Nouveaux poulaillers, nouveaux enjeux pour la santé humaine

Par Guy Sabourin

17 février 2026

Illustration : CSA-Printstock/iStock

Dans le but d’améliorer l’environnement des poules pondeuses pour qu’elles puissent profiter de plus d’espace et exprimer leurs comportements naturels, les responsables de poulaillers modernisent peu à peu le type de logement des volailles. Les cages conventionnelles disparaîtront d’ici à 2036 au profit de logements dits alternatifs, soit, des logements aménagés ou des systèmes d’élevage en liberté sur parquet ou en volière.

Ces logements ont en commun d’offrir davantage de superficie en surface et en hauteur, avec perchoirs et nids reclus. Dans le cas des élevages sur parquet ou en volière, une litière au sol, généralement faite de copeaux de bois ou de matériel sablonneux, permet aux poules de gratter, de picorer et de prendre des bains de sable. Ces améliorations pour le bien être des poules ont toutefois une contrepartie : elles créent un environnement nettement plus poussiéreux, une poussière qui monte du sol et contient des fèces, des squames de peau, des plumes, de la nourriture, des micro-organismes, dont des bactéries (Staphylococcus, E.coli, Salmonella, etc.), des archées, et des moisissures, ainsi que de l’ammoniac. Un cocktail, finalement, qui peut nuire à la santé respiratoire des travailleuses et travailleurs qui œuvrent dans ces nouveaux aménagements de poulaillers.

C’est en gros ce qu’a découvert la chercheuse Caroline Duchaine, professeure titulaire au Département de biochimie, microbiologie et bio-informatique de l’Université Laval, au cours d’une recherche en trois volets intitulée Effet sur la qualité de l’air et la santé des travailleurs et travailleuses dans les logements alternatifs des poules pondeuses, financée par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST). L’étude avait pour objectif d’évaluer la qualité de l’air et les bioaérosols des logements alternatifs, la santé des travailleuses et travailleurs des poulaillers et l’efficacité de méthodes de mitigation des poussières.

« Nous avons démontré que la poussière et les contaminants dans l’air sont nettement plus élevés dans les volières, résume la chercheuse. Ces nouvelles pratiques d’élevage tournées vers le bien-être animal sont nécessaires, elles constituent un gain considérable pour le confort des animaux, mais elles changent substantiellement l’environnement de travail. Il faut se demander si on a pensé à la ventilation, à l’aération, à des systèmes de captage de la poussière, bref si on a bien évalué tous les aspects et enjeux que cela soulève pour les travailleurs et travailleuses. »

Quand on crée de nouveaux systèmes, on a intérêt à s’intéresser à la santé de l’ensemble, ajoute Caroline Duchaine. Cette philosophie, dite One Health, apparue il y a une vingtaine d’années, incite à tenir compte de la santé humaine, animale et environnementale dans un même souffle, car tout est relié. « Cela facilite la prise de bonnes décisions qui ne déséquilibrent pas les bénéfices et les coûts », précise-t-elle.

Une poussière incompatible avec la santé

Les 25 participants à l’étude ont, entre autres, subi des tests de sang et d’échantillonnage de la flore du nasopharynx, répondu à un questionnaire santé, passé un test de spirométrie et d’allergie. Ils ont été jumelés à 16 sujets en santé du même âge à titre comparatif.

Les travailleurs et travailleuses des poulaillers ont déclaré davantage de symptômes respiratoires liés au travail (oppression thoracique, myalgies, fièvre, frissons et dyspnée) que les personnes non exposées.

« Inhaler ces poussières peut mener à des problèmes d’inflammation chronique, éventuellement à des fibroses et à de l’incapacité pulmonaire, précise Caroline Duchaine. C’est très insidieux, car ça évolue lentement. Nos données, qui seront ultérieurement publiées, montrent la pertinence de poursuivre et de raffiner l’évaluation de l’impact des nouvelles pratiques sur la santé humaine par le recrutement d’une plus importante cohorte. » Les concentrations d’endotoxines dans l’air des 18 poulaillers à l’étude dépassaient la valeur d’exposition en milieu de travail que recommande le Dutch Commitee of Occupational Safety.

Aérer, ventiler, réduire à la source

Caroline Duchaine s’est également penchée sur des méthodes d’atténuation des poussières visant à protéger la santé du personnel. Un essai en poulailler expérimental à petite échelle a révélé le potentiel de l’aspersion d’émulsion d’huile sur la surface de litière pour réduire les concentrations d’ammoniac et de bioaérosols dans l’air. « Il s’agit d’une méthode assez économique, pas très compliquée, qui consiste à installer des brumisateurs, soit sur les côtés, soit au plafond, explique la chercheuse. Les gouttelettes ont un impact mécanique en entraînant la poussière à se sédimenter. Des collègues en Saskatchewan ont d’ailleurs démontré une réponse inflammatoire nettement moindre et un impact pulmonaire positif chez les travailleurs et travailleuses dont le milieu de travail avec des animaux a été traité avec cette méthode d’aspersion huileuse. » Pensée en fonction de réduire les coûts pour les producteurs d’œufs et pour sa facilité d’implantation, cette technique a été testée par les chercheurs de l’Institut de recherche et développement en agroenvironnement (IRDA) dans le contexte des poulaillers en volières.

En plus des émulsions d’huile, d’autres méthodes ont été testées dans les poulaillers expérimentaux, dont l’ajout de biochar absorbant dans la litière et l’installation d’un plancher chauffant en dessous. La combinaison de ces procédés a permis de réduire significativement les émissions de poussières, avec toutefois un effet variable sur les émissions de bioaérosols.

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