’expose à des risques de blessure grave, voire mortelle », rappelle Mme Ouellet. Dans plusieurs cas, ces comportements ne sont pas liés à de la négligence. Ils relèvent plutôt d’une contrainte opérationnelle : le travail doit être fait, mais l’équipement ne permet pas de le réaliser.

Bien choisir sa plateforme

La hauteur des travaux à réaliser est souvent le premier élément considéré lors du choix de la plateforme. Cependant, cela ne constitue qu’une première étape. « Si j’ai des travaux à effectuer à 9 mètres (30 pieds) et que ma plateforme ne monte qu’à 6 mètres (20 pieds), ça ne fonctionnera pas », illustre l’experte. Toutefois, même si la plateforme permet d’atteindre la bonne hauteur, d’autres contraintes peuvent limiter l’accès des travailleuses et travailleurs. C’est notamment le cas lorsque des obstacles empêchent un positionnement directement sous la zone de travail. Dans ces situations, la capacité de déport devient essentielle. Les plateformes à élévation verticale, comme les modèles à ciseaux, conviennent aux espaces dégagés, tandis que les plateformes multidirectionnelles, articulées ou télescopiques permettent de contourner les obstacles et d’atteindre des zones en retrait. « Ce sont celles qui permettent d’avoir un déport important par rapport au porteur », précise Josée Ouellet. Le choix doit également tenir compte de la nature du travail à effectuer. Le nombre de travailleurs et travailleuses, les outils nécessaires et les matériaux à transporter influencent directement la capacité requise. Une plateforme trop petite risque d’être surchargée, tandis qu’un modèle trop gros peut nuire à la mobilité et compliquer les manœuvres.

Lorsque l’équipement est choisi

Une fois la plateforme sélectionnée, son utilisation doit respecter des règles strictes. La première consiste à prendre connaissance des instructions du fabricant. « C’est la base », affirme l’ingénieure. En effet, ces documents précisent les limites de l’équipement, les consignes de sécurité et les avertissements à respecter. Parmi les règles essentielles, le fait de rester à l’intérieur de la plateforme revient toujours. L’équipement est conçu pour protéger la travailleuse ou le travailleur, à condition qu’elle ou il demeure dans la zone délimitée par les garde-corps. Il ne doit pas être utilisé comme point d’ancrage pour travailler à l’extérieur ni comme moyen d’accès à une structure. Une réflexion doit aussi être faite sur l’utilisation réelle de la plateforme. L’accès au chantier, la préparation du sol, la circulation des travailleurs et travailleuses, les interactions avec les autres équipements et les mesures d’urgence doivent être anticipés dès le départ. Cette approche s’inscrit dans les bonnes pratiques liées au plan d’utilisation sécuritaire, basé sur l’analyse des risques.

Quand l’environnement influence la sécurité

L’environnement de travail est souvent sous-estimé lors du choix de l’équipement, alors qu’il constitue un facteur déterminant et doit être pris en compte dès le départ. En outre, les conditions météorologiques doivent être analysées. « Une plateforme conçue pour l’intérieur ne doit pas être utilisée à l’extérieur, car elle n’est pas faite pour résister au vent, par exemple », rappelle Josée Ouellet. La nature du sol représente un autre enjeu important. En effet, un terrain qui semble stable peut cacher des cavités, être mal compacté ou devenir instable sous le poids de la machine. « Ça peut entraîner un renversement de la plateforme », ajoute-t-elle. Même en présence de systèmes de détection, une évaluation du terrain demeure essentielle. La proximité des lignes électriques impose aussi des précautions particulières. Ce ne sont pas seulement les équipements qui peuvent entrer en contact avec les fils, les outils et les matériaux manipulés aussi.

Inspection, formation et supervision : une responsabilité partagée

La sécurité repose également sur des pratiques rigoureuses en matière d’inspection et de formation. Avant chaque utilisation, l’opérateur doit vérifier l’état de la plateforme, le fonctionnement des commandes et l’intégrité des dispositifs de sécurité. « Si quelque chose ne fonctionne pas, la plateforme doit être mise de côté immédiatement », insiste Josée Ouellet. La formation permet aux opératrices et opérateurs de comprendre les limites de l’équipement et les comportements à adopter. De plus, les superviseurs et superviseuses doivent être en mesure d’évaluer les pratiques et d’intervenir au besoin. « Comment superviser un travail si l’on ne comprend pas l’équipement utilisé? », demande l’experte.

Pour finir, la sécurité des travailleuses et travailleurs ne dépend pas uniquement de leur comportement une fois dans la plateforme et des harnais de sécurité. Elle se joue bien avant, au moment de choisir l’équipement. « Il faut agir en amont. Trouver le bon appareil avant que des travailleurs y montent », conclut Josée Ouellet. Parce qu’en matière de travail en hauteur, une mauvaise décision prise au sol peut avoir des conséquences bien réelles une fois dans les airs.

L’utilisation des témoins sur notre site

Pour adapter nos contenus et améliorer votre expérience sur notre site Web, nous utilisons des témoins (cookies) dans le respect de votre vie privée.

En naviguant sur notre site, vous acceptez l’utilisation des témoins décrite dans notre politique de confidentialité.

Gérer les témoins

  • Témoins nécessaires au bon fonctionnement

    Ces témoins sont obligatoires, car ils garantissent le bon fonctionnement du site.

    Toujours actifs
  • Témoins relatifs à la publicité

    Nous n'utilisons pas de témoins pour des actions de marketing personnalisé.

    Toujours désactivés
  • Témoins liés aux données statistiques

    Ces témoins permettent de collecter des données de navigation, comme la durée de la visite ou les pages vues. Les données collectées sont anonymes et ne peuvent pas être associées à une personne.

Confirmer
Prévention au travail