Travaux de soudage : Des vêtements de protection obligatoires

Dans les dernières années, la CNESST a constaté que, malgré le port de vêtements de protection, plusieurs soudeurs subissent des brûlures pendant les travaux de soudage. Ce constat a amené la Commission à se pencher sur la qualité des vêtements de protection mis à la disposition des soudeurs au Québec.

De 2008 à 2013, 583 dossiers liés à des cas de brûlures chez des travailleurs pratiquant la profession de soudeur ont été ouverts à la CNESST. De 2005 à 2014, trois travailleurs et un employeur sont morts à la suite de l’embrasement de leurs vêtements pendant des travaux de soudage. Pour remédier à ces problématiques, deux guides ont été conçus par la CNESST afin de permettre aux intervenants de concevoir et d’utiliser des vêtements de protection appropriés aux travaux de soudage. Le premier, à l’intention des fabricants, vise à les sensibiliser aux exigences en matière de santé et sécurité du travail (SST) dans la conception des vêtements de protection. Le second a été fait pour aider les utilisateurs à faire un choix et un entretien judicieux des vêtements de protection. « Le but de la dé-marche est d’éliminer les brûlures pendant les travaux de soudage, parce que ce n’est pas normal que, malgré le port d’équipements de protection contre les brûlures, les travail-leurs subissent des lésions en raison d’une exposition au métal en fusion », explique Sèdoté Ghislain Hounkpe, ingénieur et conseiller-expert en prévention-inspection à la Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention de la CNESST. Dans une démarche de prévention, il faut d’abord chercher à éliminer le risque à la source. Si ce n’est pas possible, il faut envisager des mesures de réduction et de contrôle du risque. Le responsable du dossier sur les vêtements de protection pour les travaux de soudage ajoute : « comme les équipements de protection individuelle sont le dernier recours pour notre protection, on ne s’attend pas à ce qu’ils nous laissent tomber quand vient le temps de se protéger ». Des solutions devaient être mises en place. Des tests ont donc été réalisés sur des échantillons de vêtements de protection pour les travaux de soudage et les techniques connexes fournis par des fabricants. Les résultats obtenus ont démontré que « la plupart des vêtements de protection qui circulent sur le marché ne protègent pas contre les risques de brûlure », souligne-t-il.

Des risques à enrayer

Dans le métier de soudeur, plusieurs risques peuvent nuire à la santé des travailleurs. Parmi ceux-ci, il y a la présence de rayons ultra-violets, le bruit et les fumées de soudage qui se produisent lors des travaux. Des risques pour la sécurité des travailleurs sont également présents. En effet, pendant les travaux, le soudeur est exposé à une chaleur intense. Il peut être brûlé par des flammes, des étincelles ou des particules de métal en fusion. De plus, même si les poussières combustibles générées lors des opérations sont captées à la source, elles peuvent toujours s’accumuler sur les vêtements du travailleur et devenir du carburant pour un éventuel embrasement. Des risques d’électrisation et d’électrocution sont également présents lors des travaux de soudage. L’article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) stipule que « l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité et l’intégrité physique du travailleur ». À cet égard, l’employeur doit, entre autres, « fournir gratuitement au travailleur tous […] les moyens et équipements de protection individuels ou collectifs déterminés par règlement et s’assurer que le travailleur, à l’occasion de son travail, utilise ces moyens et équipements ». Le port d’un équipement de protection approprié à la nature de son travail est obligatoire pour un travailleur exposé à des objets brûlants et à du métal en fusion, notamment. Pour se protéger contre les risques de brûlures, il est donc important de bien s’équiper et de porter des vêtements de protection adéquats et des accessoires complémentaires.

Photo d'une personne qui effectue des travaux de soudage en portant des vêtements de protection.
Photo : Shutterstock

Vers des vêtements de protection certifiés ISO 11611 obligatoires

Les vêtements de protection pour les travaux de soudage et les techniques connexes doivent assurer la protection des travailleurs contre les risques de brûlures. La norme ISO 11611 sur les vêtements de protection utilisés pendant le soudage et les techniques connexes de l’Organisation internationale de normalisation (ISO) prescrit deux modèles permettant une protection adéquate de l’utilisateur contre les risques découlant des travaux de soudage. Ils peuvent se présenter en une seule pièce sous forme de combinaison ou en deux pièces, comme une veste et un pantalon. Les deux modèles offrent une protection du cou jusqu’aux chevilles, en passant par les bras, le tronc et les jambes. Pour ce qui est de la veste, celle-ci doit être suffisamment longue pour couvrir une partie du pantalon. De plus, des gants et des bottes sont nécessaires. Cette norme détermine « les exigences essentielles de sécurité minimales et les méthodes d’essai des vêtements de protection, comprenant les cagoules, les tabliers, les manches et les guêtres, destinés à protéger le corps de l’utilisateur, y compris la tête (cagoules) et les pieds (guêtres), et qui doivent être portés durant des opérations de soudage et d’autres techniques connexes ayant des risques comparables », indique le site Internet de l’ISO. « Ce sont des vêtements qui sont fabriqués avec des tissus capables de résister à la chaleur radiante et au métal en fusion pendant le soudage, indique Sèdoté Ghislain Hounkpe. La couture du matériel est tout aussi importante, car on ne veut pas que des jets de métal en fusion se logent dans des plis du vêtement pour éventuellement le perforer et brûler la peau du travailleur », prévient-il.

