Marc-André Ferron : un périple à vélo pour promouvoir la SST
Par Karolane Landry
13 janvier 2026
Photo : Collection personnelle
À l’été 2025, Marc-André Ferron a enfourché son vélo pour une aventure exceptionnelle : une traversée pancanadienne de plus de 5 000 kilomètres, de Vancouver à Trois-Rivières. Son projet, nommé Sur la route de la prévention, avait pour but de sensibiliser les gens à l’importance de la santé et de la sécurité au travail (SST). Ce conférencier spécialiste de la SST a donc sillonné les routes pendant près de deux mois pour propager son message, qui est le suivant : la prévention, c’est la gestion des dangers et des risques présents dans nos milieux de travail. Il nous explique la genèse de ce projet ambitieux et les valeurs qu’il a tenté de transmettre tout au long de son voyage.
M. Ferron, comment l’idée de votre projet est-elle née?
Tout a commencé il y a environ un an et demi, quand mon fils de 16 ans m’a lancé une idée un peu folle pour souligner la fin de son secondaire : traverser le Canada à vélo. Dans ma liste des sports que je n’aimais pas, le vélo n’était pas loin derrière le ski de fond! (rires) Le lendemain, je me suis réveillé avec cette pensée : « Est-ce que je veux vraiment finir ma vie en me disant que j’ai laissé passer une opportunité pareille? » À ce moment-là, tout s’est mis en place. J’ai décidé de combiner ce défi sportif avec ma passion pour la SST. C’est ainsi qu’est né Sur la route de la prévention, un projet qui me permettait non seulement de relever un défi personnel, mais aussi de sensibiliser les gens aux bonnes pratiques de gestion en SST d’une manière plus accessible et captivante.
Selon vous, en quoi cette traversée est-elle une manière efficace de promouvoir la SST?
J’ai voulu pousser les gens à percevoir la SST sous un angle différent, au moyen de quelque chose qui sort de l’ordinaire. Prenons l’exemple de Pierre Lavoie. Il a réussi à communiquer un message simple – l’importance de faire du sport – d’une manière tellement originale qu’il mobilise aujourd’hui tout le Québec! Tout au long de notre parcours, on a tourné des capsules vidéo qui parlent de la SST et de la prévention des risques, qui ont été publiées sur mes réseaux sociaux. Si, par ce projet, j’ai réussi à capter l’attention de gestionnaires qui ont trouvé ça intéressant et qui en ont retiré quelque chose, c’est déjà une victoire! Et même si une seule personne change sa vision des choses, ça peut avoir des répercussions incroyables. Peut-être que cette personne sauvera une vie, préviendra des blessures majeures ou influencera d’autres individus à son tour.
Quels sont les principaux messages que vous souhaitiez transmettre aux gens?
Quand on me demande quel est le meilleur livre en lien avec la SST, je réponds toujours que c’est la Loi sur la santé et la sécurité du travail, parce qu’elle nous concerne toutes et tous et qu’elle établit les bases de la gestion des risques. Mais soyons honnêtes : ce n’est pas ce qu’il y a de plus captivant à lire! Ainsi, ce que je voulais accomplir avec mon projet, c’était de promouvoir la vulgarisation des principes législatifs pour les rendre clairs, simples et accessibles. Un programme de prévention, par exemple, ne devrait jamais être un document oublié sur un bureau; il sert à organiser la prévention et à définir des rôles et les responsabilités de chacun et chacune pour éviter l’improvisation. À travers des vidéos et des articles, je voulais aborder des concepts universels, comme l’élimination des dangers à la source et l’importance de former les équipes, de contrôler l’efficacité des actions et de mesurer les résultats avec des indicateurs clairs. Peu importe où l’on se trouve dans le monde, la gestion des risques suit les mêmes principes. Mon objectif était de rendre ces notions concrètes et engageantes, en espérant que chacun puisse en tirer des outils pratiques pour mieux protéger les travailleuses et travailleuses et, ainsi, améliorer la SST dans les milieux de travail.
Comment s’est déroulée votre traversée?
Nous avons parcouru 5 800 kilomètres à vélo, de Vancouver à Trois-Rivières, à raison d’environ 125 km par jour, avec une journée de repos après six jours de route. Les arrêts n’étaient pas tous planifiés et on a laissé place à l’improvisation et à l’inspiration. Les journées de pause avaient lieu dans des villes stratégiques, comme Banff, Regina ou Winnipeg, afin de maximiser les rencontres et les découvertes. Je voulais vraiment aller à l’essentiel. Si les gens ont compris que la meilleure façon de gérer le risque, c’est de l’éliminer à la source, je suis heureux!
Comment se prépare-t-on à ce genre de défi physique?
Nous avons fait près de 325 sessions d’entraînement dans les 365 jours qui ont précédé l’aventure (vélo, course à pied et entraînement musculaire des jambes). Il n’y avait pas d’excuse pour ne pas s’entraîner! Côté logistique, une accompagnatrice se trouvait dans un véhicule devant nous afin d’intervenir en cas de crevaison ou d’autres problèmes. Nous avions des trousses de premiers soins, des vêtements réfléchissants de la tête aux pieds et des lumières clignotantes sur nos vélos. Nous avions aussi des géomarqueurs (geotags), pour que notre pilote sache où nous étions en temps réel, ainsi que des détecteurs, qui permettaient de savoir où se situaient les véhicules autour de nous. Étant un spécialiste de la gestion des risques, j’aurais été vraiment mal placé pour ne pas tout prévoir.
Quels changements concrets aimeriez-vous constater dans la gestion de la SST dans le futur?
Quand j’ai commencé à donner des conférences et des formations, je disais aux gens que la SST, c’était de la gestion de risque, et ça les surprenait toujours. Les gens pensaient que j’allais plutôt parler des équipements, des procédures et des formations, ce qui est juste, mais incomplet. Depuis 13 ans, je martèle le même message dans mes conférences, dans mes livres et sur mes plateformes. Aujourd’hui, quand je pose la question aux gens qui assistent à mes présentations, il y en a toujours qui parlent de la gestion de risques, et ça, c’est ma petite victoire! Le voyage à vélo a aussi servi à promouvoir les systèmes de gestion en SST. J’ai pu voir leurs retombées en Alberta, où ils sont intégrés à la loi et encouragés par des réductions de cotisations. Ça pourrait arriver au Québec aussi, mais encore faut-il bien comprendre leur rôle. Un système de gestion n’est pas juste une pile de procédures. Il doit être utilisé activement par des gestionnaires engagés. Mon objectif est donc clair : répéter, simplifier, expliquer. Si quelques personnes saisissent l’importance de ces systèmes avant qu’ils deviennent obligatoires, on aura déjà fait un pas énorme pour éviter qu’ils deviennent une formalité inutile.
« Il est impossible de gérer la santé et la sécurité sans système de gestion. Les gens doivent comprendre cela. »
– Marc-André Ferron