Pleins feux sur les métiers en SST dans les mines

Par Martin Ouellet-Diotte, Lyndie Lévesque

18 janvier 2022

Souvent peu connus, les métiers en lien avec la santé et la sécurité du travail dans les mines sont aussi variés que trépidants. Qu’il s’agisse de postes de gestion, de formation ou de travail sur le terrain, les gens qui les occupent ont un quotidien peu banal. Ils sont aussi, très souvent, passionnés par leurs tâches ainsi que par les enjeux de santé et de sécurité qui y sont reliés. Pleins feux sur cinq de ces professions… et sur les confidences de ceux qui les pratiquent.

Sauveteuse ou sauveteur minier

Intervenir en cas d’urgence ou d’accident

Par Martin Ouellet-Diotte

Ils sont la bouée de sauvetage lors d’accidents miniers, des équipes solidaires qui n’hésitent pas à surmonter des situations difficiles pour secourir leurs collègues. Au Québec, les sauveteurs miniers doivent passer par des formations rigoureuses et des entraînements réguliers, les volontaires sont en grand nombre et leur expérience est cruciale! Mais comment devient-on sauveteur minier, au juste?

Un processus bien défini permet d’évaluer les aptitudes et l’état de santé des candidates et des candidats qui désirent devenir sauveteurs miniers. C’est la personne responsable du sauvetage minier, sous la direction de la mine, qui évalue en premier lieu les membres du personnel qui se portent volontaires, ou qui propose une place dans l’équipe à des collègues. « C’est ouvert à tous et toutes, mais on priorise les mineurs spécialisés. Nous voulons surtout des électriciens, des mécaniciens qui travaillent sous terre, des ingénieurs, des techniciens miniers… Nous essayons d’avoir un mélange de tout, mais on a besoin de mineurs qui savent faire fonctionner la machinerie », explique Raymond Bourdages, coordonnateur du Service de sauvetage minier pour Mine Raglan, située à Katinniq, dans le nord du Québec. Ce besoin grandissant de spécialistes dans les équipes de sauvetage minier est justifié par l’évolution du milieu, où les mines s’automatisent peu à peu, avec une présence toujours accrue des nouvelles technologies.

Les candidates et les candidats sélectionnés par la mine doivent réussir un examen médical et les épreuves de sélection imposées par les responsables du Service du sauvetage minier de la CNESST. « Une personne sera déterminée apte ou non, selon la réussite ou l’échec des épreuves. Si elle réussit, elle devient alors prête pour apprendre à faire du sauvetage minier », explique Jean Proulx, chef d’équipe du Service du sauvetage minier de la CNESST. Plusieurs qualités sont recherchées par les instructeurs : « En priorité, la personne candidate doit avoir réussi les tests médicaux et être en bonne forme physique. Nous allons aussi évaluer son degré de claustrophobie et ses aptitudes au travail d’équipe. Également, plusieurs qualités morales sont nécessaires pour être un sauveteur compétent : un bon jugement, de la discipline, un bon esprit d’équipe et la capacité à garder son sang-froid », ajoute-t-il.

Selon le chef d’équipe, lors de la formation initiale, on insiste sur la confiance que le sauveteur doit avoir en son appareil respiratoire, car il devra le porter pendant une période pouvant aller jusqu’à quatre heures lors d’une opération de sauvetage. Cet appareil respiratoire, en occurrence le BG-4, est une norme dans les minières du Québec et permet aux sauveteurs de respirer même dans des atmosphères toxiques, en raison de son système en circuit fermé. Il s’agit d’un outil indispensable pour rester en vie qui doit être maîtrisé parfaitement par l’ensemble des membres des équipes de sauvetage minier.

