Un travailleur est grièvement brûlé

Par Geneviève Chartier

19 juillet 2022

En juin 2021, un travailleur collait un revêtement de plancher souple dans l’escalier d’une résidence en rénovation à l’aide d’un adhésif inflammable et volatil. Lorsqu’une déflagration est survenue au sous-sol, le travailleur a été projeté à travers une cloison et a été gravement brûlé.

Que s’est-il passé?

L’entreprise qui employait le travailleur s’était vu octroyer un contrat de travail pour la fourniture et l’installation de revêtement de plancher souple de type tapis dans les escaliers du bâtiment où a eu lieu l’accident. Selon les informations obtenues, pour installer un revêtement de plancher dans un escalier, l’entreprise appliquait la méthode suivante : les travailleurs taillaient des morceaux de tapis aux dimensions requises à l’aide d’un couteau à lame rétractable et d’une règle. Ensuite, ils appliquaient une couche de colle contact — un produit inflammable — au dos des morceaux de tapis taillés et l’étendaient à l’aide d’une retaille de tapis. Ils attendaient 15 à 20 minutes afin que la colle sèche, pour assurer une bonne adhérence au sol. Puis, ils étendaient une couche de colle contact sur les premières marches au bas de l’escalier et y installaient les morceaux de tapis. Il importe de préciser que l’installation d’un revêtement de plancher souple dans un escalier comportant en moyenne 12 ou 13 marches nécessite environ 9 L d’adhésif, soit environ la moitié d’un contenant de 18,9 L utilisé sur les chantiers. L’adhésif utilisé est une colle contact spécialement conçue pour l’encollage de tapis sur du bois, du contre-plaqué, des panneaux de particules ou de métal. Lors de l’usage de ce produit, les travailleurs portent un appareil de protection respiratoire de type respirateur à demi-masque avec des cartouches contre les composés organiques volatils.

À son arrivée sur les lieux, le jour de l’accident, le travailleur, qui était accompagné d’un collègue, est descendu au sous-sol, s’est assuré que le système de chauffage électrique était éteint et a ouvert les deux fenêtres des deux chambres. Par la suite, lui et son collègue ont pris les mesures des escaliers et ont taillé des morceaux de tapis au rez-de-chaussée de la résidence. Puis le travailleur a étendu une couche de colle contact au dos des morceaux. Il a descendu un contenant de colle contact au sous-sol, puis a étendu une couche de colle sur les premières marches de l’escalier. Il a ensuite descendu les autres morceaux préalablement taillés de tapis.

Alors qu’il déposait le dernier morceau de tapis sur la pile, une déflagration s’est produite. Les fenêtres du sous-sol ont été soufflées et le travailleur a été projeté à travers un mur. Une boule de feu est montée par la cage d’escalier du sous-sol et a roulé au plafond. Deux travailleurs qui s’affairaient à l’extérieur du bâtiment ont porté secours au travailleur accidenté, qui était parvenu à sortir seul de la maison. Le travailleur a été transporté à l’hôpital en ambulance, alors que les services d’incendie ont tenté d’éteindre le feu qui faisait rage dans le bâtiment. Le travailleur a subi des brûlures importantes sur plusieurs parties de son corps.

Mesures de prévention à prendre lors de l’utilisation de produits inflammables

  • Mesurer régulièrement la concentration des gaz inflammables dans l’environnement
  • Ventiler les lieux en continu et de façon suffisante
  • Respecter les mises en garde qui figurent dans la fiche de données de sécurité du fabricant des produits utilisés

Qu’aurait-il fallu faire?

Selon la fiche de données de sécurité de la colle contact, le point d’éclair (point d’inflammabilité) du produit est de -18 degrés Celsius. Cette fiche précise aussi que le produit doit être utilisé en plein air ou dans un endroit bien aéré, puisqu’il y a un risque d’accumulation de vapeurs inflammables susceptibles de former des mélanges explosifs avec l’air dans un endroit confiné (comme un sous-sol).

Le jour de l’accident, la température ambiante était supérieure au point d’éclair du produit. De plus, aucune ventilation mécanique n’était en place. La seule ventilation au sous-sol provenait de la ventilation naturelle offerte par l’ouverture des deux fenêtres situées au haut des murs. Puisqu’elles étaient localisées en hauteur, ces fenêtres ne permettaient pas l’évacuation des vapeurs inflammables, qui ont une densité plus lourde que celle de l’air. Les vapeurs inflammables se sont donc accumulées au niveau du sol dans l’environnement de travail, jusqu’à atteindre puis à dépasser les limites inférieures d’explosivité des principaux produits de la colle contact. Ainsi, le mélange formé par l’air ambiant et les vapeurs inflammables est devenu susceptible de s’enflammer ou d’exploser au contact d’une source d’ignition dans l’environnement. En raison de l’état de la résidence après l’incendie, la source d’ignition à l’origine du brasier et de la déflagration n’a pas pu être identifiée avec précision. Les sources d’ignition peuvent être nombreuses. De plus, il s’avère pratiquement impossible de contrôler tous les phénomènes électriques susceptibles de produire une source d’ignition. C’est pourquoi il est impératif que des mesures de prévention pour empêcher l’accumulation des vapeurs inflammables soient mises en place, comme une ventilation naturelle et mécanique adéquate.

Personne-ressource : Pierre Privé, coordonnateur aux enquêtes, Direction générale de la gouvernance et du conseil stratégique en prévention à la CNESST

Enquête réalisée par : Marie-Pier Massicotte et Pierre D’Amours, inspecteurs à la CNESST

Pour en savoir plus

Rapport d’enquête

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