Solitude au travail : même en présentiel, on n’y échappe pas!

Par Mélina Nantel

28 avril 2026

Illustration : François Escalmel

Le chiffre a de quoi surprendre : une personne sur cinq se sent seule au travail. Chez les 18 à 34 ans, cette proportion est encore plus élevée. Présentiel, hybride ou virtuel : la solitude s’installe partout. Et ce n’est pas banal. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la solitude prolongée nuirait à la santé autant que fumer 15 cigarettes par jour! Mais pourquoi y a-t-il tant de solitude au travail? Et surtout, comment y remédier? Marie-Claude Pelletier, présidente et fondatrice du centre d’expertise Global-Watch, une plateforme internationale en santé mentale et bien-être au travail, nous éclaire.

« L’être humain est grégaire, il a besoin de liens sociaux », explique Marie-Claude Pelletier. Son équipe a commandé un sondage Léger, effectué auprès de 582 travailleuses et travailleurs québécois : 20 % d’entre eux affirment se sentir seuls dans leur milieu professionnel. Et même parmi ceux et celles qui travaillent en présentiel, 15 % vivent cette réalité. Chez les 18 à 34 ans, les proportions sont encore plus élevées – notamment parce que plusieurs ont entamé leur carrière en pleine pandémie, sans avoir l’occasion de tisser des liens amicaux au travail. « À cet âge-là, on a besoin de développer des relations, d’apprendre aux côtés de collègues plus expérimentés, de se sentir intégré dans une équipe. La détresse psychologique est d’ailleurs plus élevée chez les jeunes », explique l’experte.

La solitude est aussi le reflet d’une société où les repères communautaires s’effritent : « Les familles sont éclatées, on ne connaît plus nos voisins, et il n’y a presque plus de lieux de rassemblement naturel, dit-elle. Pour plusieurs, le travail est devenu la principale source de lien social. »

Une organisation du travail peu propice aux échanges

Mais pourquoi les employées et employés se sentent-ils seuls? Selon le sondage Léger, 23 % disent travailler en solitaire. Pour 11 % d’entre eux, il s’agit d’une mauvaise ambiance de travail. D’autres évoquent l’absence de liens amicaux (11 %) ou un manque de soutien des gestionnaires (11 %).

Souvent, la culture organisationnelle individualiste et la pression liée à la performance laissent peu de place aux échanges informels. Les interactions se limitent à l’essentiel, à la dimension fonctionnelle. Même les espaces physiques, pensés pour l’efficacité, ne favorisent pas toujours la convivialité. « Certains vont au bureau deux jours par semaine, mais passent la journée entière sur Teams, sans interaction réelle », note Marie-Claude Pelletier. Les aires ouvertes trop vastes ou, à l’inverse, les cubicules fermés limitent les rencontres spontanées. Résultat : même au bureau, on peut se sentir seul.

Des conséquences bien réelles

La socialisation est un pilier fondamental de la santé. Le manque de liens sociaux serait associé à un risque accru d’AVC, d’anxiété, de démence et de dépression. En milieu de travail, les conséquences sont tout aussi tangibles : la performance peut baisser de 35 %, et le risque d’épuisement, grimper de 39 %. « La solitude est un risque pour les organisations », martèle Marie-Claude Pelletier.

Les membres du personnel qui se sentent seuls sont plus souvent malades et moins résilients. Leur engagement s’effrite, tout comme leur loyauté. Ils sont parfois plus enclins à quitter leur emploi, dans un phénomène qu’on qualifie parfois de great resignation (grande démission). Pour les employeurs, il s’agirait là d’un enjeu de rétention majeur. « Quand on crée des liens, on améliore le climat de travail, on développe plus d’empathie, de tolérance. On découvre l’humain derrière la fonction et on collabore mieux », souligne Mme Pelletier.

Miser sur le lien pour rebâtir la confiance

Briser la solitude, c’est aussi investir dans la performance collective. Des relations solides favorisent la collaboration, l’innovation, la sécurité psychologique – et une meilleure capacité d’adaptation. « Aujourd’hui, la résilience est un défi d’entreprise. Et cette résilience passe par des liens humains solides », insiste l’experte.

Il importe aussi de préciser que, même en télétravail, des solutions existent pour maintenir les liens. Par exemple, on peut commencer une rencontre d’équipe par cinq minutes d’échanges informels ou encore créer des canaux de discussion spécialement dédiés aux échanges entre collègues. Et quel est l’avis de Mme Pelletier sur l’obligation de venir au bureau en personne? Selon elle, le présentiel doit être établi de manière stratégique et selon la réalité de chaque organisation : « À titre d’exemple, on peut exiger la présence deux jours par semaine minimum au bureau et on s’assure que ces deux jours sont les mêmes pour tous les membres d’une équipe. Il est aussi possible de tenir les réunions en présentiel et de maximiser les occasions d’interagir informellement. »

Les solutions que propose l’experte aux gestionnaires pour combattre la solitude :

  • repenser les espaces de travail pour favoriser les interactions naturelles;
  • créer des groupes de ressources pour les travailleuses et travailleurs (clubs sociaux, mentorat);
  • mettre en valeur le travail collaboratif grâce à des projets transversaux;
  • encourager les pauses café et les lunchs d’équipe;
  • mesurer le sentiment d’appartenance au moyen de sondages internes.

Des gestes simples, mais puissants

Il ne faut jamais oublier que les cadres, eux aussi, peuvent se sentir seuls. Ils doivent cependant « mettre leur propre masque à oxygène » avant d’aider les autres, explique Marie-Claude Pelletier. Réseautage, groupes de codéveloppement, clubs d’affaires, groupes de pairs aidants pour gestionnaires, etc. De nombreuses ressources existent pour briser leur isolement. Pour les travailleuses et les travailleurs aussi, de petits gestes peuvent vraiment aider : saluer ses collègues, engager la conversation, poser des questions personnelles, participer à la vie d’équipe, s’impliquer dans les comités ou les événements sociaux. Et surtout, on doit oser en parler, car verbaliser sa solitude, c’est déjà commencer à la briser.

« Les membres du personnel qui se sentent seuls sont plus souvent malades et moins résilients. »

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