Une vocation alimentée par l’altruisme

En cas d’accident dans un secteur de la mine, les sauveteurs miniers sont les premiers répondants; ils utilisent leur formation pour des interventions rapides et sécuritaires. « Quoi qu’il se passe, un pansement à appliquer, un doigt ou un pied écrasé, ce sont eux qui vont intervenir en attendant l’équipe médicale », explique Raymond Bourdages. C’est pour cette raison que les équipes de sauvetage minier sont entraînées pour performer à plusieurs niveaux, en ce qui concerne tant les premiers soins que le transport de brancards et l’analyse de situations. Lors de certains événements où les conditions sont difficiles, c’est leur rôle de sortir les victimes de la mine et de les emmener jusqu’aux secours, un parcours qui peut s’étendre sur plusieurs kilomètres.

Pourquoi alors s’imposer la responsabilité d’être sauveteur minier? Les raisons sont nombreuses et révèlent un fort sentiment d’altruisme. « Le fait de porter secours à des collègues de travail dans un éventuel sinistre, c’est ce qui motive beaucoup nos sauveteurs. Le goût de porter secours devient une vocation », affirme M. Proulx. Raymond Bourdages n’est pas étranger à ces propos, puisqu’il a lui-même été entraîné dans le domaine par ce désir. « C’est un défi, un dépassement de soi et un sentiment du devoir accompli. C’est une petite fierté d’être dans l’équipe de sauvetage minier », explique-t-il.

Une formation rigoureuse

Chaque membre de l’équipe de sauvetage minier reçoit un minimum de six formations par année, données par les instructeurs du Service de sauvetage minier de la CNESST. De plus, la formation de sauveteur minier se veut uniforme à l’échelle du Québec. Ainsi, un sauveteur minier est prêt pour intervenir dans n’importe quelle mine de la province en cas de force majeure.


Instructrice ou instructeur en sauvetage minier

Former les sauveteurs… pour les préparer à toute éventualité

Par Lyndie Lévesque

Bien sûr, il n’y aurait pas de sauveteurs miniers sans ceux qui offrent la formation nécessaire pour exercer ce métier. C’est pourquoi sept postes d’instructrices et instructeurs en sauvetage minier existent au Québec. Nous nous sommes entretenus avec Philippe de la Sablonnière, un instructeur en sauvetage minier, ainsi qu’avec Fabien Bihannic, qui a aussi occupé ce poste, afin de brosser le portrait de cette fascinante profession.

Avant d’être instructeurs en sauvetage minier pour la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), Fabien Bihannic et Philippe de la Sablonnière étaient eux-mêmes sauveteurs miniers. C’est leur passion pour la profession et le désir de partager leurs connaissances qui les a poussés à faire le grand saut vers la profession d’instructeur.

De sauveteur à instructeur

« Il n’y a pas d’école ni de diplôme pour devenir instructeur », fait remarquer M. de la Sablonnière. Toutefois, les instructrices et les instructeurs reçoivent une formation dès leur entrée en poste. L’expert explique que chaque instructeur en formation est jumelé avec un autre instructeur, qui lui sert en quelque sorte de mentor le temps qu’il acquière les connaissances requises pour accomplir le travail d’instructeur en sauvetage minier. « Petit à petit, on les laisse aller seuls dans les mines et prendre la parole dans les formations. À un moment donné, ils donnent la formation tout seuls, et c’est parti! », explique Philippe de la Sablonnière, qui est lui-même passé par là avant de devenir instructeur, en 2014. Il était sauveteur minier depuis 2006. Pour sa part, Fabien Bihannic a commencé le secourisme dès l’âge de 14 ans. « Comme j’ai l’âme d’un sauveteur, je me suis embarqué là-dedans et, de fil en aiguille, j’ai atterri à Québec en tant qu’instructeur, en 2016 », raconte M. Bihannic.

L’historique de la profession

Le Service du sauvetage minier a été mis en place en 1948 à la suite d’une commission royale d’enquête, qui avait pour mandat de faire la lumière sur la catastrophe survenue le 24 avril 1947 à la mine East Malartic, où 12 travailleurs ont trouvé la mort. « Les minières ont demandé l’aide du gouvernement de l’époque et le gouvernement a répondu en imposant un programme de formation », explique Fabien Bihannic. Depuis, les instructrices et les instructeurs en sauvetage minier forment les sauveteurs miniers du Québec afin de sauver les mineurs en cas d’incendie, de dégagement de gaz nocifs ou de toute autre situation d’urgence.

