Escouade prévention jeunesse

Une nouveauté pour soutenir les jeunes qui se préparent à intégrer le marché du travail

Par Karolane Landry

13 septembre 2022

Cet automne, quatre étudiantes et étudiants universitaires (agentes et agents de prévention employés de la CNESST) visiteront des écoles secondaires du Québec offrant le Parcours de formation axée sur l’emploi (PFAE), dans le cadre d’un projet pilote. Ils iront dans les classes pour animer des ateliers sur les normes du travail, sur l’équité salariale et sur la santé et la sécurité du travail dans le but d’outiller les jeunes et de les sensibiliser. Cap sur cette nouveauté avec les conseillères ayant participé à son élaboration!

L’Escouade prévention jeunesse, inscrite à la Stratégie jeunesse 2020-2023, vient s’ajouter à l’offre de service des escouades de prévention de la CNESST. En effet, au cours de la période estivale, l’Escouade prévention nouveaux travailleurs (anciennement connue sous le nom d’Escouade jeunesse) offre des ateliers de sensibilisation à la SST en milieu de travail auprès des nouvelles travailleuses et des nouveaux travailleurs de tous les âges, en compagnie de leur employeur. De plus, l’Escouade prévention auprès des travailleurs étrangers temporaires (TET) se déplace pour rencontrer les travailleuses et travailleurs du secteur agricole ainsi que leurs employeurs pour les informer de leurs droits et de leurs obligations en matière de travail. Tout au long de l’année, les employeurs de TET peuvent aussi compter sur des activités d’aide-conseil personnalisées. Quant à l’Escouade prévention jeunesse dont il est question ici, elle permet de joindre, pendant l’année scolaire, une clientèle bien précise, soit des jeunes cumulant divers facteurs de vulnérabilité.

Un projet inédit

Depuis deux ans déjà, une équipe travaille d’arrache-pied sur ce projet, qui lui tient particulièrement à cœur. Toutefois, son déploiement a dû être reporté à plusieurs reprises à cause de la pandémie de COVID­19. En phase pilote dès la rentrée scolaire de septembre, le programme sera d’abord implanté dans quatre régions : Estrie, Montérégie, Laval et Laurentides. « On veut d’abord s’assurer de tester nos ateliers et nos activités. Ce qu’on vise, pour la première année, ce n’est pas nécessairement de rencontrer un grand nombre de jeunes, mais surtout d’effectuer des interventions de qualité, de prendre le temps d’observer et de noter ce qui fonctionne bien et ce qui pourrait être amélioré », mentionne Julie Raymond, conseillère en concertation à la CNESST. Ensuite, le projet pourra être déployé dans d’autres régions, puis dans l’ensemble du Québec.

Trois métiers semi-spécialisés pouvant être pratiqués par les jeunes du PFAE

  • Commis de plancher dans les magasins à grande surface
  • Manutentionnaire
  • Aide-cuisinier(ère)

Une clientèle bien particulière

Le PFAE est un programme de deuxième cycle présent dans plusieurs écoles secondaires du Québec. Il s’adresse à des jeunes âgés de 15 à 17 ans qui ont, notamment, des difficultés d’apprentissage. Durant leur cheminement, ceux-ci alternent le travail et les études afin d’être orientés rapidement vers une carrière et de conserver leur motivation et leur soif d’apprendre. Le PFAE offre deux types de formations : l’une est préparatoire au travail et l’autre mène à l’exercice d’un métier semi­-spécialisé. « Ça faisait des années qu’on se disait qu’il fallait développer un projet dédié aux jeunes qui cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité. En effet, les jeunes du PFAE, qui occuperont des métiers semi-spécialisés, seront encore plus à risque dans les milieux de travail. C’est pourquoi nous avons développé cette escouade », explique Ariane Gaudreau-Bégin, chef de l’équipe-prévention auprès des clientèles à la CNESST.

Cela est d’autant plus vrai que les métiers semi-spécialisés pour lesquels ces jeunes font des stages sont manuels, pour la plupart. « Même si l’on estime que ces métiers peuvent comporter beaucoup de risques, ces jeunes ne sont pas nécessairement plus outillés pour y faire face », insiste Julie Raymond. Parmi ces métiers se trouvent des postes de commis de plancher dans les magasins à grande surface, de manutentionnaire ou d’aide­-cuisinier(ère), par exemple. « En cuisine, il y a plusieurs risques : se cou­per, glisser sur un plancher, soulever des charges, etc. Il est donc important que les jeunes en soient conscients et qu’ils soient capables de les reconnaître et de proposer des solutions », ajoute-­-t­elle. Les ateliers donnés par l’Escouade représentent donc un premier contact entre ces élèves, qui quitteront bientôt l’école pour se rendre sur le marché du travail, et la CNESST.

Lors de leur visite, les agents de prévention, issus de divers programmes universitaires, notamment en lien avec l’éducation, la psychologie et l’intervention, animeront les activités. « L’objectif est vraiment que les élèves, après avoir participé à nos ateliers, comprennent qu’il y a plusieurs types de risques et qu’ils peuvent agir en ce qui concerne la SST. On veut les amener à participer et à poser des questions », explique Mme Gaudreau­-Bégin.

