Un électricien est brûlé à la suite d’une déflagration

Par Geneviève Chartier

27 octobre 2026

Illustration : Jean-Philippe Marcotte

En juillet 2025, une génératrice externe doit être branchée dans la salle des compresseurs d’une épicerie en prévision d’une coupure d’alimentation. Les travaux de branchement s’effectuent au niveau du système électrique principal de l’établissement. Une déflagration survient pendant la tâche de raccordement, brûlant gravement l’électricien qui effectuait les travaux. Qu’aurait-il fallu faire pour éviter un tel drame? 

Que s’est-il passé?

Le jour de la coupure prévue, l’électricien mandaté pour réaliser les travaux ainsi que le responsable de la génératrice arrivent sur les lieux en même temps que cette dernière, transportée par convoi spécial. En attendant l’arrivée du frigoriste, ils commencent à dérouler les câbles servant au raccordement. Une fois celui-ci arrivé et le système de réfrigération préparé, l’électricien entreprend les travaux de branchement. Pour ce faire, il met hors tension les disjoncteurs du panneau de distribution, ferme le disjoncteur principal et rabat la languette de cadenassage.

Ensuite, il ouvre le panneau supérieur du coffret de branchement et vérifie la tension à l’aide de son multimètre. Le responsable de la génératrice l’assiste en tenant le boîtier de l’appareil pendant que l’électricien met en place les sondes de mesure sur les barres omnibus et confirme l’absence de tension. L’électricien s’aperçoit alors que des cosses mécaniques pour le branchement de la génératrice sont présentes sur les barres omnibus des trois phases situées dans la section en aval du disjoncteur principal. Toutefois, aucune cosse mécanique ne permet de relier le câble du neutre. L’électricien ouvre le panneau inférieur du coffret de branchement où se trouve une cosse mécanique permettant de relier le neutre. L’entrée électrique principale, toujours sous tension, est aussi présente dans ce panneau.

Quelques instants plus tard, une déflagration a lieu dans le panneau inférieur préalablement ouvert du coffret de branchement où se trouve la cosse. Malheureusement, l’électricien est atteint par l’explosion. Les services d’urgence sont appelés sans tarder. L’électricien est transporté à l’hôpital, où il est soigné pour de graves brûlures.

Qu’aurait-il fallu faire?

Dans un premier temps, le rapport d’enquête écarte les hypothèses de défaillance du disjoncteur et de surtension pour expliquer la déflagration. Étant donné les circonstances de l’accident, un court-circuit causé par la présence d’un élément conducteur demeure la cause la plus probable de la déflagration. En effet, cette dernière est survenue alors que l’électricien se trouvait à proximité, dans le périmètre d’éclats d’arc. Il a alors été exposé à une énergie incidente pouvant atteindre 37 cal/cm2 alors qu’il ne portait aucun équipement de protection individuelle (EPI). Ainsi, bien que l’enquête n’ait pas permis d’établir quel élément conducteur a causé le court-circuit à l’origine de la déflagration, la situation dangereuse dans laquelle le travailleur se trouvait et le fait qu’il portait des vêtements non adaptés expliquent les blessures qu’il a subies.

De plus, il importe de préciser qu’un danger électrique existe dès qu’un travail est effectué sous tension. C’est pourquoi le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST) exige que les travaux soient effectués hors tension. Ainsi, toute personne intervenant sur les installations électriques doit s’assurer que l’appareil est mis hors tension et qu’il est cadenassé. Certaines exceptions à cette règle existent, selon la norme CSA Z462, mais ce n’était pas le cas ici. En effet, le travail hors tension aurait été possible si une cosse mécanique permettant de relier le neutre avait été installée dans la section supérieure du coffret de branchement. Il n’aurait pas été nécessaire d’ouvrir le panneau inférieur pour brancher la génératrice externe, d’autant plus que des éléments sous tension étaient présents dans celui-ci, exposant le travailleur à des risques électriques. Dans ces conditions, un danger de court-circuit était présent, et c’est malheureusement ce qui a causé l’accident.

Finalement, même si l’employeur s’était doté d’un programme de prévention comprenant des instructions relatives à la sécurité électrique (il y priorisait d’ailleurs le travail hors tension), aucune mesure concrète de surveillance ne permettait de s’assurer du respect des procédures en place par les travailleurs, de sorte que certaines n’étaient pas appliquées sur le terrain. Le respect rigoureux des mesures de prévention ne peut être assuré sans une supervision active de l’employeur.

Personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention à la CNESST

Enquête réalisée par : Stéphanie Paquin et Scott Ferguson, inspecteurs à la CNESST

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