Une première femme instructrice en sauvetage minier

Jean Proulx, chef du Service du sauvetage minier de la CNESST, est fier d’annoncer l’entrée en fonction de Madame Claudiane Chenel. Il s’agit de la toute première femme à devenir instructrice au sein du Service du sauvetage minier depuis sa création, en 1948!

La formation en sauvetage minier

La formation offerte à ceux et celles qui désirent s’impliquer à titre de sauveteurs miniers comporte plusieurs volets. D’abord, les instructrices et les instructeurs offrent une formation de base de trois jours, axée essentiellement sur la protection respiratoire. Ensuite, ils donnent un circuit de formation de six jours par année, c’est-à-dire qu’un sauveteur doit suivre une formation d’une journée aux deux mois. Pour conserver leur titre, les sauveteurs miniers doivent donc recevoir six formations par année. Quant aux sauveteurs substituts, ils doivent participer à au moins quatre formations annuellement.

Nombre minimal obligatoire de sauveteurs miniers selon le nombre de travailleurs*

  • 6 sauveteurs miniers: 50 travailleurs ou moins
  • 9 sauveteurs miniers : 51 à 99 travailleurs
  • 12 sauveteurs miniers : 100 à 149 travailleurs
  • 15 sauveteurs miniers : 150 à 199 travailleurs
  • 18 sauveteurs miniers : 200 à 249 travailleurs
  • 21 sauveteurs miniers : 250 travailleurs et plus

* Le nombre minimal de sauveteurs miniers dans une mine varie selon le nombre total de travailleurs dans ladite mine. Selon l’article 18 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail dans les mines (RSSM), chaque équipe de sauvetage minier doit avoir au moins trois sauveteurs substituts, en plus d’être constituée du nombre minimal obligatoire de sauveteurs.

Autres tâches connexes

En plus d’offrir une formation continue aux sauveteurs miniers du Québec, les instructeurs sont responsables de fournir les équipements de sauvetage en cas d’urgence et d’en assurer l’entretien. Ils sont également responsables de l’entretien d’un poste principal de sauvetage et de plusieurs postes secondaires. Leurs tâches sont donc diversifiées!

Une profession gratifiante

Fabien Bihannic raconte qu’un jour, en se rendant à une mine, il a pu aider une personne coincée dans son véhicule après un accident de la route. « Ce gars-là, après huit mois d’arrêt de travail, a repris le boulot et m’a dit : « Fabien, je veux être sauveteur ». On l’a donc formé pour être sauveteur. Puis, un jour, j’ai reçu un message où il me disait : « Je te remercie de m’avoir formé en tant que sauveteur, j’ai sauvé une vie aujourd’hui » », se remémore-t-il avec émotion.

Faire carrière en tant qu’instructeur ou instructrice

Le sauvetage minier vous passionne et vous aimeriez former les sauveteurs miniers du Québec? Le Service du sauvetage minier recrute des instructeurs et des instructrices à Val-d’Or. Pour en savoir plus, consultez la section Carrières du site Web de la CNESST.

Les bénéfices d’une compétition annuelle

Aux yeux de Philippe de la Sablonnière, la tenue de la compétition annuelle de sauvetage minier revêt une grande importance pour la reconnaissance des sauveteurs qui étudient et s’entraînent pour y participer. M. de la Sablonnière qualifie d’ailleurs la compétition d’« école » : des problèmes sont présentés et les sauveteurs sont évalués sur les manœuvres qu’ils entreprennent pour les régler. « C’est aussi une façon de remercier les sauveteurs et les minières de s’impliquer », conclut-il.


Infirmière ou infirmer dans les mines

Portrait d’une profession valorisante

Par Lyndie Lévesque

Des infirmières et des infirmiers œuvrent dans les mines du Québec pour assurer la santé et la sécurité du personnel. Afin de lever le voile sur les tâches spécifiques au secteur minier qui sont associées à cette profession, nous avons eu un entretien avec Johanne Laliberté, Lucie Ruest et Claude Bégin. À eux trois, ils cumulent plus de 60 ans d’expérience dans le domaine.

