Glissement de terrain mortel

Par Gabrielle Fallu

17 février 2026

Illustration : Jean-Philippe Marcotte

Le 29 janvier 2013, vers 10 h 45, un accident tragique est survenu à L’Épiphanie, dans Lanaudière. À la suite d’un glissement de terrain causé par des mesures de sécurité défaillantes lors de l’excavation d’une carrière, un camionneur et une camionneuse décèdent après avoir été ensevelis, tandis que l’opérateur d’une pelle hydraulique est évacué par hélicoptère.

Les travaux d’excavation des terres de recouvrement (ou mort-terrain) avaient pour but l’agrandissement de la carrière et devaient originalement se terminer le 21 janvier 2013. Toutefois, ils ont dû être suspendus pendant quelques jours, car la température à ce moment-là rendait l’excavation des sols trop ardue. Le 28 janvier 2013, l’excavation du mort-terrain de la zone sud-ouest, où a eu lieu l’accident, a débuté. Avant le début des travaux d’excavation du mort-terrain, cette zone avait une superficie approximative de 96 000 m2 et une profondeur d’environ 90 m.

Puisque ces travaux avaient pour but d’extraire de la roche calcaire d’une nouvelle partie de la carrière, le chemin dehalage, qui donnait accès à l’intérieur de la carrière et grâce auquel les matériaux rocheux étaient transportés, devait être déplacé. Les travailleurs se sont donc affairés à enlever le mort-terrain afin d’aménager un nouveau chemin de halage.

La pente du mort-terrain était à 45 degrés. L’opérateur des pelles hydrauliques devait déblayer entre 3 500 et 3 700 tonnes de mort-terrain par jour. Ce dernier était principalement composé d’argile et recouvert par environ 30 cm de terre. Des piles de rebuts d’asphalte, de béton et de pierres concassées étaient entreposées au sommet de la paroi, sur le pourtour de la carrière.

Il y avait alors 15 camions à benne basculante ainsi que deux pelles hydrauliques utilisés sur le site d’excavation. Les opérateurs de pelles hydrauliques creusaient devant eux et chargeaient ensuite les camions, qui suivaient les pelles hydrauliques en alternance. Les camions destinés au transport des déblais allaient par la suite vider leur contenu sur un site situé à quelques kilomètres de la carrière.

Vers 10 h 45, l’opérateur de la pelle hydraulique chargeait les camions conduits par deux travailleurs lorsque le sol s’est fracturé devant eux, provoquant un important glissement de terrain. Le glissement a entraîné avec lui une partie du chemin d’accès, des rebuts d’asphalte et de béton, les deux camions, la pelle hydraulique et les trois travailleurs qui les conduisaient. Les secours furent appelés sur-le-champ. Le conducteur de la pelle hydraulique a été évacué par hélicoptère et transporté dans un centre hospitalier pour soigner ses blessures. Une opération de recherche a aussi été amorcée afin de retrouver les conducteurs des camions. Le 2 février, les corps des trois travailleurs ont été récupérés parmi les débris argileux et les décès ont été constatés.

Quelles sont les causes ?

Tout d’abord, le rapport d’accident indique que la planification et la supervision des travaux visant l’agrandissement de la carrière étaient inadéquates, car ils ont été effectués même si les effets sur la stabilité du sol étaient inconnus. Effectivement, les calculs démontrent que la configuration des lieux présentait un faible coefficient de sécurité, qui était de l’ordre de 1,23. L’angle de l’excavation à 45 degrés ainsi que les travaux d’excavation effectués pour enlever le mort-terrain ont fait baisser le coefficient de sécurité, qui était déjà précaire. Cette nouvelle perturbation de l’équilibre du sol a causé le glissement de terrain, qui mesurait 80 mètres de largeur et 87 mètres de longueur.

À la suite de cet accident, l’article 28.01 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail dans les mines (RSSM) a été modifié en 2021. L’article stipule qu’« afin d’en assurer la stabilité, tout travail d’excavation dans une mine souterraine ou à ciel ouvert ne peut être entrepris sans l’obtention de plans et devis d’un ingénieur ». Il précise également que, dans une mine à ciel ouvert, « les plans et devis doivent être mis à jour par l’ingénieur selon la fréquence qu’il détermine et être disponibles en tout temps sur le site de la mine lors des travaux ».

En outre, dans cet accident, le déplacement du remblai a modifié le réseau d’écoulement et a augmenté la pression de l’eau sous les monticules en sommet de talus. L’employeur ignorait donc les risques reliés aux actions que les travailleurs posaient.

D’autre part, les travaux d’excavation étaient effectués sur un site propice aux glissements de terrain qui peuvent déclencher des mouvements de sol, selon les résultats de l’expertise demandée par la CSST (aujourd’hui la CNESST). Effectivement, le sol de la carrière possédait des facteurs prédisposants : puisque le pendage du roc était orienté vers le sud-est, l’épaisseur de l’argile qui se trouvait au-dessus du roc allait en augmentant dans cette direction. L’argile avait aussi une sensibilité qualifiée d’élevée à très élevée sous l’élévation 16 à 17 mètres.

Quelques éléments pouvant causer un glissement de terrain

  • Pluies abondantes
  • Fonte des neiges
  • Déforestation
  • Urbanisation
  • Accumulation de poids

Personne-ressource : Mario St-Pierre, ing., conseiller expert, secteur Mines, et inspecteur à la CNESST

Pour en savoir plus : Rapport d’enquête

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