La CNESST a collaboré avec le Bureau de normalisation du Québec (BNQ), un organisme de normalisation agréé pour la certification des produits. Le BNQ a mis en place le protocole de certification pour les vêtements de protection pendant le soudage et les techniques connexes BNQ 1923-611. Le Bureau est maintenant prêt à procéder à la certification de ces vêtements. Celle-ci se fait conformément aux exigences de la norme ISO 11611. Plusieurs aspects sont pris en compte, selon le site Internet du BNQ, tels la conception et l’entretien du vêtement et des accessoires supplémentaires, la résistance à plusieurs éléments comme la traction, le déchirement, la propagation de flammes, la chaleur ou la projection de métal en fusion.

Des articles d’habillement de protection supplémentaire d’une grande importance

Plusieurs accessoires peuvent s’avérer nécessaires pendant les travaux de soudage, puisqu’ils apportent une protection complémentaire au travailleur. Les plus connus sont le bonnet, la cagoule, le tablier, les manches et les guêtres. En combinant tous ces équipements de protection, le travailleur se protège contre les risques de brûlure lors des travaux de soudage. « Les articles d’habillement de protection supplémentaire sont importants parce que les vêtements de protection ne couvrent pas le corps au complet, affirme Sèdoté Ghislain Hounkpe. On a besoin de couvrir et protéger les yeux, la tête, les mains, de même que les avant-bras et les pieds », poursuit-il.

Le soudage comporte plusieurs risques et exige beaucoup de précautions. Les soudeurs doivent adopter des méthodes de travail sécuritaires en tout temps pour assurer leur santé et leur sécurité. « Le port des équipements de protection individuelle ne va pas empêcher la survenue d’accidents et ne peut pas garantir la sécurité du travailleur dans tous les scénarios d’accidents. Les méthodes de travail sont aussi importantes pour assurer la protection du soudeur », souligne Sèdoté Ghislain Hounkpe. Dans le même ordre d’idée, un vêtement certifié ISO 11611 mal porté n’apporte pas une protection suffisante au travailleur. Ainsi, le soudeur doit « essayer plusieurs modèles de vêtements et prendre celui qui est le mieux adapté à son gabarit », explique-t-il.

L’entretien : tout aussi important !

Selon les guides élaborés par la CNESST, l’entretien des vêtements de protection et des articles d’habillement de protection supplémentaire permet de prolonger la durée de vie de ces derniers et de bénéficier pleinement de la protection qu’ils offrent. Plusieurs étapes sont nécessaires pour y parvenir. Tout d’abord, il y a le nettoyage des vêtements de protection. Cette opération doit libérer l’équipement de toute odeur et de tout résidu. Le vêtement de protection doit être propre et nettoyé selon les recommandations du fabricant. Ensuite, l’inspection visuelle permet de vérifier l’état du vêtement et d’observer s’il a conservé sa protection. Puis, la réparation et le contrôle ne sont permis que s’ils ne changent pas les propriétés des tissus du vêtement. Si le nombre maximal de nettoyages est atteint ou si le vêtement ne peut être réparé, il faut se procurer de nouveaux vêtements de protection. Finalement, le vêtement de protection doit être entreposé au sec, dans un endroit propre, à l’abri de l’humidité, des rayons ultra-violets, de la poussière, de la lumière et des contaminants tels que les huiles.

Pour que tous les intervenants dans les tâches de nettoyage, de réparation et d’entreposage comprennent les exigences associées au maintien des propriétés des vêtements de protection pour les travaux de soudage, la CNESST s’est assurée de les avoir autour de la table de discussion. « Pendant qu’on rencontrait les fabricants de vêtements de protection pour les travaux de soudage, on s’est assuré d’avoir aussi les nettoyeurs qui offrent l’entretien de ces vêtements aux établissements pour qu’ils sachent comment se conservent les propriétés des vêtements [lors du nettoyage] », mentionne Sèdoté Ghislain Hounkpe.

Même si les deux guides sont sortis depuis déjà plusieurs mois, le dossier des vêtements de protection pour les travaux de soudage n’est pas clos. Bien au contraire, plusieurs fabricants travaillent actuellement avec le BNQ pour faire certifier leurs vêtements de protection de manière à assurer leur conformité à la norme ISO 11611. Par la suite, dès que ces vêtements seront offerts sur le marché, les inspecteurs pourront exiger des employeurs qu’ils fournissent aux soudeurs des vêtements de protection certifiés ISO 11611 ou des vêtements de protection qui offrent une protection équivalente à celle prescrite par la norme. Cette exigence est relative au respect de l’article 345 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST), qui exige le port d’un équipement de protection approprié à la tâche pour tout travailleur exposé à des objets brûlants, qu’il s’agisse de métal en fusion ou d’autres substances dangereuses.

Voilà une manière de mieux s’équiper pour mieux se protéger !

Pour en savoir plus sur les vêtements de protection ou les accessoires obligatoires pour les travaux de soudage, consultez les deux guides de la CNESST :