Les trois intervenants que nous avons interviewés s’entendent pour dire que la profession d’infirmière et d’infirmier dans les mines est loin d’être routinière. « Les journées remplies d’imprévus font la beauté de la profession, raconte fièrement Claude Bégin, infirmier à la mine LaRonde. On peut traiter des blessures mineures, comme des coupures, jusqu’à l’infarctus, en passant par des problèmes de santé mentale. »

Une journée type

Le « rush » commence dès le début de la journée. Dès qu’ils ont un doute sur leur état de santé, les travailleurs miniers sollicitent les services du personnel infirmier pour s’assurer d’être disposés à travailler. « Parfois, j’ai encore mon manteau sur le dos », indique Johanne Laliberté, infirmière chez Eldorado Gold Québec, en riant. Pour elle, la journée commence dès 6 h. Selon la nature des consultations, l’infirmière ou l’infirmier dirige les travailleurs vers les ressources appropriées, que ce soient les services de physiothérapie ou de psychologie. Le personnel infirmier peut également décider que le travailleur sera transporté à l’hôpital le plus près, si cela s’avère nécessaire. Le cas échéant, c’est au personnel infirmier d’évaluer les moyens d’acheminer le blessé vers l’hôpital. Il choisira entre le faire transporter en taxi ou en ambulance ou le reconduire personnellement. De même, quand un travailleur est dans une position fâcheuse, il peut être appelé à descendre sous terre pour coordonner les soins, mais il ne s’agit pas là de la majeure partie de son travail. « L’infirmière dans une mine porte beaucoup de chapeaux. […] Il faut savoir, justement, quand porter le bon », statue Mme Laliberté avec un sourire qui se devine à l’autre bout du fil. Elle explique que le personnel infirmier administre bien sûr les premiers soins d’urgence, mais qu’il doit également réaliser des tâches administratives, donner des conseils et planifier des formations, entre autres.

Lorsque le quart de travail prend fin, le personnel infirmier demeure de garde 24 h/24. Il doit donc rester disponible et peut être appelé à intervenir en cas d’urgence à la mine. Ces urgences peuvent prendre plusieurs formes. Par exemple, la présence de l’infirmière ou de l’infirmier est requise sur place en cas d’accident ou d’incendie ou si un employé se présente à la mine dans un état qui ne lui permet pas de remplir ses fonctions. Le personnel infirmier doit alors prendre en charge les blessés, au besoin.

Agir de façon préventive

Si aucune formation supplémentaire n’est requise pour pratiquer les soins infirmiers en milieu minier, les trois spécialistes de la santé affirment que l’expérience à l’urgence, aux soins intensifs et même en santé mentale est un atout non négligeable. En effet, dans les hôpitaux, les infirmières et les infirmiers sont entourés de personnel soignant. Dans une mine, ils sont souvent seuls. « On évite de prendre des risques », rapporte Johanne Laliberté, qui explique que la gravité d’une blessure est toujours évaluée à la hausse.

La prévention est au cœur du travail de ces infirmières et infirmiers. En ce sens, ils participent à la mise en œuvre des programmes d’éducation et de sensibilisation visant à promouvoir et à maintenir la santé, la sécurité, le bien-être et la qualité de vie des travailleurs et travailleuses. D’autre part, ils rencontrent chacun des employés annuellement et assurent la tenue de leur dossier médical selon les normes de l’industrie.

Le personnel infirmier est rassurant aux yeux des travailleurs, qui n’hésitent pas à se rendre à l’infirmerie en cas de besoin. Il s’agit là d’une victoire pour Lucie Ruest, infirmière à la mine Matagami, qui raconte avoir observé une évolution positive à ce sujet. « Les travailleurs sont moins réfractaires à aller consulter qu’avant », indique celle qui insiste auprès d’eux sur le fait qu’une simple coupure peut rapidement s’infecter et devenir bien plus grave.

