La santé et la sécurité du travail

Au-delà du scénario

Par Lyndie Lévesque

15 novembre 2022

En cinéma et en télévision, comme ailleurs, la santé et la sécurité du travail (SST) doivent être une priorité. Afin de s’assurer qu’elle est respectée sur les plateaux de tournage, des inspectrices et des inspecteurs en santé et sécurité du travail sont déployés sur le terrain. Julie Boucher, une conseillère en prévention-inspection qui a été inspectrice sur les plateaux pendant quelques années, nous parle des coulisses du milieu ainsi que des bonnes pratiques à adopter.

Les artistes et artisans du milieu de l’audio-visuel sont appelés à œuvrer dans toutes sortes de conditions, à fouler des terrains variés, à manipuler de l’équipement lourd… Sur un plateau de tournage, chaque minute compte et toute l’équipe cherche à obtenir le meilleur résultat, le plus rapidement possible. Cette motivation pousse parfois certains travailleurs à prendre des risques : des caméramans se mettent en danger pour être plus près de l’action, des cascadeurs font des actes risqués pour ne pas sembler « faibles », des acteurs réalisent eux­mêmes des cascades qu’ils devraient laisser à des professionnels, des techniciens passent à un poil de se faire renverser par des voitures parce que la rue n’a pas été bloquée convenablement, des éclairagistes grimpent à toute vitesse dans des échelles non conformes, des assistants de production prennent la route, épuisés après quatorze heures de travail…

Il faut savoir que, dans un premier temps, il appartient aux producteurs d’assurer la santé et la sécurité des travailleuses et des travailleurs sur les plateaux de tournage, mais ceux qui y œuvrent ont aussi leur part de responsabilité.

L’envers du décor

« Sur les plateaux, il peut y avoir toutes sortes de risques similaires à ceux que l’on retrouve dans les autres milieux de travail », nous dit d’emblée Julie Boucher. En effet, s’il arrive que les décors soient fabriqués de toutes pièces, les risques pour les travailleuses et les travailleurs, eux, sont bien réels. D’ailleurs, pour créer les décors, des travaux doivent être réalisés. Scie à bois, clous, peinture… : « Ça ressemble presque à un chantier de construction! », lance Mme Boucher, qui a été inspectrice sur les plateaux de cinéma pendant environ cinq ans. Elle occupe maintenant le poste de conseillère en prévention-inspection. « Avant, j’inspectais. Maintenant, je donne des conseils aux inspectrices et aux inspecteurs sur le terrain », explique­-t-­elle.

Selon Mme Boucher, les premiers risques à repérer sur un plateau de tournage sont ceux qui relèvent de la politique de tolérance zéro de la CNESST. Parmi eux, on compte les risques de chute, les risques électriques et ceux qui sont liés à la sécurité des machines. Ensuite, on doit identifier les risques prédominants. « Par exemple, si les travailleuses et les travailleurs doivent utiliser des bombes aérosols de peinture, il faut s’assurer que la ventilation est bonne. S’ils grimpent dans des escabeaux, il faut évaluer le risque de chute », explique­t­elle.

Toutefois, certains risques rencontrés sur les plateaux de tournage ne se retrouvent pas couramment dans des lieux de travail typiques. Par exemple, il arrive que des tournages se déroulent dans des milieux désaffectés. « Parfois, il n’y a pas d’électricité, pas d’eau potable ou il y a de l’amiante dans les murs », mentionne Julie Boucher.

Ainsi, s’assurer en amont que les lieux de tournage sont sécuritaires est l’un des rôles de la personne responsable des locations, car elle est la première à se rendre sur les lieux pour faire du repérage. « Dans certains cas, cette personne va faire faire des tests d’air par une firme spécialisée, pour voir s’il y a de la moisissure ou de l’amiante. Si c’est le cas, elle va s’assurer de faire dé-conta-miner les lieux au préalable », indique Mme Boucher à titre d’exemple.

Au cœur d’une inspection

« Sur les plateaux de tournage, le temps est précieux, mais puisque la santé et la sécurité sont une priorité, il faut prendre le temps de faire l’inspection, précise Julie Boucher. Quand on arrive sur place, souvent, on a déjà ciblé une ou des problématiques fréquentes, souligne Mme Boucher. Surtout quand l’inspection découle d’une plainte ». Il faut savoir que ces inspections peuvent se faire avec ou sans rendez-vous et que, bien qu’elles soient brèves, elles sont réalisées méticuleusement. « On rencontre le directeur de production et on fait le tour du plateau avec un responsable de l’employeur et un représentant des travailleurs », explique Julie Boucher.

Comme les gens œuvrant dans le monde de la télévision et du cinéma sont représentés par l’AQTIS 514 IATSE, ils ont aussi accès à des conseillers en santé et sécurité du travail. « Si les travailleurs ont des problématiques reliées à la santé et à la sécurité du travail, ils appellent un conseiller, qui est alors appelé à se rendre sur place, au besoin », dit MmeBoucher. Si cette personne est présente sur le plateau, c’est avec elle que l’inspecteur fait le tour des lieux. Si ce n’est pas le cas, l’inspecteur recueille les témoignages des travailleurs ainsi que de l’employeur.

Main dans la main

Soucieux de se donner les moyens de prévenir les accidents du travail et les maladies professionnelles sur les plateaux de tournage, les producteurs, les artistes et les artisans, par l’entremise de leurs associations respectives, ont créé la Table de concertation paritaire de l’industrie du cinéma et de la vidéo du Québec. « En collaboration avec la CNESST, ils ont créé des fiches de prévention qui s’adressent aux gens du milieu », indique Julie Boucher. Ces fiches précisent les règles de sécurité à appliquer dans plusieurs circonstances et les précautions à prendre afin de préserver la santé et la sécurité du personnel sur les lieux de travail. Les fiches favorisent aussi la mise en place d’une démarche de prévention et la participation des travailleuses et des travailleurs.

Situations à risques pouvant provoquer des accidents sur les plateaux

  • Des caméramans qui tentent de se « rapprocher » de l’action de façon imprudente
  • Des acteurs qui exécutent eux-mêmes des cascades qui devraient être faites par des professionnels
  • Des éclairagistes qui montent dans des échelles non conformes

Pour en savoir plus

Consultez la page Travail dans l’industrie du cinéma et de la vidéo, sur le site Web de la CNESST.

À lire aussi…