À quoi ressembleront les milieux de travail en 2040 ?
Par Patricia Labelle
17 mars 2026
Des changements rapides, liés aux technologies, au climat, à l’économie, à la politique et à l’évolution de la société, transformeront le monde du travail d’ici à 2040. Mais que signifient ces mutations pour l’avenir de la santé et la sécurité du travail ?
Une étude menée par l’Institute for Work & Health, en collaboration avec Creative Futures Studio inc., s’est penchée sur cette question. Bertrand Galy, directeur des opérations au Service de la recherche de l’IRSST, a participé à cet exercice international de veille prospective. Je l’ai rencontré pour en apprendre davantage sur cette étude et ses conclusions.
Quelles dynamiques façonneront le paysage de la santé au travail d’ici à 2040 ?
Bertrand Galy – Plusieurs dynamiques transformeront la santé au travail. L’exercice de veille prospective que nous avons fait anticipe que les facteurs sociaux, technologiques, environnementaux, économiques et politiques agiront simultanément. L’arrivée de la génération Z dans les milieux professionnels, la croissance de l’automatisation et de l’intelligence artificielle (IA), les changements climatiques et la transition vers une économie verte, la mondialisation numérique, ainsi que la montée du populisme redéfiniront les conditions de travail. Ces dynamiques, prises ensemble, influenceront les risques professionnels, les attentes des travailleuses et travailleurs et les exigences organisationnelles. Comprendre ces tendances est essentiel pour anticiper les transformations à venir et pour adapter les politiques de santé et sécurité du travail.
Quelles sont les principales évolutions auxquelles on peut s’attendre dans les milieux de travail ?
BG – Les milieux de travail deviendront plus technologiques, plus flexibles, mais aussi plus exigeants. Les travailleuses et travailleurs devront fort probablement acquérir de nouvelles compétences professionnelles, s’adapter à des environnements plus informatisés et faire face à des risques psychosociaux liés à l’automatisation, à la pression d’adaptation et à l’incertitude économique. Les conditions environnementales et culturelles évolueront également, influençant la qualité des milieux de travail. Ces transformations pourraient accentuer les inégalités existantes, notamment pour les groupes marginalisés qui risquent de manquer de ressources pour se former ou se perfectionner. Cette difficulté d’adaptation pourrait fragiliser leur santé, leur sécurité et leur bien-être au travail.
Quelles seront les implications de ces changements pour la santé, la sécurité et le bien-être de la population active ?
BG – Les répercussions seront significatives pour l’ensemble des personnes au travail, particulièrement celles à revenu moyen et élevé, qui devront composer avec des attentes professionnelles en transformation rapide. Les risques physiques, psychosociaux et organisationnels pourraient s’intensifier, exigeant une adaptation continue des pratiques de prévention. Cette étude propose des scénarios permettant d’anticiper ces évolutions et de mieux préparer les politiques publiques, les employeurs et les institutions à protéger la santé et à assurer la sécurité des travailleuses et travailleurs dans un contexte de changement accéléré.
Quelles sont les tendances appelées à transformer la santé au travail en 2040 ?
BG – La veille prospective a permis d’identifier sept tendances considérées comme transformatrices ou potentiellement transformatrices du paysage de la santé au travail
- Érosion de la confiance institutionnelle — une remise en question croissante des institutions publiques et privées, influençant la manière dont les travailleuses et travailleurs perçoivent les politiques de SST.
- Accroissement de la longévité et des différences générationnelles — une population active plus diversifiée, avec des attentes et des besoins distincts, notamment pour les travailleuses et travailleurs plus âgés, qui seront plus nombreux.
- Intensification des impacts climatiques — des conditions environnementales plus sévères affectant directement les milieux de travail.
- Changements algorithmiques — l’influence croissante de l’intelligence artificielle et des systèmes automatisés sur l’organisation du travail, la surveillance et la prise de décision.
- Hausse de l’isolement — une augmentation du travail à distance et des formes d’emploi fragmentées, avec des effets psychosociaux importants.
- Perspective d’une montée de l’hostilité — une intensification des tensions sociales, politiques ou interpersonnelles pouvant se répercuter dans les milieux de travail.
- Augmentation de la précarité — une multiplication des emplois instables, atypiques ou mal protégés, accentuant les inégalités en matière de santé et de sécurité.
Comment ces tendances peuvent-elles guider l’action des parties prenantes professionnelles et décisionnelles ?
BG – Ces tendances offrent un cadre de pensée pour anticiper les défis futurs et orienter les stratégies de prévention. Elles permettent aux différents acteurs de la SST de cibler les domaines nécessitant une planification proactive, qu’il s’agisse de renforcer la résilience organisationnelle, d’adapter les politiques de prévention ou de mieux protéger les travailleuses et travailleurs vulnérables.
BG – Face aux transformations annoncées, quelles actions pouvons-nous mettre en place dès maintenant pour créer des milieux de travail plus sains, inclusifs et résilients?
Pour bâtir les milieux de travail de 2040, nous devons passer d’une gestion réactive à une véritable culture de la prospective, capable d’anticiper les ruptures plutôt que de simplement les subir. Cela implique de placer l’inclusion et la santé mentale au cœur de nos stratégies, par exemple en adaptant nos environnements à la neurodivergence et en renforçant le lien social face à la montée du travail hybride.
BG – Quelles nouvelles occasions d’améliorer la santé, la sécurité et le bien‑être au travail pourraient émerger d’ici 2040 grâce aux transformations technologiques, sociales et environnementales?
D’ici 2040, la technologie ne sera plus seulement un outil de productivité, mais elle pourrait devenir un bouclier pour la santé mentale et physique, capable de détecter l’épuisement professionnel avant qu’il ne survienne ou de soutenir activement le maintien en emploi de nos travailleuses et travailleurs plus âgés. Sur le plan social, nous pourrions assister à une révolution de la flexibilité et de l’inclusion, où des réalités comme la cohabitation de cinq générations au travail ou l’équilibre de vie des nouvelles générations deviennent des moteurs d’innovation managériale plutôt que des contraintes. Enfin, la transition vers une économie verte et résiliente nous offre une occasion d’assainir nos milieux de travail tout en stimulant de nouveaux secteurs industriels durables.
En conclusion, cette veille prospective souligne que la santé au travail devra être repensée en profondeur pour faire face à un avenir marqué par des changements rapides et incertains. Plutôt qu’une feuille de route, elle propose un point de départ invitant les acteurs de la SST à anticiper, collaborer et intégrer une vision à long terme dans leurs pratiques.
Pour en savoir plus
Santé et travail en 2040 : Anticiper les changements à venir en santé et sécurité des travailleurs
(Traduit de l’anglais grâce à la collaboration de l’IRSST)