Une gratitude inégalée

Ces infirmières et infirmiers carburent à la confiance qui leur est accordée au quotidien. Aux yeux de Mme Ruest, le milieu minier offre « la gratitude d’exécuter le métier d’infirmière à part entière ». Mme Laliberté abonde dans le même sens. Pour elle, le plus gratifiant est la reconnaissance qu’elle reçoit de ceux qu’elle a soignés. « Merci, Johanne, tu as fait en sorte que je ne suis pas plus gravement malade » ou « Tu m’as sauvé la vie » sont des phrases qui donnent un sens à sa profession.


Représentante ou représentant à la prévention

Travailler sur plusieurs fronts à la fois

Par Lyndie Lévesque

Mécanicien de machinerie lourde aux Mines Seleine, Claude Bénard a aussi porté, pendant plusieurs années, les titres de représentant à la prévention, de représentant des travailleurs, de sauveteur minier, de membre des comités 3.57 et 3.57.1 de la CNESST ainsi que de membre du conseil d’administration de l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur minier (APSM). Rencontre avec un homme impliqué pour qui la prévention est un véritable moteur!

Si Claude s’implique autant dans son milieu de travail, c’est qu’il est un grand passionné. « C’est certain que ça me tient pas mal occupé, mais la santé-sécurité m’a toujours tenu à cœur », explique celui qui porte plusieurs chapeaux au sein de son organisation.

Marier machinerie lourde et prévention

Claude Bénard a été représentant à la prévention de 1988 à 2020, ce qui en fait très certainement l’un de ceux qui ont eu ce titre le plus longtemps au Québec. Grâce à ce poste, il disposait de temps pour faire progresser les démarches en prévention. Ainsi, chaque semaine jusqu’en décembre dernier, 15 heures de son horaire étaient consacrées à des tâches telles que l’inspection des lieux de travail, la réception des copies des avis d’accidents et les enquêtes sur les événements ayant causé ou qui auraient été susceptibles de causer un accident. Il lui revenait aussi, entre autres, de recenser les situations à risque pour les travailleurs. Le nombre d’heures consacrées à ces tâches est déterminé en fonction du nombre d’employés. « Les représentants à la prévention des plus grosses mines doivent souvent laisser de côté leur occupation principale. Mais, moi, j’ai eu la chance de pouvoir continuer à faire les deux », indique-t-il.

Aux Mines Seleine, le représentant à la prévention est un travailleur syndiqué de la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) choisi parmi l’ensemble des travailleurs de l’établissement; il exerce diverses fonctions liées à la santé et à la sécurité du travail dans l’organisation. Si Claude Bénard a renoncé à son titre de représentant à la prévention en décembre dernier, c’est pour laisser la chance aux travailleurs plus jeunes. « En plus de 30 ans, personne ne s’est jamais présenté contre moi. Je devais bien faire la job! Le jour où j’ai décidé que je cédais ma place, il y en a trois qui se sont présentés », raconte-t-il fièrement. Maintenant que ce chapitre est derrière lui, M. Bénard prend plaisir à chaperonner son successeur et à répondre aux appels en matière de prévention qui lui sont encore acheminés de temps à autre.

Un quotidien bien rempli

En plus de réaliser ses tâches en machinerie lourde et en prévention, M. Bénard siège au Comité-conseil sur la révision du Règlement sur la santé et la sécurité du travail dans les mines (3.57) ainsi qu’au Comité-conseil sectoriel du conseil d’administration sur le suivi du Plan d’action dans les mines souterraines de la CNESST (3.57.1). Il est aussi membre du conseil d’administration de l’APSM. De plus, Claude Bénard a été sauveteur minier de 1989 à 2020. Dans l’exercice de ses fonctions, il était appelé à intervenir sur les lieux d’incidents et d’incendies. Il devait d’ailleurs participer à sa dernière compétition de sauvetage minier au printemps 2020 alors qu’elle se tenait chez lui, aux Îles-de-la-Madeleine. Toutefois, la COVID-19 en a décidé autrement. « C’est sûr que c’est dommage que ça se termine comme ça pour moi, mais je garde de bons souvenirs des compétitions », nous confie-t-il.