Premier atelier : Mieux connaître les risques SST

Pour concevoir les activités portant sur la SST, l’équipe de la CNESST a pu compter sur l’expérience et la créativité des conseillères en prévention Cynthia Camiré et Estelle Martel-Côté. Elle s’est également inspirée des recherches de la chercheuse Marie Laberge. Celle-ci s’est beaucoup intéressée au lien entre la SST et les jeunes du PFAE. Pendant la première partie de l’atelier SST, les élèves apprennent à reconnaître les types de risques. Dans le cadre d’un jeu, ils doivent associer des illustrations aux bons types de risques sur des affichettes apposées sur les murs de la classe. La deuxième partie de l’atelier SST comprend plutôt des mises en situation. « On leur présente des situations qui peuvent ressembler à ce qu’ils pourraient expérimenter dans le cadre de leurs stages et de leur emploi, puis on leur demande ce qu’ils feraient dans ces cas-là, dans le but de discuter avec eux des actions possibles à poser », poursuit Mme Gaudreau-­Bégin.

Deuxième atelier : Comprendre ce qu’est l’équité salariale et enseigner les principales normes du travail

Avant l’activité, les jeunes visionnent une capsule informative qui aborde les définitions d’équité et d’égalité. « On veut que les jeunes puissent distinguer les emplois majoritairement masculins et majoritairement féminins. On aimerait qu’ils soient capables d’identifier les caractéristiques des emplois et qu’ils connaissent l’existence de la Loi sur l’équité salariale. […] Ainsi, ils pourront faire valoir leurs droits et en parler à leur employeur et à leurs collègues lorsqu’ils seront actifs dans leurs milieux de travail », dit Maria Amalia Morales, conseillère en équité salariale à la CNESST ayant participé à l’élaboration du projet. C’est donc dans cet objectif que le concept d’un jeu d’association est proposé aux élèves. Ceux-ci observent des illustrations de métiers et doivent les jumeler avec des cartes sur lesquelles figurent des caractéristiques propres à chaque emploi. Lorsque le jeu est terminé, les agentes et agents de prévention font un retour en groupe sur l’activité et orientent la discussion sur les stages que doivent faire les élèves.

L’équipe qui s’occupe du volet des normes du travail dans le cadre de ce projet a opté, quant à elle, pour l’organisation d’un bingo. « On s’est demandé quelle activité plairait à tous. Un bingo, c’est amusant pour tout le monde, jeune ou pas! Ça traverse toutes les générations », affirme Maude Genest, conseillère aux affaires organisationnelles à la CNESST. Le jeu se concentre donc sur trois grands objectifs d’apprentissage : comprendre en quoi consiste la Loi sur les normes du travail, connaître les principales normes qui concernent les jeunes et pouvoir identifier les différents recours prévus à la Loi et les délais pour s’en prévaloir. Des sujets comme le salaire minimum, le salaire à pourboire, les congés payés, les disparités de traitement, les jours fériés, les vacances, la semaine normale de travail, le paiement des heures supplémentaires et le harcèlement psychologique sont abordés. Les agents de prévention ont en main 24 questions, dont voici un exemple : est­-il possible de travailler durant les heures de classe si tu as moins de 16 ans et que tu n’as pas de diplôme de 5e secondaire? En équipe, les jeunes doivent trouver la réponse sous forme de mots dans une grille semblable à celle du bingo.

« Les notions abordées dans l’atelier sont celles que nous avons jugé les plus pertinentes et les plus susceptibles de survenir dans le cadre d’un premier emploi ou d’un travail précaire, spécifie Sabrina Giguère, conseillère à la gouvernance et aux mandats corporatifs à la CNESST. Le but n’est pas que, par exemple, les jeunes retiennent à quel taux est le salaire minimum, mais qu’ils se souviennent qu’il y en a un, que c’est auprès de la CNESST qu’ils pourront le valider et, finalement, que c’est cet organisme qui est responsable d’encadrer leurs conditions de travail au Québec. »

Des défis surmontés haut la main

Comme pour tout nouveau projet, des défis se présentent, et les surmonter se révèle parfois un tour de force. « C’était complètement nouveau pour nous de travailler avec des jeunes qui cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité. Nous voulions concevoir des ateliers riches, dynamiques et pédagogiques, tout en vulgarisant les notions et en ne nous éloignant pas des messages clés, des lois et des règlements », insiste Ariane Gaudreau-­Bégin. Du côté de l’équité salariale, même son de cloche de la part de Mme Morales : « Nous avons beaucoup réfléchi pour arriver à aborder les métiers qui parlent aux jeunes et qu’ils vont occuper, tout en gardant le jeu ludique et facile à comprendre ».

Puisque le but avoué est que le programme devienne national dans les années à venir, la CNESST demandera aux écoles d’évaluer les visites de l’Escouade. En effet, les enseignantes et les enseignants feront des activités de rétroaction avec les élèves, ce qui permettra d’améliorer les ateliers pour qu’ils répondent plus précisément aux besoins de la clientèle. « C’est une réelle fierté pour la CNESST d’avoir développé ce nouveau programme. On lui souhaite beaucoup de succès! », conclut Ariane Gaudreau­-Bégin.

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