Une chose est claire : Claude Bénard a la santé et la sécurité du travail à cœur. « Finalement, toute ma carrière aura tourné autour de la prévention : même la mine pour laquelle je travaille produit le sel qui sert à déglacer les routes du Québec en hiver! », conclut M. Bénard.


Surintendante ou surintendant en santé et sécurité

Coordonner la santé et la sécurité dans les mines

Par Lyndie Lévesque

Dans certaines mines, les professionnels œuvrant dans le domaine de la SST sont supervisés par un surintendant en santé et sécurité. C’est le titre que porte Claude Jutras au sein des Mines Agnico Eagle depuis maintenant neuf ans. Il nous a parlé de ce qui le motive à exercer cette profession hors normes.

Selon M. Jutras, il n’existe pas de formule magique pour devenir surintendant en santé et sécurité; c’est souvent la somme des expériences qui amène à porter ce chapeau. « Ça prend assez d’expérience en santé et en sécurité pour être capable de bien comprendre la réalité de l’ensemble des départements », indique celui qui évolue dans le milieu minier depuis plus de 25 ans. Il a commencé sa carrière dans les bureaux de santé, puis est devenu conseiller, coordonnateur et, finalement, surintendant. Il importe de mentionner qu’il siège aussi au sous-comité sur les mines souterraines du comité 3.57.

Dans le cadre de ses fonctions, Claude Jutras orchestre les activités du service de santé et de sécurité dans son ensemble. Son défi? Garder tous les employés motivés. « En santé et sécurité, on n’obtient pas toujours des résultats tangibles, qui se mesurent dans la prochaine minute ou dans la prochaine heure, souligne-t-il. Mais une chose qu’on peut faire, c’est de mesurer la portée de nos actions, puis de rester motivés par rapport aux actions qu’on pose. »

L’affaire de tous

« La santé et la sécurité, c’est l’affaire de tout le monde », soutient l’expert. D’ailleurs, il retire une grande motivation de la curiosité des travailleuses et des travailleurs qui l’entourent. « J’adore voir des gens curieux qui se posent des questions sur ce qu’on fait et sur comment on le fait, qui remettent les choses en question pour faire avancer la santé et la sécurité dans les mines », raconte-t-il avec passion.

Mieux gérer les comportements

Une fois que les protocoles sont implantés, le surintendant explique que le milieu doit continuer de se remettre en question pour devenir meilleur. À ses yeux, le défi des prochaines années réside dans la gestion des comportements. « Il y a des gens pour qui faire de la gestion de comportement, c’est faire de la gestion disciplinaire. Pour moi, le défi n’est vraiment pas là, au contraire, déplore Claude Jutras. Il faut plutôt développer l’habitude de renforcer, de valoriser et de récompenser les bons comportements. À la longue, on ne les remarque plus, les belles choses qu’on fait. »

Quant aux « mauvais comportements », l’expert explique qu’il s’agit d’actions non sécuritaires. Si, selon lui, il est rare que les gens fassent les mauvaises choses intentionnellement, il est toutefois d’avis que ces actions sont posées pour une raison. « Certaines personnes voient un avantage à faire les choses ainsi, dit-il. Il faudra, dans les prochaines années, que les travailleurs et les employeurs se posent les questions suivantes : Qu’est-ce qui cause ces comportements non sécuritaires? Qu’est-ce que les gens ont l’impression de “gagner” en les faisant? Puis, il faudra travailler sur cette perception de “gain” pour que ce soit gagnant aussi du côté de la santé et de la sécurité. »

En terminant, M. Jutras, qui prendra une retraite bien méritée à la fin de l’année 2021, encourage les gens à voir la santé et la sécurité dans les mines comme une source de valorisation et non comme un fardeau. « C’est prendre soin des autres. C’est aimer les gens avec lesquels on travaille », conclut-il.

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